Le 24 mai dernier, la Fédération Écomusée de l’Au-Delà était avisée par lettre d’une réponse favorable à ses représentations répétées depuis de nombreuses années: la ministre de la Culture et des Communications du Québec, MmeNathalie Roy, répondait positivement à la demande de l’Écomusée de l’Au-Delà soumis en 2016, de classer le monument aux Victimes politiques de 1837-1837, érigé dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Effet d’un classement

Il faut savoir que ce statut assure au monument une protection certaine puisqu’il s’accompagne d’une obligation du propriétaire de le conserver en bon état, d’un plan de conservation et d’une possibilité de soutien financier de la part du Ministère pour l’entretien et la restauration du bien. Comme bien patrimonial, il est inscrit au registre du Patrimoine et son existence est diffusée dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Un peu d’histoire

Rappelons brièvement que l’idée de cet ouvrage, à la fois commémoratif et funéraire, est une initiative de l’Institut canadien de Montréal. En 1853, sous la présidence du célèbre avocat, Joseph Doutre, lequel sera plus tard excommunié, l’institut a imaginé cette première tentative de réhabilitation de la mémoire des Patriotes de 1837-1838. L’idée originale prévoyait des cénotaphes installés dans divers endroits signifiants. L’intention a rapidement été récupérée par les concepteurs des plans du nouveau cimetière NotreDame-des-Neiges (1854) et son architecte Henri-Maurice Perrault. Un comité a été créé. D’après les Minutes du comité de construction des monuments aux Victimes politiques de 1837-1838 que nous avons transcrites et déposées sur notre site web, c’est en 1861 que les restes de la plupart des sépultures auraient été transférés dans le caveau familial Doutre. Ce transfert fut effectué dans la plus grande discrétion pour ne pas indisposer l’Église qui avait excommunié ces personnes.

Comme ciselé dans sa pierre, il s’agit d’un Monument aux Victimes politiques de 1837- 1838. Il s’inscrit dans la foulée de l’incendie du parlement de Montréal en 1849, une conflagration provoquée par la contestation de la loi d’indemnisation des victimes politiques de 1837-1838. Celle-ci excluait nommément tous ceux qui avaient été reconnus coupables d’avoir pris les armes lors de cette insurrection.

Un oubli d’importance

Le classement du monument reste une première victoire puisqu’initialement, notre demande réclamait le classement du monument conjointement avec le mausolée-caveau de la famille Doutre que nous pouvons voir sur la photo ci-dessous. Cet édicule funéraire est directement relié au monument. Nous avons consacré des ressources financières importantes et des centaines d’heures de recherche aux Archives nationales du Québec à son étude. Nous profitons de l’occasion pour remercier Sylvain Gaudet, infatigable anthropologue-recherchiste qui nous a accompagnés dans les fouilles archivistiques qui ont abouties à notre demande de classement.

En effet, depuis vingt ans nos recherches approfondies, menées dans les journaux et documents d’époque ont forgé la conviction que les restes mortels de la plupart des suppliciés de 1837-1838 se trouvent à cet endroit. _Ceux de Charles Indenlang ont été inhumé au cimetière protestant Sainte-Marie situé rue Papineau à l’entrée du pont Jacques Cartier_. Tous les documents convergent vers cette conclusion. Il s’agit d’une certitude qui pourrait être confortée par des fouilles archéologiques en bonne et due forme, une expertise réclamée depuis 2016. D’ici là, il importe par principe de précaution de protéger ce lieu de sépulture riche d’histoire et d’une valeur architecturale appréciables.

Obélisque sur dé facetté, le monument aux victimes politiques de 183701838 est logé sur un tumulus. À son pied le caveau mausolée de la famille Doutre. Conçu dans l’esprit de l’architecture mycénienne, il présente une façade architecturée composée d’un fronton cintré encadré de piliers à chapiteaux. Les deux projections latérales en pierres taillées esquissent le stomium (couloir à ciel ouvert menant au portique) mycénien. Derrière cette façade se trouve le tumulus soutenu par un voutement, le tholos, qui abrite les sépultures (photo : Alain Tremblay)

Dans la prochaine édition de ce bulletin, nous présenterons le mémoire que nous soumettrons au Conseil du patrimoine culturel du Québec en vue de ce projet de classement. L’avis d’intention prévoit en effet, une période de représentation de 60 jours après sa transmission pour sensibiliser le Conseil du patrimoine qui est le dernier décideur dans cette procédure.

Pour le moment, ne boudons pas notre plaisir et saluons positivement cette démarche de classement dans laquelle, avouons-le, nous avons joué un rôle de premier plan.