Il suffit de passer les douanes américaines pour se rappeler que travailler dans le domaine funéraire peut parfois vous rendre fort intéressant aux yeux des douaniers, pour qui tout ce qui sort de leur univers courant est irrémédiablement suspect. Dès lors, ils deviennent suspicieux.

Comme ces douaniers ont un fort pouvoir discrétionnaire et qu’ils ne manquent jamais de s’informer sur votre emploi, votre crédit, votre destination, vos intérêts et votre propension à visiter des fermes, vous constatez toujours cette petite lueur dans l’œil perfide du douanier lorsque vous lui déclarez que vous êtes un « grave digger ». Même le portrait du président américain sur le mur au-dessus de lui semble soudain vous regarder de travers. Vous savez que vous aurez droit aux sous-questions. Quoiqu’il m’est arrivé de tomber sur un cerbère amateur de la famille Addams (série télé américaine des années soixante) qui en me souhaitant la bienvenue aux États-Unis, ajoute avec le sourire, qu’il était enchanté d’en rencontrer un, particulièrement de jour.

Être fossoyeur ne fait pas de vous qu’un noble gardien de la frontière de l’au-delà; vous êtes aussi dans le secret du monde de la mort, vous êtes celui qui ferme le livre de la vie de l’être cher en l’inhumant, répétant ce geste séculaire qui, dans le cours de l’évolution, nous distingua du règne animal. Le premier hominidé qui porta en terre son prochain fonda en quelque sorte l’humanité.

Mis à part Pierre Tombal, le fossoyeur,sympathique de la célèbre série de bandes dessinées du même nom, scénarisées par Raoul Cauvin et mis en images par Marc Hardy, le fossoyeur a des airs dantesques.

Malgré toute la noblesse et l’ancienneté du métier, être col bleu de Dieu est aussi une leçon d’humilité. On ne doit pas s’étonner que l’Église ait choisi, comme saint patron des fossoyeurs, l’inimitable Saint-Roch, que l’on reconnaît dans les représentations iconographiques à ses haillons, son bubon sur la cuisse, sa posture misérable et le chien avec un pain à la gueule qui l’accompagne.

Il est malheureux que le métier se perde. La tradition recule devant les pépines. Les fossoyeurs, comme dans les chansons de Brassens, se font rares. Creuse la terre, creuse le temps!

Voilà pourquoi nos lecteurs devraient en profiter pour nous faire suivre leur question sur « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la mort et que vous n’avez jamais osé demander » pendant que vous avez un fossoyeur sous la main. Le chroniqueur posera pic et pelle et se fera un plaisir de vous répondre et de vous apporter quelques lumières dans les zones d’ombre qui précèdent les noirceurs de la mort.

Veuillez envoyer vos questions au beniouioui@live.fr, nous publierons les meilleures!

Julien Des Ormeaux, représentation de saint Roch, patron des fossoyeurs, avec ses attributs habituels.

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