Du modèle paysager de nos cimetières

Dans un article du magazine Continuité (no 49, 1991)  intitulé Les deux grands cimetières du Mont Royal, Gabriel Bodson et  Louis-Alain Ferron comparent les paysages des deux grands cimetières de Montréal, celui du Mont-Royal et le celui de Notre-Dame-des-Neiges. Sans reprendre dans le détail le contenu de l’article, on y apprend que le premier présente des paysages naturels et bucoliques . Il est plus près des jardins à l’anglaise où le paysage se découvre progressivement et où les végétaux sont disposés sans trame formelle, s’inspirant, d’une certaine façon, de la nature. Les arbres sont présents sur l’ensemble du territoire et forment des îlots à distance des sentiers. De là, le promeneur apprécie les perspectives qui s’offrent à lui. Le second, ceui de Notre-Dame-des-Neiges, répond davantage à une disposition rationnelle des éléments. Il génère une esthétique plus construite, empreinte de formalité. Les arbres y sont alignés le long des voies de circulation et délimitent les diverses parties du site. Ces deux concepts reflètent,  peut-on y lire, les deux grandes cultures en présence au Québec soient l’anglo-protestante et la franco-catholique.

À l’anglaise ou à la française

À l’instar des cimetières, on pourra aussi évoquer les deux styles qui se démarquent dans de nombreux jardins et espaces verts du Québec. Le style formel des jardins français de Versailles et autres châteaux de l’Hexagone et celui bucolique ou pastoral des jardins de châteaux et de manoirs anglais conçus à l’image de leur campagne.

Qu’en est-il de ces approches, dans la conception et la réalisation des autres cimetières jardins d’apparition récente ou encore dans le verdissement de cimetières déjà existants ? Examinons la question du haut des airs, par l’intermédiaire du très pratique outil qu’est Google Earth. J’ai concentré cette recherche sur les grands sites de Montréal et Québec ainsi que sur les grands et anciens cimetières de nos voisins américains à Washington (Arlington) et Boston (Mount Auburn). Même sans une analyse exhaustive de la question, on peut rapidement constater que l’approche paysagère anglaise caractérise les vieux cimetières américains alors qu’un mélange des styles se retrouve dans ceux du Québec.

Cimetière Arlington à Washington avec son imposant couvert forestier (photo: Google 2016, Europa Technologies)

À Montréal, le Repos Saint-François d’Assise implanté dans l’Est, présente deux modèles d’organisation distincts. Dans la partie la plus ancienne, les pierres tombales sont disposées selon un plan en îlots, alors que dans les sections plus récentes, couvrant la presque totalité du lieu, l’implantation rectiligne en rangées, sans doute plus efficiente pour l’usage intensif du terrain, est flagrante. Les arbres sont disposés à l’avenant, au centre des îlots pour la partie ancienne et en bordure des chemins pour l’autre. Un peu plus loin, à Pointe-aux-Trembles, le cimetière Hawthorn-Dale, extension du cimetière Mont-Royal, présente une organisation rectiligne, mais une disposition d’arbres qu’on pourrait qualifier d’aléatoire, donnant davantage l’apparence d’un style paysager à l’anglaise. Les arbres y sont d’ailleurs remarquables et on devine même un effort de leur mise en valeur par l’identification botanique de certains beaux spécimens de pins blancs.

La ville de Québec possède aussi ses styles marqués avec notamment le beau vieux cimetière Mount Hermon au paysage enchanteur et le cimetière St-Charles avec son plan singulier, du moins du haut des airs, qui forme un cœur presque parfait.

Vue aérienne de la vieille partie du cimetière Saint-Charles avec don plan si singulier (Photo Google Earth)

Enfin, il existe un dernier modèle, que je qualifierais d’austère : le cimetière sans arbres. Ce dernier est souvent celui qui caractérise des cimetières catholiques romains localisés près des églises. Pour une raison que j’ignore et qui s’explique sans doute, les arbres comme la végétation en général sont peu ou pas présents dans ces cimetières. Aujourd’hui, on pourrait supposer un manque de ressources et la crainte de générer trop de frais d’entretien liés aux arbres, mais ce n’était sans doute pas le contexte au moment de leur implantation. Le cimetière de La Cathédrale de Saint-Hyacinthe où on cherche les arbres représente l’exemple parfait de ce modèle.

Exemple de cimetière sans arbres, celui de Clarenceville (photo A. Tremblay)

Quand survient un projet de verdissement

La variété et le métissage des modèles existant au Québec permet donc dans un projet de verdissement, d’imaginer celui que l’on veut : des plantations en bordure des chemins ou des plantations au centre des sections et de créer ainsi d’intéressants paysages et ce, sans risque de faire accroc à l’histoire du lieu. À l’instar du cimetière Mont-Royal, il est également concevable d’enrichir le paysage funéraire d’un arboretum composé de nos beaux arbres indigènes du Québec et d’une palette appréciable de végétaux exotiques. Un arboretum améliore l’apparence d’un cimetière tout en accroissant la qualité de vie du quartier avoisinant. Ainsi, le site du cimetière de la Cathédrale qui est maintenant enclavé dans un quartier récemment développé bénéficierait grandement d’une présence forestière rafraîchissante.

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