Même si l’on passe sa vie active à inhumer son prochain, il n’y a pas de raison de se priver, le soir venu, d’alimenter ses réflexions sur le sujet en plongeant dans des ouvrages de référence, et c’est pour partager avec vous ces moments de bonheur que je vous présente cetarticle que j’appelle le ‘Le livre de chevet du fossoyeur curieux ‘.

C’est en glanant dans l’abondante bibliothèque de l’Écomusée que je tombai sur un livre publié chez Gallimard et paru en 2018 au titre évocateur de ‘Le travail des morts’, écrit par Thomas W. Laqueur, états-unien, fils de pathologiste et auteur de deux précédents ouvrages sur la sexologie historique.

Laqueur nous fait découvrir, au travers de 744 pages denses, «l’histoire culturelle des dépouilles mortelles », car bien que les rituels funéraires soient aussi vieux que l’humanité, le traitement du cadavre, lui, a varié considérablement selon les époques et les civilisations.

Il commence son propos crûment en citant Diogène le Cynique qui demandait à ce qu’on jetât son corps par-dessus le mur pour le laisser à la disposition des bêtes sauvages, ne voyant en son ultime résiduel qu’un banal déchet biologique. Venant d’un type réputé pour vivre dans un tonneau, on ne s’étonnera qu’à moitié; mais il n’empêche qu’il a fondamentalement raison, un cadavre n’a d’existence et d’importance qu’auprès de ceux qui lui survive. C’est la culture qui détermine la place du mort dans la société, et ce qui peut paraître acquis ou évident aujourd’hui aurait pu paraître outrageant autrefois et vice-versa.

Laqueur nous intéresse ensuite à la dynamique de l’enclos paroissial ( qui n’est pas encore un cimetière au sens où on l’entend aujourd’hui) sous l’ancien et le nouveau régime (dans un cadre anglais s’entend) et sur l’évolution de la sépulture chrétienne , de son anonymat à sa personnification, et comment cela était géré au jour le jour par l’Église avec l’installation progressive d’un cadre juridique par l’État. La personnification évolutive de la sépulture débouche sur la notion de commémoration, de pérennisation du nom du mort, du monument, du souvenir des victimes de guerres, des génocides et des catastrophes.

Il y a un chapitre consacré aux questions éthiques concernant l’âge d’or des premières dissections, de l’utilisation de corps pour l’enseignement et des façons plus ou moins élégantes de se les procurer.

Il nous raconte les péripéties des militants crémationnistes en Europe et du juste combat qu’ils ont mené à cent contre un, ainsi que de l’histoire de l’ingénierie des fours crématoires, qui ont même, apprend-on, bénéficié d’apports technologiques conseillés par des fondeurs et des sidérurgiques!

Il est presque dommage que la Noël soit passée , car c’est là un cadeau de choix pour qui apprécie le patrimoine funéraire.

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