On nous demande souvent si nous inhumons pendant l’hiver. Comme les gens ne cessent pas de mourir parce qu’il fait froid, nous ne connaissons pas de morte-saison, bien qu’il n’en fut pas toujours ainsi.

Anciennement, les cimetières dignes de ce nom avaient tous un petit édicule bâti en maçonnerie et sans fenêtre, que l’on appelait «charnier» ou «caveau», où l’on entreposait les cercueils des paroissiens qui nous avaient quittés pour un monde meilleur pendant l’hiver. Les cercueils y restaient jusqu’à ce que le bedeau-fossoyeur juge que la terre du champ des Anciens était suffisamment dégelée et drainée pour ouvrir les lots des défunts concernés. C’était à l’époque où le travail se faisait encore à bras d’homme.

Cimetière en hiver, Saint-Edmond de Coaticook (Photo A. Tremblay).

Un sol gelé est presque aussi dur que du roc et ne peut donc pas être creusé. Toutefois, il faut savoir que s’il neigeait abondamment et tôt en automne, il était possible de retarder l’usage du charnier. La neige étant un bon isolant, la terre ne gelait pas, à moins d’un redoux. Cela peut sembler paradoxal, mais le redoux est un facteur de gel. En effet, lorsque la neige qui isolait jusque-là la terre se met à fondre, le sol, très perméable à l’eau, l’absorbe. Dès que l’hiver reprend ses droits, le sol, gorgé d’eau, gèle à pierre fendre.

De nos jours, l’équipement lourd permet de casser la couche de terre gelée. L’hiver ne représente donc plus une difficulté insurmontable, à moins que la concession ne soit inaccessible, parce que située en terrain trop pentu.

Une excavatrice équipée d’un marteau hydraulique casse quelques pouces de terre gelée, puis une autre évacue avec son godet ce que la première a cassé. Le travail en alternance des deux excavatrices se poursuit jusqu’à atteindre la terre meuble, qui se situe habituellement à quatre pieds de profondeur. Lors d’un hiver où il y avait eu plusieurs redoux suivis de gels violents, votre serviteur se souvient d’avoir constaté que le gel était descendu en bas des quatre pieds habituels.

Pour les inhumations de cendres, on peut employer une tarière hydraulique qui se moque bien des molécules d’eau au-dessous de zéro. Il faudra tout de même prévoir de la terre non gelée lorsque viendra le moment d’enterrer l’urne.

La pire saison pour ouvrir une fosse est celle du dégel, quand, à la faveur de la fonte des neiges et des giboulées, le fond du terrain devient saturé d’eau et se transforme en masse boueuse inconsistante, dans laquelle les travailleurs et la machinerie s’enlisent méchamment. Et c’est alors, si une telle chose est possible, que l’on regrette l’hiver.

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