En 2016, la Fédération Écomusée de l’Au-delà déposait une demande de classement à deux volets incluant le monument aux Victimes politiques de 1837-1838, années marquant ce qu’il est convenu d’appeler le soulèvement des Patriotes, et le caveau funéraire qui lui est intimement associé, soit le caveau Doutre-Dandurand. En avril 2018, le ministère de la Culture et des Communications émettait un refus de classement.

Le monument aux Victimes politiques

Le premier, un obélisque sur dé, a été érigé entre 1858 et 1866. Il s’élève au-dessus du caveau voûté de Doutre-Dandurand . Sa présence à cet endroit est due aux efforts de persuasion de Joseph Doutre qui l’a fait ériger au prix de bien des efforts. Ce lien historique avec le caveau sous-jacent est renforcé par la forte présomption qu’il abrite les restes mortels des commémorés du soulèvement de 1837-1938.

Vue de l’obélisque aux Patriotes surmontant le Caveau Doutre -Dandurand où reposent probablement la plupart de ceux qui ont été pendus à la prison Au-pied-du courant. Cet ensemble  marque l’entrée du cimetière Notre-Dame-des Neiges (photo A. Tremblay)

Comme Siméon Mondou (1842-1923), alors secrétaire de la fabrique Notre-Dame-des-Neiges, le faisait alors remarquer, cette pierre funèbre est le tombeau d’avant-garde du cimetière de Montréal : c’est la tombe sentinelle de la nécropole catholique du Canada.

Ce monument est particulièrement important parce qu’il tire de l’oubli ceux qui ont été exécutés en lien avec le soulèvement et qu’il est le premier lieu de commémoration des Patriotes à avoir été érigé après les événements.

Le caveau

Avec sa très belle façade en pierres de taille et son fronton cintré, portant en imposte les armoiries de l’Institut canadien ce monument rappelle la mémoire de Joseph Doutre, un acteur clé de l’histoire du Québec. Comme le signale à juste titre Alain Tremblay dans son réquisitoire pour le classement, Doutre a été le promoteur de ce premier projet commémoratif et funéraire (l’obélisque), personnage historique, président de l’Institut canadien (1853), propriétaire, avec ses frères, du caveau funéraire, il mérite d’être reconnu pour son courage, son audace et son anticléricalisme, même s’il repose au cimetière Mont-Royal, le cimetière voisin, parce qu’excommunié. Je me permettrais d’ajouter que cet écrivain, journaliste, homme politique et avocat, représente une figure marquante de paysage politique du Québec du XIXe siècle. Il a défendu une politique progressiste d’avant-garde quand, en 1853, il a milité pour l’école non confessionnelle, l’éducation commerciale et l’abolition du système seigneuriale en faveur des censitaires. L’homme a pris la tête de l’Institut canadien de Montréal, alors  non seulement une bibliothèque, mais un lieu de conférence où se rencontrent tous les esprits progressistes de l’époque. C’est ainsi que cette organisation prendra le relai du Parti patriote dissout en 1841 et donnera naissance au Parti rouge. Joseph Doutre est surtout connu pour avoir pris la défense de Joseph Guibord (voir bulletin La Veille, Hiver 2017, vol. 5 no 1) lui aussi excommunié par l’évêque Ignace Bourget, qui en a excommunié plusieurs. Ce procès-fleuve donnera lieu à l’affaire Guibord qui alimentera la presse pendant vingt ans et sera finalement gagné devant le Conseil privé à Londres.

Autre raison militant en faveur de la préservation de ce bel édicule maintenant en piètre état: plusieurs indices portent à croire qu’il protège les restes mortels des Patriotes. Pour cela, il devrait donc faire l’objet d’une fouille archéologique et d’une analyse scientifique des restes exhumés. Une étude de confirmation que la perte du caveau mettrait en péril.

Pour toutes ces raisons, vous conviendrez qu’il est de la plus haute importance de protéger par un statut officiel de reconnaissance ces deux monuments. C’est la raison pour laquelle la Fédération Écomusée de l’Au-Delà par la voix de son président, Alain Tremblay, s’apprête à contester le refus de classement émis par le ministère de la Culture et des Communications. À suivre…

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