J’ai déjà fait état dans ma chronique de l’impact positif que les espaces verts des cimetières apportent à la qualité de vie des territoires urbains. Comme tous les espaces verts, les cimetières offrent de nombreux bénéfices, dont l’amélioration de la qualité de l’air et de la gestion des eaux de surface, ainsi que la lutte aux îlots de chaleur. Ils contribuent également, de façon certaine, au maintien de la diversité biologique menacée par l’irrépressible développement économique. Ces effets auront une contribution d’autant plus significative que nos cimetières seront dotés d’une diversité végétale et, surtout, munis d’un bon couvert arborescent. Des études démontrent par exemple que, dans un territoire donné, lorsque l’indice de canopée se situe autour de 40 % (pourcentage du territoire couvert par la couronne des arbres), on note une réduction des particules fines dans l’air et une diminution de l’incidence des maladies cardio-vasculaires chez ses habitants.

Partant de là, il n’y a qu’un pas à faire pour arriver au concept de cimetière écologique. Un concept loin des parterres de pelouse bien lisse et uniforme, conçu plutôt comme un milieu naturel et diversifié dans lequel, à l’instar des espaces forestiers, on trouve une strate arborescente, une strate arbustive en dessous et, au sol, une strate herbacée présentant une mixité de pelouses plus ou moins bien peaufinées.

Cimetière type avec ses allées asphaltées et sans autre végétation qu’une pelouse lisse et monotone. (photo J-J Lincourt)

Une telle structure végétale permet d’accueillir de multiples espèces d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères, créant ainsi une biomasse diversifiée. Dans l’ensemble de la trame urbaine, ces milieux doivent idéalement être connectés à d’autres espaces semblables par des corridors verts ou d’autres aménagements pour créer une dynamique biologique en santé. Les bordures d’autoroutes et de chemins de fer ou une succession de parcs et de boisés peuvent efficacement tisser cette trame. Je l’ai constaté à plusieurs reprises en notant l’errance du renard roux qui a fait du Repos Saint-François d’Assise son pied-à-terre dans l’est de Montréal.

Dans un autre ordre d’idées, l’actualité nous ramène ces temps-ci aux impacts de nos modes de vie sur notre milieu de vie et sur la santé de notre planète. Notre économie productrice de carbone engendre changements climatiques et bouleversements physiques et géographiques, qui font régulièrement la une des médias et nous interpellent : rapport alarmant du GIEC l’automne dernier, pacte pour l’environnement initié par Dominic Champagne, pressions sur le nouveau gouvernement Legault pour une prise de position claire en matière d’environnement, etc. Les Québécois sont, semble-t-il, sensibles à ces questions et désirent s’engager dans cette mouvance de changement. Veulent-ils aussi consentir à faire des efforts pour ajuster leurs modes de vie ? Il semble, là aussi, dans une certaine mesure, que oui, mais ils ont besoin d’être éclairés.

Un couvert arborescent, tout à fait compatible avec la fonction d’un cimetière, permet d’accueillir de multiples espèces animales et de leur offrir un corridor de migration (photo J-J Lincourt)

Dans ce contexte, il est sans doute approprié de se questionner sur l’impact de nos rites funéraires et d’examiner la question des processus de disposition de nos défunts. Le concept du cimetière écologique peut-il apporter une réponse aux défis auxquels nous faisons face ? Certains de nos choix peuvent-ils produire une réduction significative de la production de gaz à effet de serre ? Sommes-nous, au Québec, mûrs pour un changement de nos habitudes ? Vastes et complexes questions réclamant beaucoup de nuances dans les réponses.

Avant même d’en arriver à l’aménagement du cimetière, il faut sans doute s’interroger, calculer et comparer les modes de disposition des dépouilles et la consommation des ressources qu’elles supposent. Déjà, la comparaison des modes en usage n’est pas simple. La mise en cercueils de dépouilles embaumées, puis en mausolée de béton en hiver, semble de prime abord être au sommet de la pyramide de consommation de ressources. L’inhumation suit sans doute, à cause de la consommation d’espace et d’énergie. La crémation, qui exige beaucoup sur le plan énergétique, ne figure peut-être pas au dernier rang. L’aquamation, ce nouveau mode de disposition dont on entend parler dans la publicité et qui a déjà été expliqué dans la chronique du fossoyeur du bulletin de l’automne 2017 (vol. 5, no 3), est prometteur, mais pour l’instant  à l’étude par le Ministère de la Santé, qui s’inquiète des impacts environnementaux de cette méthode. Loin de moi la prétention d’apporter des réponses à ces questions fort complexes. Y a-t-il un spécialiste capable de nous éclairer ? Une étude exhaustive comparant l’impact total de toutes ces méthodes sur l’environnement serait sûrement utile pour faire des choix éclairés. Il faudrait aussi que cette comparaison soit régulièrement mise à jour, les procédés actuels étant en voie d’amélioration continue (voir à cet effet . La veille médiatique de notre bulletin d’hiver 2017, vol. 5, no 1).

Pour ma part, en tant que jardinier urbain toujours avide de plus de jardins et d’espaces verts, je trouve sympathique ce concept dans lequel un espace naturel du cimetière est mis à la disposition des clients pour la dispersion des cendres. Je constate que la crémation semble un mode de plus en plus en usage au Québec et que le cimetière traditionnel ne propose que l’inhumation des cendres comme arrangement final après incinération. J’ai œuvré plusieurs années au Jardin botanique de Montréal, où j’ai été témoin du désir de plusieurs personnes de disperser les cendres de leurs proches dans un lieu de nature, de calme et de méditation, comme celui qu’offre un jardin botanique. À plusieurs reprises, j’ai eu à traiter des requêtes à cet effet. Pour toutes sortes de raisons, la réponse a toujours été négative. Je sais cependant que certains se passaient de permission et procédaient discrètement à une dispersion. J’ai aussi souvent entendu parler de dispersion des cendres d’un proche au milieu d’un lac, à la mer ou en forêt. C’est pourquoi j’imagine très bien un lieu de mémoire implanté dans un espace de nature et de beauté propice au recueillement, où un rite de dispersion serait permis.

La présence d’arbres dans un cimetière offre plusieurs avantages (photo: J- J Lincourt)

Il est possible de concevoir un tel lieu, non seulement dans de nouveaux sites, mais aussi et surtout dans des cimetières existants, transformés en tout ou en partie par la plantation de végétaux et l’adoption de méthodes d’entretien appropriées, dont celle appelée « gestion différenciée », qui vise, par la modification des techniques d’entretien à s’adapter à de nouvelles attentes concernant les fonctions paysagère et écologique. Cette approche est déjà appliquée dans l’entretien des parcs et espaces verts de plusieurs villes européennes. L’idée n’est pas d’investir de précieux milieux naturels, lesquels sont déjà rares et fragilisés, mais plutôt d’offrir des espaces nouveau genre en transformant des zones de cimetières existants qui, souvent, sont des déserts de diversité biologique à cause de la tonte régulière de la pelouse.

Au-delà des questions préalables sur les rites et les modes de disposition des restes humains, pour lesquelles je réitère mon appel à tous, je vous entretiendrai au cours des prochaines chroniques du contenu et de l’aménagement d’un cimetière écologique idéal. Le choix des bonnes espèces d’arbres, épine dorsale d’un tel concept, fera l’objet du premier chapitre.

Au tournant d’une allée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges (photo A. Tremblay)

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