Dans ma dernière chronique (La Veille, Hiver 2019, vol. 7 no 1) traitant des cimetières écologiques, j’ai abordé l’impact de la présence des arbres sur le milieu environnant et l’importance de bien choisir les essences en fonction du lieu à planter. Plusieurs facteurs sont à considérer comme la forme et le volume de la couronne, l’abondance de la masse racinaire, les préférences culturales de l’espèce et l’effet esthétique recherché par la floraison, la texture ou la couleur du feuillage. Le responsable de la gestion du site aura aussi un souci de limiter les interventions d’entretien sur les végétaux et voudra choisir des essences résistantes au climat et exemptes de maladies ou d’attaques d’insectes et qui pourront évoluer vers leur maturité tout en apportant tous les bienfaits attendus. Posons tout de suite quelques balises en identifiant les espèces à éviter parce que peu résistantes aux intempéries ou aux attaques de ravageurs.

Le cerisier de Virginie (Prunus virginiana « Shubert »)

Cet arbre à développement intermédiaire (7-8 mètres) possède un feuillage décoratif vert à l’émergence et qui devient pourpre en été. Il est de transplantation facile et est souvent offert en pépinière. Malgré ces belles qualités, il constitue cependant un mauvais choix, car il est aussi affublé de deux importants défauts. D’abord, il produit des drageons à la base du tronc, issus des racines sur lesquelles est greffée sa tige. De plus, et c’est là le plus indésirable de ses caractéristiques, il est très susceptible à une maladie causée par un champignon que l’on appelle le nodule noir du cerisier. Sans un suivi très serré au moyen de pulvérisations préventives à base de soufre ou de tailles régulières des rameaux atteints, il est invariablement touché par cette maladie qui finit par l’affaiblir et provoque son dépérissement. La plantation de plusieurs individus sur un même site accentue la propagation du ravageur.

Cerisier de Virginie dans un cimetière et détail montrant le nodule (photo de l’auteur)

 

Érable de Norvège dans un cimetière (photo de l’auteur)

L’érable de Norvège (acer platanoïdes) et l’orme de Sibérie (ulmus pumila)

Ces essences possèdent aussi certaines qualités dont les principales sont sans doute leur grande capacité d’adaptation aux conditions urbaines difficiles et leur croissance rapide.

L’envers de la médaille présente cependant un défaut parfois irritant associé à sa grande facilité de propagation. Ces espèces produisent de grandes quantités de semences qui germent facilement et envahissent les milieux naturels. C’est pourquoi elles sont considérées comme espèces exotiques envahissantes et sont de moins en moins choisies même en milieu fortement urbanisé. Dans un cimetière, plusieurs petites niches écologiques comme les espaces intercalaires des pierres tombales sont des endroits idéaux pour l’installation de ces repousses et peuvent nécessiter de fastidieux travaux d’entretien.

Ce sont de plus des essences assez peu résistantes aux verglas et aux vents et qui nécessitent, à maturité, de nombreuses interventions arboricoles d’élagages sécuritaires. Les saules (salix) et les peupliers (populus) et les érables argentés (acer saccharinum) sans les inclure dans les arbres à éviter, les saules et les peupliers, par l’abondance de leurs racines, exigent cependant qu’on prenne des précautions au moment de les planter sur un site. Un cimetière étant un lieu où l’excavation du sol est pratique courante, leur imposante masse racinaire peut gêner les travaux. Il importera alors de les localiser en périphérie du site là où le sol est amplement disponible. Ce caractère peut a contrario devenir une qualité puisque ces racines peuvent efficacement retenir un sol exposé à l’érosion (voir article sur éboulement au cimetière de La Cathédrale de Saint-Hyacinthe).

En complément d’information, je réponds à la question souvent posée : ces racines peuvent-elles causer des dommages aux fondations des bâtiments ou autres infrastructures souterraines? La réponse des experts est Non. Si des racines peuvent, à la recherche d’eau, s’infiltrer dans des fissures d’ouvrages bétonnées déjà endommagées, elles ne peuvent par contre être la cause de ces dommages. Cet argument a été amené par des experts dans des jugements antérieurs qui ont fait jurisprudence.

Autre question : Le creusage d’une fosse à proximité des arbres et l’inévitable amputation de racines qui s’en suit peuvent-ils nuire à la santé des arbres? Je réponds aussi Non. L’excavation de fosses étant relativement restreinte à un volume de sol limité et, de plus, réparti dans le temps sur plusieurs années, l’arbre sera assez résilient pour se remettre facilement de ce stress.

Le frêne de Pennsylvanie (fraxinus pensylvanica)

Cela va sans dire, mais je le mentionne, le frêne, à cause des attaques inévitables de l’argile du frêne, est maintenant exclu de tout choix de plantation.

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