Au pic et à la pelle; histoire du bonheur

Les vieux et les moins jeunes vous le diront d’emblée : les traditions se perdent, et cela, jusque dans le monde du funéraire ! L’art de creuser à la mitaine n’est plus courant. Il y a de ces nouvelles générations de fossoyeurs qui n’ont malheureusement jamais connu ce bonheur inégalé de descendre manuellement le sol de six pieds. Ils n’ont jamais connu non plus cette quintessence couplée à cette proverbiale innocence du fossoyeur traditionnel qui, au petit matin, après un copieux petit-déjeuner, entame une marche, avec la pelle et la bêche à l’épaule, sifflotant la Danse macabre de Camille Saint-Saëns jusqu’à la concession où il ouvrira les entrailles de la Terre afin qu’autrui y prenne son repos éternel…

Qu’elle était belle, cette époque bénie, où la journée s’écoulait lentement au son du cliquetis ferrotellurique de la pelle et du pic s’abattant sur le sol ! Qu’il était bon d’être de plus accompagné du chant des oiseaux ! De vivre au rythme des saisons et d’être exposé aux éléments ! Imaginez ! Une symbiose parfaite avec l’environnement.

Le charme est aujourd’hui rompu. La crémation marginalise l’inhumation traditionnelle, et les rétrocaveuses font honteusement concurrence à l’homme quand vient le temps d’excaver. Une fosse qui prenait jadis une journée à creuser avec deux hommes se fait maintenant en une demi-heure avec une pépine. Le chant aviaire n’est plus; ce sont les harmonies d’un moteur diesel qui accompagnent le creusement… Que Cioran serait déçu des fossoyeurs modernes !

Ils ont pourtant raison, les puristes ! Rien ne se compare au confort d’une fosse creusée de main d’homme. C’est toute la différence entre l’artisanat et l’industrie qui est ici soupesée. Et quel est le nom de cette différence ? Patrimoine immatériel.

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