Un patriote exilé revivra en 2020

Il est bon de rappeler qu’un des rebelles de 1837-1838, Joseph Marceau (né à L’Acadie, en 1806, et décédé en Australie en 1883) était issus d’une famille de Saint-Michel-de-Bellechasse. En effet, son grand-père Joseph-Pierre Marceau, neveu de Marie-Marthe-Marceau épouse de Pierre Cadrin (enterré au 4e rang de Saint-Michel) eut un fils, Jacques (né à St-Michel en 1766), qui s’établit et se maria à Marie Archange Bourgeois à L’Acadie près de Saint- Jean-sur-le-Richelieu.

Le 25 octobre 1830, JOSEPH MARCEAU, LE PATRIOTE se maria à Émilie Piédalue (14 ans et demi) de la paroisse Sainte-Marguerite-de-Blairfindie (L’Acadie, Qc). À partir de 1837, il habita une maison sur une terre à la Grande ligne du rang Double (6e concession, lot 64 ouest) de Saint-Cyprien- de-Napierville) qu’il avait acquise de Pierre Hébert. En plus de la culture terrienne, il exerçait le métier de tisserand. Dans la région, on l’appelait « Petit-Jacques » pour le distinguer d’un autre Joseph Marceau du même lieu.

Pendant l’insurrection de 1837-38, Joseph Marceau est membre des Frères chasseurs, un des organisateurs du camp retranché de Napierreville et un des chefs pour la bataille d’Odelltown (près de Lacolle), le 10 novembre 1838, un lieu stratégique près de la frontière canado-américaine. Devant 300 volontaires pro-statu quo, retranchés dans l’église, bien armés et bien pourvus de munitions, les patriotes durent retraiter en fin de journée. L’espoir d’une victoire des rebelles contre le régime en place s’étiolait et commençait la période de répression et des châtiments.

Esquisse de la bataille d’Odelltown, le 10 novembre 1838 photogrphiée par Edgard Gariépy en 1930 (Répertoire culturel du Québec).

Marceau fut appréhendé par les autorités coloniales britanniques avec plusieurs autres compagnons de lutte, le 14 novembre 1838, et emprisonné à la cour de justice du village de Napierville.

Cet édifice, construit en 1834 dans le village de Napierville pour servir de Cour de justice, a abrité à titre de prisonniers de nombreux patriotes, dont Joseph Marceau « Petit-Jacques » à la suite du retrait d’Odelltown (Photo : Gaston Cadrin, 2018)

Dès le 21 novembre suivant, il fut transféré dans la célèbre prison « Au Pied- du-Courant » à Montréal. Condamné en janvier 1839 à la pendaison comme plusieurs autres patriotes, sa sentence, ainsi que celle des 57 autres accusés, fut commuée en déportation dans un camp britannique en Australie où ils arrivèrent en février 1840. Prisonnier politique assujetti à des travaux forcés dans la région de Sydney, Marceau et ses compagnons devront notamment construire, à bout de bras et sous surveillance, la route de Paramatta.

Environ neuf mois avant son exil forcé, le 23 mai 1839, Joseph Marceau perdit sa femme Émilie. Comble de malheur, sa terre du rang Double fut saisie par le gouverneur du Bas-Canada (John Colborne), vendue par le Shérif devant la porte de l’église de Napierville et rachetée par ses beaux-parents Piédalue, devenus par la force des choses tuteurs des trois enfants de l’exilé et de leur défunte fille.

À la suite du pardon accordé par le gouvernement canadien d’Union (province du Canada) à tous ces exilés, en juin 1844, Joseph Marceau retrouva sa liberté et son droit de retour au pays. Mis à part, deux patriotes (Louis Dumouchelle et Gabriel Chèvrefils), décédés en terre australienne en 1840 et 1841, 55 patriotes retournèrent au Canada, à l’exception de Joseph Marceau.

Étant veuf depuis cinq ans, ce dernier décida de demeurer en Australie et d’y refaire sa vie. D’ailleurs, quelques mois après le rapatriement de ses confrères, il se remaria à Mary Barrett (19 ans), le 9 octobre 1844, et s’établit sur une terre dans le voisinage de son beau-père dans le township de Dapto, New South Wales. Avec son épouse de la moitié son âge, il aura 11 enfants permettant de répandre en Australie une importante progéniture de Marceau.

Malheureusement, ses trois enfants québécois (Émilie, Zéphirin et Odilon) ne l’ont jamais revu; ils furent élevés par sa belle famille. Émilie eut des descendants en Montérégie de son mariage avec François Valade et ses frères, Odilon et Zéphirin Marceau, s’installèrent dans le comté de Missoula au Montana et sont les ancêtres des Marceau de cet État. Si vous rencontrez des Marceau en Australie, ils sont tous les descendants du patriote exilé. Un monument commémorant cette horrible déportation a été érigé à Sydney en 1988.

Stèle funéraire du couple Marceau-Barrett dans le cimetière de Dapt, en Australie (photo 2017, auteur inconnu).

Le réalisateur Deke Richards, qui possède un lien de parenté avec Joseph Marceau de par sa mère, une Marcoux (Joseph-Pierre Marceau de Saint-Michel, grand-père du patriote, a marié Marie-Angélique Marcoux en 1759), finalise présentement un documentaire intitulé « La baie des exilés » en vue de rendre hommage, plus particulièrement à Joseph Marceau.

Un évènement commémoratif se tiendra les 18 et 20 mai 2020 dans les villes australiennes de Canada Bay et de Wollongong où se rassembleront des descendants des familles Marceau australiennes et québécoises, ainsi que les sociétés historiques les plus concernées. Personnellement, je suis très intéressé d’aller à la rencontre des familles Marceau de là-bas et de découvrir cette région d’Australie. Tous les mordus d’histoire sont invités à participer à ces célébrations.

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *