Je désire exposer ici le sujet de la thèse de doctorat, que je soutiendrai vers la fin de l’année 2018 qui portera sur la formation de l’enseignement anatomique dans les écoles de médecine québécoises du XIXe siècle.

C’est au début de ce siècle que l’enseignement anatomique s’institutionnalise au Québec. L’exigence de disséquer un corps humain fait partie du cursus de la formation en médecine dès la constitution des premières écoles médicales québécoises. Chaque nouvelle école de médecine accentue par conséquent le besoin en sujets de dissection. Il en résulte une pénurie de corps à disséquer, qu’on ne peut se procurer légalement qu’à des prix élevés. Dans ce contexte, les lieux de sépulture deviennent rapidement des sources d’approvisionnement en sujets anatomiques pour les étudiants en médecine.

En 1843, l’École de médecine et de chirurgie de Montréal est fondée. C’est l’année où le Medical Board of Montreal dépose à l’Assemblée législative du Québec une pétition réclamant une loi d’anatomie pour le Québec; cette loi fut adoptée la même année. Elle devait réglementer le transfert, vers les salles de dissection, des cadavres non réclamés provenant des hôpitaux, des prisons et des établissements publics d’assistance, sous la supervision d’un inspecteur d’anatomie. L’application de cette loi fut un échec. Des commentateurs de l’époque l’attribuent au laxisme de l’inspecteur d’anatomie, au souci des communautés religieuses de donner une sépulture chrétienne aux morts non réclamés, ainsi qu’à l’absence, dans la loi, de sanctions pénales pour les établissements contrevenants. Au cours des quarante années suivantes (1843-1883), les vols de cadavres se poursuivent et semblent faire l’objet d’un certain laisser-faire.

Chronique Histoire

À l’hiver 1882-1883, une série particulièrement scandaleuse de vols de cadavres dans les environs montréalais est l’élément déclencheur d’une réforme de la loi québécoise d’anatomie, que l’Assemblée législative adopte le 30 mars 1883.

Cette nouvelle loi impose des sanctions aux salles de dissection et aux établissements bénéficiaires de subventions publiques qui ne collaboreraient pas au système de distribution des cadavres administré par les inspecteurs d’anatomie. Dès lors, ce système met fin aux vols de cadavres au Québec.

En raison des préjugés populaires tenaces entourant les corps des défunts, les facultés de médecine et les cliniques privées éprouvaient, au siècle dernier, de grandes difficultés à se procurer suffisamment de cadavres pour répondre aux besoins de la recherche et de l’enseignement. Les étudiants avaient alors recours au vol de cadavres dans les cimetières. Cette besogne macabre n’allait pas sans risque comme on peut le lire dans cet avertissement paru dans Le Canadien du 18 février 1843 : AVIS aux étudiants de médecine : après huit heures au cimetière, on tire.
Tiré de A dead Robbery or Boning a Subject, c. 1855, estampe, ANC ( fonds Saunders c-127468)

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