On ne crâne pas avec l’histoire

À l’été de 2011, dans le cimetière de l’Hôpital-Général de Québec, on s’affairait à préparer le mausolée de Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran, né le 28 février 1712 à Candiac dans le Gard et décédé à Québec le 14 septembre 1759. Tout ce branle-bas visait la translation des restes du lieutenant-général Montcalm, blessé par une balle perdue, à la sortie du champ de bataille, l’ultime bataille, celle des plaines d’Abraham, une blessure qui le mena à son décès survenu le lendemain. Le soir de son grand départ, la cathédrale, pilonnée par l’artillerie anglaise, étant en ruine, c’est sous la chapelle des Ursulines qu’il a alors trouvé son dernier repos en présence d’un cortège funèbre qui, certes, n’avait pas de quoi crâner. Le lieu d’enfouissement de l’illustre général ayant été conservé par tradition orale, on a pu, en 1833, procéder à l’exhumation de ses restes. Toutefois, seuls le crâne de même qu’un fragment d’humérus ont alors pu être récupérés, le restant du squelette ayant soi-disant été entrainé par les eaux d’une rivière souterraine. Depuis la mise aux jours des ossements de Montcalm, les Ursulines prenaient un soin jaloux de ce pensionnaire de longue date. Il était conservé dans une châsse en verre exhibant son énigmatique devise : Mon ignorance est ma forteresse.

Projet de ré-inhumation

En vue de sa ré-inhumation dans le mausolée en préparation au cimetière de l’Hôpital général, le chargé de projet, architecte à la Commission de la capitale nationale, Jean Jobin, a requis l’expertise du Centre de conservation du Québec.

Après examen du mausolée, des recommandations particulières ont été rédigées concernant le sarcophage à y introduire et la préparation des restes, le tout visant à leur offrir les meilleures conditions de conservation possibles. D’abord, le sarcophage, visible depuis le seuil grillagé du mausolée, allait être en pierre et isolé du sol. Ses dimensions allaient permettre la mise en place d’une capsule temporelle entourée d’une bonne couche d’isolant de laine de verre. Le Centre se chargerait de la préparation de la capsule spéciale.

D’abord une analyse des précieux restes

Il a été proposé qu’avant la mise en réserve des restes dans leur super capsule hermétique, ils soient soumis à une analyse scientifique. Celle-ci a été confiée au Dr Robert Larocque, bioarchéologue, qui fait état de ses découvertes dans le présent Bulletin (cf. Chronique histoire  le crâne de Montcalm…).

Avant de les envoyer à l’analyse, il a d’abord fallu nettoyer ces os et surtout procéder à l’extraction du maxillaire inférieur, lequel avait été encastré dans un montage de matière cireuse, un assemblage par ailleurs peu naturel, qui le reliait au reste du crâne. L’objectif était de permettre au bioarchéologue de vérifier que  le maxillaire inférieur s’articulait à la base du crâne et ainsi de s’assurer que les deux pièces appartenaient au même individu, ce qui s’est révélé être le cas. Un échantillon osseux a également été prélevé en vue d’analyses chimiques futures. L’e fragment d’humérus qui avait été extrait s’est avéré être celui d’une femme et donc n’appartenant au crâne en examen.

Ensuite l’encapsulation

La technique proposée pour la préservation de ce crâne consistait à maintenir le contenu sous atmosphère sèche et exempte d’oxygène, dans un réceptacle scellé et résistant à la dégradation, un peu à la manière de ces capsules temporelles, aussi appelées capsules mémorielles, ces sortes de bouteilles à la mer qu’on retrouve à l’occasion dans des monuments ou des édifices et qui contiennent des messages destinés à ceux qui les découvriront plus tard. La technique s’appuie sur une réévaluation du processus de conception de ces capsules, publié par l’Institut canadien de conservation.

Ainsi donc, au retour de l’analyse, les os ont été individuellement immobilisés dans des supports taillés sur mesure, faits de carton sans acide. Ces supports ont ensuite été bien calés dans une boîte, également de carton sans acide, elle aussi conçue sur mesure. Cette boîte a été ensachée sous une pellicule imperméable à l’air, dans laquelle un absorbeur d’oxygène avait été introduit ceci afin de prévenir l’oxydation des précieux restes.  Le sachet a été rapidement scellé, mettant ainsi le contenu en pression négative, en raison du retrait de la composante oxygène (20 %) de l’air ambiant. Par mesure de sécurité un double ensachage avec absorbeur a été appliqué.

L’extraction de l’oxygène avait pour but de prévenir la putréfaction de la composante organique de l’os. Le sachet, scellé dépourvu d’oxygène, a été introduit dans la capsule en acier inoxydable commandée à cet effet, dont 20 % du volume était occupé par un sachet de dessiccatif, un gel de silice déshydraté. Sa présence devait prévenir la formation de condensation à l’intérieur de la capsule, sous l’effet des inévitables fluctuations de température. Avant la brasure définitive du couvercle de la capsule, une épaisseur d’isolant de fibre de verre a été introduite de façon à éviter la transmission de chaleur de la soudure au contenu pendant l’opération de brasage du couvercle.

En route vers le repos éternel

Ainsi préparée, la précieuse capsule temporelle a été remise aux responsables chargés de la cérémonie de translation. Les précieux restes humains ont ainsi été transportés en grande pompe jusqu’au mausolée, en présence de nombreux dignitaires et de descendants de la famille, avant d’être déposés dans leur sarcophage adéquatement isolé où ils bénéficient désormais d’un repos éternel. Au Québec, on ne crâne pas avec le traitement post mortem de nos héros ni avec la chronothérapie de leurs restes humains.

Arrivée en grande pompe des restes du général de Montcalm dans leur lieu du dernier repos, au cimetière de l’Hôpital Général de Québec, le 11 octobre 2001. Photo Alain Tremblay

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