Le tourisme généalogique peut-il sauver les cimetières?

Au sein de la Fédération Écomusée de l’Au-Delà, Pierres mémorables se veut l’organisme défenseur des cimetières de la Capitale-Nationale, mais aussi de la région de Québec/Chaudière-Appalaches. Or, peu de contacts ont été établis à ce jour pour interagir avec les autres organismes en région qui soutiennent la même cause. Ma découverte en 2016 est sans conteste le travail effectué par le président de la Société de généalogie de la Beauce, monsieur Jean-Nicol Dubé. Ce dernier œuvre depuis des années au relevé des noms sur les pierres tombales des cimetières de la Beauce. À ce jour, il a photographié tous les monuments funéraires de 34 cimetières de cette région, autant catholiques qu’appartenant à d’autres religions. Les noms des personnes commémorées sur les monuments sont reproduits sur papier, classés parfois sur EXCEL.

Jean-Nicol Dubé, un passionné de généalogie qui avec la contribution de ses collègues pourrait faire la différence entre l’abandon des cimetières et leur valorisation.( Photo B. Garneau)

Huit cimetières sont documentés à St-Georges même : St-Georges, L’Assomption, Anglican Pozer, Cumberland, Jersey Mills, Presbytérien, Baptiste, Anglican Cranbourne. Dans les autres municipalités beauceronnes, il s’agit des cimetières Springbrook Anglican à Frampton, St-Joseph, Beauceville (connu aussi sous le nom de St-François de Beauce), St-Alfred, St-Simon-les-Mines, Notre-Dame-des-Pins, St-Benoît-Labre, St-Jean-de-la-Lande, La Guadeloupe, St-René, St-Honoré- de-Shenley, St-Martin, St-Théophile et Armstrong. Sa recension s’étend jusqu’aux limites du territoire, dans les cimetières de St-Malachie en Bellechasse, St-Benjamin dans Les Etchemins et Courcelles en Estrie.

Selon l’expérience de Jean-Nicol Dubé, cette documentation attire une nombreuse clientèle venant de partout, notamment des États-Unis. Pour qui connaît la Beauce, la frontière américaine est toute proche. On la traverse à Jackman, à environ 65 kilomètres de la ville de St-Georges, et les Beaucerons l’ont souvent traversée pour aller travailler « aux États ».

À l’été 2016, je me suis particulièrement intéressée à l’un de ces cimetières, celui de Saint-Martin de Beauce. Il dessert actuellement une municipalité de 2 454 habitants, où mes deux parents sont nés.

 

 

Carte situant l’emplacement des cimetières de Beauce, par rapport à Québec.

 

 

 

Les particularités du répertoire des défunts de Saint-Martin

Le répertoire des défunts de Saint-Martin, créé avec la collaboration de la Société généalogique de la Beauce, se présente sous la forme d’un imprimé boudiné de 81⁄2 x 14 po. Il est accompagné d’un CD comprenant des cartes mortuaires, des avis de décès et des notes inscrites sur l’endos des cartes. Le répertoire papier englobe beaucoup plus que les défunts enterrés au cimetière. Il est élargi aux personnes nées ou ayant résidé à Saint-Martin sont inhumées ailleurs. De plus, il inclut les enfants morts en bas âge, quelques instants après avoir été baptisés, soit par un prêtre, soit par le médecin.

Comment cela est-il possible? Au départ, c’est une idée originale du fossoyeur, monsieur Gaëtan Thibodeau. Ce dernier consacrait déjà une partie de son temps à rassembler les cartes mortuaires et les signets des défunts enterrés au cimetière, lorsqu’il a connu la Société de généalogie de la Beauce. Avec l’aide de la marguillère Lise Champagne, qui a relevé toutes les inscriptions des pierres tombales, de l’index des inhumations de la fabrique et des avis de décès, et avec monsieur Jean-Nicol Dubé qui a informatisé le tout sur  fichier EXCEL, ce vaste répertoire des décès de la paroisse de paroisse de Saint-Martin de Beauce – de 1882 à 2016 – s’est constitué. Il est mis à jour régulièrement par Lise Champagne et son époux Martin Rancourt.

Les photographies de tous les monuments du cimetière

En me familiarisant avec cette documentation, j’ai rencontré les deux personnes impliquées dans l’entretien des monuments. Monsieur Gaétan Thibodeau est voué à leur préservation et à leur réfection depuis 30 ans. Grâce à lui, des stèles en bois ont été sauvées, d’autres ont été relevées et combien d’autres choses encore. Il le fait bénévolement avec son épouse Lise Roy, qui nettoie les pierres et repeint les anges avec l’autorisation de leurs propriétaires.

Afin d’enrichir le patrimoine généalogique du répertoire, je lui ai proposé de photographier toutes les pierres tombales du cimetière, selon la méthode du président de la Société de généalogie de la Beauce. À l’été 2016, les clichés des 870 pierres tombales, alignées sur 33 rangs, étaient entre les mains de la Société.

Le patrimoine généalogique et l’architecture funéraire pour soutenir la création d’un fonds d’entretien du cimetière?

Le cimetière est bien situé, en hauteur, face à un paysage remarquable avec une vue sur les abords boisés de la rivière Chaudière. L’architecture funéraire qu’il abrite est représentative de la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe siècle. On y trouve un patrimoine religieux riche et varié.

Vue du cimetière de Saint- Martin de Beauce. (Photo: Brigitte Garneau)

Désireuse de constituer un fonds d’entretien placé en fiducie pour assurer sa conservation à long terme, j’ai présenté ce projet aux intervenants locaux et à la Société de généalogie de la Beauce. Le président a proposé d’enrichir le répertoire en créant des hyperliens entre le nom de chaque défunt inhumé à Saint-Martin et la photographie du monument qui le commémore. De cette façon, le patrimoine généalogique et l’architecture funéraire du lieu pourraient être mis à contribution pour la création du fonds d’entretien.

Conclusion

Le répertoire des défunts enterrés au cimetière de St-Martin de Beauce, accompagné d’un CD comprenant la photographie de tous leurs monuments, pourraient-ils susciter l’adhésion de la population locale, des autorités cléricales et municipales et des gens d’affaires pour la constitution d’un fonds d’entretien du cimetière?

Depuis le 31 décembre 2016, il n’y a plus de marguillers à St-Martin. Cinq paroisses ont été regroupées pour n’en former qu’une. Les cinq clochers comme on les appelle – St-Martin, St- Théophile, St-Robert, St-Gédéon, St-Ludger – composent une entité unique gérée par des bénévoles sous l’appellation de St-Jean-Paul II.

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *