Plusieurs personnes se sont butées à des portes fermées en se présentant au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cadenassées depuis le 23 décembre dernier, elles devaient rouvrir le 8 janvier 2021. Or, en date du 8 février, l’accès est toujours interdit et il est impossible de savoir si une autre prolongation sera de nouveau décrétée. Cette décision fut apparemment fondée sur des » incidents regrettables survenus le 23 décembre « , qui auraient mis en danger la sécurité du personnel dans le contexte actuel de pandémie. Voilà qui a de quoi laisser sceptiques. Sceptiques puisque, selon nos sources, la fermeture avait été décidée le 18 décembre, soit avant lesdits incidents. Mais aussi parce que la plupart des cimetières de Montréal sont restés ouverts malgré la pandémie. Nous nous étonnons de constater l’étrange légèreté avec laquelle les décisions sont prises à la direction du cimetière. Le contexte infectieux auquel on attribue cette décision serait-il un prétexte qui cacherait des motifs plus graves et plus lourds de conséquences et qui concernerait l’avenir du plus grand cimetière du Québec ? Y aurait-il anguille sous roche?

De sérieuses rumeurs circulent de plus en plus, voulant que le cimetière ferait face à d’importantes difficultés financières, soit un déficit accumulé depuis plus d’une décennie de l’ordre de 100 millions de dollars en raison des dépenses qui excèdent de 40 % les revenus, des salaires qui accaparent 85 % de ces revenus et des inhumations qui généreraient une perte de 1 000 $ chacune. À l’Écomusée de l’Au-Delà, ces rumeurs n’étonnent personne. Les difficultés financières du cimetière étaient prévisibles. Rappelons que, depuis plus de 30 ans, notre organisme anticipe cette situation, amplement prophétisée ici même (voir l’article sous la rubrique Opinion de La Veille, vol,7 no 2) et dans les médias. En poursuivant une stratégie commerciale axée sur des segments de marché minoritaire, telle la vente d’enfeus dans les mausolées, en refusant de reconnaître à la population montréalaise le droit d’être partie prenante du lieu, en ne révisant pas les coûts de revient de ses services et en négligeant d’ajuster ses dépenses à ses revenus, le déficit ne pouvait que grossir.

Pourquoi une telle situation alors que le cimetière du Repos Saint-François d’Assise, en partie propriété de l’archevêché de Montréal et de la paroisse du même nom, accumule-t-il des surplus financiers année après année ? Serait-il plus accueillant ? Mieux adapté aux nouvelles réalités funéraires ? Au moins, il reste ouvert pour les visiteurs, malgré la pandémie comme tous les autres cimetières du Québec.

Réduire au minimum les services à la clientèle et à la population et plus probablement essayer de réduire les coûts d’opération, est-ce bien la bonne stratégie pour améliorer l’image du cimetière auprès d’une population de plus en plus indifférente ? La désaffectation des Montréalais pour ce lieu pourrait-elle s’expliquer par le peu d’écoute reçu à ses demandes répétées de transformation en fonction des valeurs et des besoins du temps, des valeurs et des besoins qui ont grandement évolué depuis le dernier concile Vatican II en 1963-1964 lequel avait enfin autorisé le recours à la crémation pour les catholiques ?

Vous l’aurez compris, cette fermeture nous inquiète: la justification invoquée peu transparente cache-t-elle des motifs plus graves?

Monument récemment croqué au cimetière de Sainte-Cécile-de-Milton

Monument récemment croqué au cimetière de Sainte-Cécile-de-Milton en Montérégie (photo : Alain Tremblay).

 

En raison de ma formation en conservation-restauration, j’ai toujours un pincement au cœur quand je vois les mauvais traitements qu’on fait subir à nos œuvres d’art public. Aouch ! C’est ce que j’ai ressenti quand j’ai vu la statue de sir John Alexander Macdonald tomber des hauteurs vertigineuses de son piédestal. Le réflexe d’examiner, même en virtuel, l’état de l’accidenté pour constater les dégâts résultant de cette chute, vient également de cette formation. Oui, dans cet accident, le sir a perdu la tête, mais ne l’avait- il pas déjà perdu de son vivant ? Comme cette tête a été montée sur pivot, elle est très facile à remettre en place, une restauration pas trop compliquée est donc envisageable. J’ai aussi eu une pensée pour mes collègues du Centre de conservation du Québec qui auraient la tâche de soigner le traumatisé.

L’évènement m’a rappelé que ce même monument m’avait permis, au printemps de 2010, de profiter des quelques gradins qu’offrait son socle imposant. Je participais ce jour-là à une grande manifestation des personnels de la fonction publique du Québec, rassemblés sur la place du Canada (voir photo 1).

1. En ce début de printemps 2010, la Place du Canada rassemblait la fonction publique québécoise. Cette foule prêtait bien peu d’attention à ce sir John A. Macdonald, pompeusement protégé de la pluie sous son dais de pierre (photo : F. Rémillard).

Honneur mérité?

Je me suis ensuite mise à l’analyse de la situation sociopolitique et culturelle qui a mené à ce geste. Qui est ce personnage et qu’a-t-il accompli pour se voir gratifier d’un monument d’une telle ampleur, un cénotaphe magistral qui culmine à 18 mètres de hauteur et que tout concourt à magnifier ? En effet, déjà en 1895, au moment de sa livraison, le choix de l’emplacement n’était pas anodin. Au cœur de la place du Canada, son lieu d’implantation vise une visibilité maximale (photo 2). Érigé sur la place du Canada, anciennement square Dominion, qui est le lieu de sépulture des victimes catholiques de l’épidémie de choléra de 1832 (le cimetière Saint- Antoine), le monument dispose de tout l’espace nécessaire à une telle glorification. Il fait même ombrage au monument des anciens combattants (photo 3) avec qui il partage le parc. En comparaison, le monument des anciens combattants  affiche une humilité disproportionnée. En effet, ce cénotaphe en granit gris avait été élaboré pour commémorer la mémoire des Montréalais décédés au combat pendant la Première Guerre mondiale. Il fut, quelques décennies plus tard, « replaqué » pour  partager les honneurs avec nos autres montréalais morts au combat pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. Il est bien modeste à côté de l’immense socle architecturé surmonté d’un dôme à caissons, lui-même couronné de quatre lions impériaux britanniques et de sept jeunes figures enfantines représentant les provinces, elles-mêmes surmontées d’une immense figure féminine allégorique avec corne d’abondance.

2. Square Dominion, plus tard renommé place du Canada, en 1895. Espace conçu et aménagé pour donner au monument tout le dégagement requis pour un maximum de visibilité (source : Wikipedia Commons).

C’est cette installation qui sert d’autel à la représentation en bronze du controversé politicien. Conçue par George Edward Wade, la sculpture a des dimensions plus qu’impériales : l’individu représenté étant deux fois plus grand que nature. Le sir pavoise  en habits officiels, de pied en cap. Un ex-premier ministre, célébré comme un des « Pères de la Confédération ». Mais encore ? Les monuments historiques ne racontent pas l’histoire. Ils sont là comme « indicateurs » des valeurs d’une époque. Pourtant, le personnage, loin d’être héroïque, a plusieurs taches à sa réputation. L’anthropologue, écrivain et animateur de radio Serge Bouchard, en dresse un portrait peu reluisant. Pendant qu’il préparait le coup de la Confédération – qui n’en est pas une -, ce «raciste méprisable», comme le qualifie l’anthropologue, était ministre des Affaires indiennes. À ce titre, il a déporté pas moins de 11 000 personnes vers des réserves, dont elles n’avaient pas le droit de sortir, les affamant et les privant de soins, alors que la tuberculose sévissait. Il a orchestré la mise en place des odieux pensionnats autochtones, volant systématiquement les enfants à leurs parents, dans la perspective de priver ces jeunes autochtones de leurs racines culturelles et linguistiques pour tenter de les assimiler.

Son racisme lui a valu son déboulonnage à la fin d’août (photo 4). Raciste, il l’était à l’égard des peuples des Premières Nations certes, mais tout autant envers les Métis, les Acadiens et les Francophones. À son œil, seuls les blancs anglophones méritaient le  respect. Vous vous demandez comment ce vilain a pu atteindre le sommet. Il a acheté son élection : le «scandale du Pacific» l’a démontré. Pour le Québec, cette Confédération n’a jamais été celle promise et attendue, celle qui aurait donné à notre peuple les outils pour gérer sa destinée. Elle tient plutôt de la fédération et ses visées centralisatrices ont maintes fois été décriées.

3. Sur la même Place du Canada s’élève le cénotaphe en granit gris d’abord élaboré pour commémorer la mémoire des Montréalais décédés au combat pendant la Première Guerre mondiale. Il a ensuite servit à la commémoration de ceux de la Seconde Guerre et également de ceux tombés lors de la guerre de Corée. Sa sobriété contraste avec la grandiloquence du monument de Macdonald (photo : © Jean Gagnon, source, Wikipédia).

Les statues ne racontent pas l’histoire, parfois même elles la défient, comme c’est le cas avec celle de sir J. A. Macdonald qui, malgré un parcours politique lourdement entaché, a réussi à « se mériter » un tel monument. Sans ce déboulonnage, je ne serais pas retournée dans les sources historiques. Le sir méritait-il une telle commémoration ? À mon avis, certainement pas. D’ailleurs, « notre » statue de Macdonald à Montréal n’est pas la seule à susciter la controverse. Celles de Victoria et de Régina ont aussi été retirées, et à Charlottetown, sa survie est conditionnelle. Celle de Montréal n’en était pas à son premier assaut ni à sa première décapitation. Certaines politiques institutionnelles exigent que les graffiti à caractère haineux soient retirés dans les 24 heures qui suivent leur apparition. À certains égards, cette statue commémore la haine et elle nargue la population depuis plus de cent ans.

De la légitimité du geste

Bien que légitime, ce geste, qui relève du vandalisme, est déplorable. Il est déplorable parce qu’en démocratie le débat devrait libérer la parole et donner un exutoire aux frustrations. On enseigne si peu et si mal l’histoire : les livres sur notre passé sont scrutés en haut lieu et aseptisés. Puisque les monuments sont les indicateurs des valeurs d’une société et qu’au fil du temps, ces valeurs changent, il est normal qu’on questionne, pour se les approprier, les mérites qu’on attribue à ceux qui ont fait notre histoire. N’a-t-on pas renommé la rue Amherst à Montréal ? Ainsi, on peut s’attendre qu’avec le temps, la toponymie à caractère religieux si typique de nos rues, villes et villages, soit éventuellement revue. Il est déplorable qu’il ait fallu s’attaquer à l’indicateur pour susciter le débat. Il est maintenant ouvert. Que doit-on faire de ce mémorial ? Certainement pas le restaurer avec de l’argent public. Peut-être le conserver en l’état dans une réserve, avec graffiti, décapité et sans son piédestal, pour un jour l’exposer avec une notice replaçant le personnage dans l’histoire et énumérant ses états de service, les glorieux comme les plus sombres ? C’est ça l’histoire.

4. La tête du sir, une deuxième fois décapité (photo : © Graham Hughes/The Canadian Press, source: Radio-Canada International)

Le projet de loi 178, modifiant diverses dispositions législatives concernant la protection du consommateur, à l’article 81,  oblige désormais les maisons funéraires offrant des services de préarrangement à tenir un registre de ces contrats . Les rencontres de l’industrie funéraire avec l’Office de protection du consommateur laissent présager une entrée en vigueur des règlements régissant ces modifications en juin 2020.

Chaque année, environ 10% des citoyens qui avaient payé à l’avance des services funéraires auprès d’une entreprise spécialisée décèdent sans avoir fait connaître ce détail aux personnes chargées de liquider leur succession. Où va cet argent ?

À l’Association des cimetières chrétiens du Québec (ACCQ), on nous dit que les services non réclamés représentent de 5 à 6 millions de dollars par année. D’où la motivation du gouvernement à créer un registre des préarrangements. Donc, chaque fois qu’une famille arrivera chez l’entrepreneur pour l’organisation de funérailles, celui-ci aura l’obligation de vérifier si le défunt avait signé et payé un entente préalable. Comme rien n’est gratuit, il en coûtera, à chaque consommateur de ces produits, un montant d’environ 35$ afin de financer le nouveau programme.

De plus, à partir de juin 2020, chaque entreprise funéraire aura l’obligation de revoir dans ses dossiers tous ceux qui sont en dormance. On comprend que les petits cimetières qui font peu de préarrangements ne disposent peut-être pas du personnel nécessaire pour faire ces recherches. C’est davantage l’industrie funéraire qui s’est accaparée ce marché de services. On peut imaginer que  celle-ci ne sera  pas vraiment intéressée à faire ces recherches: les préarrangements représentent un marché annuel d’environ 50 millions. Imaginez un individu qui avait signé un contrat d’arrangements préalables à l’âge de 80 ans en 1980, et dont on découvre en 2020 que le service n’a pas encore été livré ! Pourtant le lient est certainement décédé. Nous pouvons facilement imaginer les démarches administratives requises: rechercher les familles du défunt, vérifier s’il est décédé, si oui, en quelle année et déterminer à qui les montants pour le service non réclamé doivent être versés… Beau problème!

L’industrie nous dit que les coûts moyens des préarrangements sont d’environ 3 000$. Les bénéficiaires consommeront ce service plus ou moins 12 ans plus tard. Donc, en plus de récupérer l’intérêt de ces services prépayés pendant 12 ans, les entreprises ont engrangé les sommes versées et non réclamées. Nous pouvons rapidement déduire la réticence de l’industrie à aborder le problème et l’intérêt de l’Office de protection du consommateur de le régler!

Il y a environ 69 000 décès par année au Québec. De ce nombre, 19 600 individus font des arrangements préalables. Y en aurait-il 1 900 qui ne réclameraient pas leur dû que c’est près de 6 millions de dollars qui continueront de rapporter des revenus dans les caisses de fournisseurs de services.

L’ACCQ s’oppose vivement à ces nouveaux frais. Selon elle, dans le cas des petits et moyens cimetières les ententes préalables se situent entre 300$ et 900$. Pour ces clients, le 35$ supplémentaire suffira à les faire fuir parce que trop élevé.

Pourquoi les gens, âgés principalement, optent-ils pour des préarrangements ? Parce qu’ils sont prévoyants et que les taux d’intérêt sont bas depuis plusieurs années, même plus bas que l’inflation. Donc, tous les consommateurs vont devoir payer pour l’imprévoyance de personnes qui avaient pourtant tout, ou presque, prévu!

Comme il sera vraisemblablement impossible de récupérer tout cet or qui dort pour le remettre aux familles, pourrait-on imaginer un fonds où l’argent non réclamé serait destiné à aider à la sauvegarde du patrimoine funéraire? Certainement, une question qui se pose!

La fédération demande à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, une rencontre d’urgence pour discuter de l’affectation du budget concernant le recyclage du patrimoine religieux.

Peut-être que nos lectrices et nos lecteurs ont eu vent qu’une somme de 5 M$ avait été mise à disposition pour le recyclage dans d’autres fonctions de ce patrimoine, ils n’ont certainement pas manqué de se désoler devant la vague de destruction sans précédent qui affecte le patrimoine bâti du Québec, depuis plus d’un an. À la tête de cette vague figure le patrimoine religieux. Si la fédération se réjouit de l’investissement en culture par le gouvernement du Québec, elle aimerait faire entendre sa voix, avant que l’entente ne soit signée.

Cet été, la très belle église du Saint- Cœur-de-Marie, une chouchou des citoyens de Québec, est finalement tombée sous le pic des démolisseurs au profit d’un condo- bloc (photo: Wikipedia)

En effet, des discussions sur l’affectation de ces sommes sont en cours et déjà très avancées avec le Conseil du patrimoine religieux du Québec. Nous voulons nous assurer que, en cas d’impossibilité de recyclage fonctionnel d’églises, abbayes ou couvents, plutôt que leur démolition, un démantèlement et le recyclage de leurs principaux éléments — statuaire, vitraux, ornements, et même colonnes, arches, clochers, etc. — puissent également être éligibles à ces subventions. La demande n’est pas farfelue puisque c’est ce que fait le domaine Mackensie-King et c’est également le mode d’approvisionnement utilisé par John D. Rockfeller pour constituer la très célèbre collection du Cloister à New York.

Il se trouve que la fédération a d’excellents contacts avec des entreprises funéraires qui seraient intéressées à participer à un consortium d’entreprises souhaitant par exemple étudier la possibilité de réutiliser de vieilles pierres ou des éléments architecturaux remarquables pour des jardins funéraires dans les cimetières.

Nous considérons déplorable que des bâtiments d’intérêt patrimonial excédentaires puissent être démolis et envoyés aux dépotoirs, sans laisser de traces, alors que nos ancêtres ont trimé dur pour leur construction.

Lévis est une ville de 140 000 habitants sur le Saint-Laurent, juste en face de Québec, la capitale nationale. Aujourd’hui, elle regroupe douze municipalités, une fusion amorcée en 1989. L’ancienne cité de Lévis développée à partir de 1850 était le chef-lieu de la région avec ses grandes institutions religieuses: collège, couvent, hôpital, orphelinat, écoles. Après 1900, elle devient un centre économique majeur avec la fondation des Caisses populaires Desjardins devenues le grand Mouvement Desjardins. L’arrivée du rail au milieu des années 1850 desservant les deux rives stimulera le développement industriel qui tournait auparavant autour de l’industrie du bois et de la construction navale des chantiers maritimes Davie. Les plus anciennes paroisses de la Seigneurie de Lauzon, première division territoriale administrative au temps du Régime français, soit Lauzon, Saint-Jean-Chrysostome et Saint-Nicolas apparues au 17e siècle, sont des paroisses souches qui entretiendront les plus vieux cimetières, la première version sous la nef, ad sanctos; plus tard, autour de l’église, apud eclesia; et dans la seconde moitié du 19e siècle, à la périphérie des villes, in proxima. Ces trois paroisses souches donneront naissance à des agglomérations urbaines, dont Lévis érigée en municipalité en 1861. Chacune leur enclos des défunts.

L’étude et la présentation des lieux d’inhumation à Lévis permettent de cerner l’état actuel des cimetières catholiques du Québec, comme on en trouve dans plus de 600 municipalités et leur relation avec les fidèles de ce pays catholique qu’est le Québec, avec les non-croyants et avec les autres dénominations religieuses sans exception, incluant les musulmans.

Brève étude de cas après enquête auprès des responsables des cimetières confessionnels et des cimetières neutres de la région de Québec

Au Québec, on trouve historiquement des cimetières confessionnels : catholiques et protestants relevant de différentes dénominations, de même que des cimetières juifs. Il existe également des cimetières neutres, ces parcs de la souvenance, accueillant cette fois tout le monde. Lévis a connu des cimetières catholiques et des cimetières anglicans. Jadis dans les grandes villes, on pouvait identifier des cimetières privés relevant de communautés religieuses et des lieux publics de commémoration. À Lévis, le collège de Lévis fondé en 1853 entretient son cimetière des prêtres toujours actif. Les Augustines hospitalières, des moniales cloîtrées opérant l’Hôtel-Dieu depuis 1892, auront également leur propre enclos des défunts aménagé dans les jardins de la communauté. Partout, avec le départ des religieux et des religieuses de ces institutions, ces cimetières privés confessionnels seront déménagés et centralisés ailleurs, dirigés vers la maison-mère ou un cimetière paroissial. Même mouvement pour les cimetières protestants à la fermeture des temples. À Lévis, les deux cimetières anciens suivant les préceptes de Luther et remontant au milieu du 19e siècle verront leurs défunts réinhumés au grand cimetière anglo-protestant du Mount Hermon, à Sillery, dans Québec.

Enclos de communauté religieuse au cimetière Mont-Marie de Lévis (Photo F. Rémillard)

Aujourd’hui, le cimetière du Mont-Marie, le grand cimetière-jardin de Lévis, créé en 1887 sur un héritage plus ancien de champs des morts, regroupe plusieurs paroisses et sert les besoins funéraires d’une large communauté. Le site informatisé de l’organisme nous éclaire largement sur l’évolution récente de cet espace mortuaire.

«La Corporation du cimetière Mont-Marie est un organisme sans but lucratif au service de ses fabriques membres. Fondée en 1972 et administrée par des gens d’envergure. Elle a pour objectif de servir la collectivité tout en assurant, dans le respect des traditions et des croyances de chacun, la garde des dépouilles qui lui sont confiées.

Depuis la première sépulture de la paroisse de Lauzon en 1673, le nombre de défunts reposant dans l’un des nombreux secteurs du cimetière Mont-Marie s’élève à plus de 80 000. L’incinération étant un mode de disposition de plus en plus apprécié des Québécois, la Corporation a fait ériger depuis 1991 deux mausolées – columbariums aux secteurs Lévis et Saint-Romuald et s’assure d’offrir des columbariums extérieurs dans la majorité de ses secteurs.

Enfin, pour assurer la pérennité et la rentabilité du cimetière et pour offrir ce qu’il y a de mieux aux familles des défunts, la Corporation s’est associée en 2002 à la Coopérative funéraire des Deux Rives dans l’édification du Centre funéraire d’Aubigny. Ce partenariat a permis à la Corporation de devenir membre d’un grand réseau funéraire entièrement québécois, ce qui lui permet maintenant d’offrir à ses concessionnaires des services funéraires complets, adaptés aux besoins de sa clientèle, et ce, sous un seul et même toit».

Vue partielle du cimetière Mont-Marie à Lévis, (photo: M. Lessard)

L’ouverture d’accueil du cimetière confessionnel catholique

Une brève enquête auprès des gestionnaires actuels du cimetière du Mont-Marie de Lévis permet de mesurer la grande ouverture de ce lieu d’inhumation, ouverture représentative de l’esprit qui anime les 300 membres de l’Association des cimetières chrétiens du Québec. Ce constat dépasse la simple tendance.

Jadis, ce cimetière confessionnel était réservé aux fidèles du culte catholique, idéalement pratiquant, non excommuniés et non divorcés, en bonne relation avec les principes et les préceptes de l’Église. Le champ des morts des premiers temps était devenu un jardin, aménagé selon les règles de l’art, organisé, végétalisé, fleuri, artistiquement clôturé, montrant un beau portail pour passer de la terre profane à la terre bénie. Et les lots bénéficiaient d’un entretien généreux lié au culte des défunts. Les espaces mortuaires étaient devenus des jardins, selon des modèles européens célèbres enracinés dans les débuts du 19e siècle.

Depuis 50 ans, on a grandement sacrifié le côté jardin pour permettre à la tondeuse mécanique de dominer la surface des lots et des allées. Dans plusieurs cimetières, dont celui du Mont-Marie, après examen des baux, des centaines de stèles, de monuments et de croix ont été retirées et envoyées à la casse, souvent les éléments les plus anciens de l’espace sacré, tout cela pour non-paiement du loyer annuel. On se croyait installé à perpétuité: une fausse impression. Ce vandalisme institutionnalisé a abouti à l’amnésie sérieuse de ce lieu d’histoire et d’archives et aux sacrifices d’œuvres commémoratives de l’art funéraire. Ceux qui ont fait la ville, notamment, sont morts une seconde fois !

Vue partielle du cimetière Mont-Marie à Lévis, (photo: M. Lessard)

Et les lots fragmentés ont été revendus. Partout, les vieilles clôtures et les portails sortis des fonderies locales ont été remplacés par des pagées en maille de fer d’une grande banalité. Et les cimetières jardins ont vu apparaître des mausolées-columbariums d’une grande pauvreté architecturale, à l’imitation de ces barres de logements qu’on trouve maintenant dans toutes les villes. Pour un peuple de travailleurs de la terre, il était normal qu’on soit mis en terre. Pour une collectivité qui habite des complexes d’habitation, il est plus conforme de finir son temps mémoriel dans un bloc de niches ou d’enfeus.

À Lévis, si notre jardin des morts a perdu une grande partie de son cachet original, ses monuments ostentatoires et ses chapelles funéraires, il a par contre profité d’un ajustement aux nouvelles valeurs religieuses qui emportent nos sociétés modernes. Le cimetière chrétien est maintenant ouvert à tous, à condition de suivre les règlements qui s’appliquent et qui touchent l’environnement et la discrétion. Suicidés, divorcés, croyants et athées, baptisés et non baptisés ont maintenant leur place à l’abri des érables centenaires qui fleurissent en automne. Plus encore, toutes les dénominations religieuses sont accueillies et peuvent utiliser tous les services mis à la disposition des familles. Protestants de toute dénomination, témoins de Jéhovah, musulmans, bouddhistes, tous les humains de la terre sont attendus pour vivre ensemble la croyance de leur parcours final. Il y a donc au Québec, dans tous les cimetières catholiques, une place pour les disciples de Mahomet en s’intégrant à l’ensemble, dans l’ordre, sans carré spécifique, sans ghetto. On retrouve ainsi un peu de l’esprit qui prévalait à Lévis au début du pays dans nos champs des morts où les colons français, les quelques esclaves noirs, les nombreuses nations amérindiennes, les Abénakis, Malécites, Montagnais, Micmacs, Iroquois, se côtoyaient pour l’éternité. Il ne faut pas écarter le regroupement d’un même groupe religieux dans nos grands jardins historiques consacrés au monde de l’au-delà et à la croyance de chacun.