En 1775, lors de l’invasion américaine de la « Province of Quebec », Mgr Jean-Olivier Briand, Évêque de Québec, ainsi que plusieurs seigneurs, demandent au peuple d’être loyal envers les Britanniques qui venaient de conquérir leur pays, quinze ans plutôt. La plupart des Québécois de l’époque restent neutres. Mais malgré les menaces d’excommunication, quelques centaines osent collaborer avec les indépendantistes des 13 colonies de la Nouvelle-Angleterre qui voulaient que le Canada devienne la 14e colonie dans l’Union américaine. Ainsi, sur la Côte-du-Sud, plusieurs habitants vont aider les troupes de Benedict Arnold qui arrivaient par la rivière Chaudière. Dans la région de Montréal, de nombreux Canadiens ont sympathisé avec les troupes de Richard Montgomery qui progressaient par la rivière Richelieu.

Après l’échec de l’invasion américaine, Mgr Briand refuse les sacrements aux Canadiens rebelles et à leur décès, certains se verront refuser la sépulture en terre sacrée. L’un de ceux-là, Pierre Cadrin, de Saint-Michel-de-Bellechasse, « choisira de se faire enterrer sur la terre qu’il a défrichée », comme le raconte son descendant Gaston Cadrin dans Les excommuniés de Saint-Michel-de-Bellechasse au XVIIIe siècle (Les éditions GID, Québec, 2015). Ce cimetière improvisé accueillera quatre autres rebelles de l’endroit. Un siècle plus tard, en octobre 1880, le journaliste de La Sentinelle de Montmagny a assisté « à l’exhumation des restes de cinq cadavres enterrés dans un champ …[et a] été témoin de leur réinhumation [sic] dans le cimetière réservé aux enfants morts sans baptême ».

Resurectionem, Œuvre de Lewis Pagé, proposée pour commémorer les exclus de Saint- Michel,. (photo: Gaston Cadrin)

Aujourd’hui, ces rebelles mériteraient d’être pleinement réhabilités par une inhumation avec les baptisés. De plus, on projette de les honorer par l’érection prochaine, dans le cœur institutionnel de Saint-Michel-de-Bellechasse, d’une sculpture commémorative (Resurrectionnem), œuvre de Lewis Pagé : (photo ci-dessus). L’histoire des exclus de ce cimetière n’est pas sans rappeler l’affaire Guibord : après quatre procès, l’Institut canadien a finalement obtenu en 1874 que son membre Joseph Guibord soit inhumé, manu militari, dans la partie bénite du cimetière de la paroisse Notre-Dame-de-Montréal  (cf. Choisir la crémation dans La veille ).

Note de l’éditrice : L’auteur, Gaston Cadrin, recevait le 21 mai dernier, le prix de reconnaissance de la Fédération des sociétés d’histoire, pour son ouvrage, Les excommuniés de Saint-Michel-de-Bellechasse.

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