En novembre dernier, nous avons assisté au premier Salon de la mort au Palais des congrès de Montréal. L’organisatrice, Madame Phoudsady Vanny, a eu un défi majeur à relever : intéresser la population et l’industrie funéraire à son projet. Après des débuts difficiles, impliquant la recherche d’exposants, et des coûts de location trop élevés qui faisaient hésiter l’industrie, certains gros joueurs se sont levés. Ils ont investi des sommes considérables dans la publicité du salon et dans la promotion de leur industrie. En conséquence, les coûts de location des espaces pour les exposants ont été considérablement réduits et le projet a pu prendre son essor.

Hésitant à investir temps et argent dans cette aventure, la Fédération Écomusée de l’Au-Delà a choisi de ne pas exposer, préférant se limiter à un statut de visiteur lui permettant de mieux évaluer la pertinence de ce salon. Bonne décision, puisque cela nous a laissé beaucoup de temps pour voir les kiosques des exposants, écouter les conférences — en général intéressantes — poser des questions et faire d’heureuses rencontres.

La plupart des exposants interrogés sur leur degré de satisfaction et leur intention de récidiver l’an prochain ont répondu positivement. La population et les consommateurs ont semblé apprécier l’expérience, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que les gens de l’industrie funéraire. Pour ces derniers, le salon représente une belle occasion de présenter leurs produits à d’éventuels clients. Pour les clients, le salon offrait la possibilité de se familiariser avec une gamme de produits, utiles et inutiles, avec lesquels ils ne sont pas familiers. Il leur permettait de réfléchir avant de prendre des décisions coûteuses. Il est en effet souhaitable d’acheter les produits et services funéraires à tête reposée : certaines décisions, prises sous le coup de l’émotion intense qui accompagne le deuil, peuvent coûter cher.

Le directeur d’un des plus grands cimetières du Québec, avec qui nous avons discuté, trouvait l’engouement du public surprenant. « C’est le même genre de salon auquel nous avons l’habitude d’assister pour l’industrie, mais ouvert à toute la population. » Une première à ce qu’il paraît. Par contre, il s’indignait de voir des entreprises funéraires permettre aux visiteurs d’essayer des cercueils et de s’y faire photographier. Cela discréditerait l’image d’une industrie qui cherche à bien paraître. Toutefois, à voir l’engouement devant ce kiosque, cette crainte ne semblait pas partagée par les visiteurs.

Les exposants qui ont semblé faire de bonnes affaires sont les compagnies d’assurances et les notaires, qui se sont fait poser de nombreuses questions et qui ont remis de nombreux formulaires de planification funéraire. Il y avait certainement un besoin pour la population de pouvoir s’informer sur ces questions.

En ce qui concerne l’industrie de la commémoration, beaucoup de nouvelles entreprises étaient présentes. Certaines proposaient la confection de mémoriaux physiques et virtuels. Pour la disposition des cendres, des bijoutiers offraient la possibilité de les intégrer dans leur œuvre.

Pseudo sarcophage en bronze sur le thème du dernier adieu, cimetière Notre-Dame-des-neiges (photo A. Tremblay 2014).

Et, nouveauté, certains artistes proposaient d’ajouter des cendres dans la peinture de leurs tableaux. Ion peut toutefois se questionner sur le vieillissement des œuvres ainsi produites, ainsi que sur l’intérêt des survivants de conserver les restes de leurs proches et de leurs ancêtres de cette façon.

Pour maintenir l’intérêt du public, le salon devra se renouveler et trouver de nouvelles attractions. L’heure étant à la recherche de solutions de rechange écologiques pour la disposition des restes humains et leur commémoration, le salon pourrait chercher des fournisseurs de tels services. Aussi, il y a lieu de s’interroger sur l’à-propos de certains modes de disposition des restes, telle l’aquamation. Nous avons appris que cette approche, qui consiste à désintégrer à chaud et dans des solutions caustiques les dépouilles mortelles — un service offert par seulement deux entreprises au Québec —, est actuellement remise en cause par le ministère de la Santé. Ce dernier évalue les impacts environnementaux du rejet à l’égout des restes liquides générés par ce procédé. Le ministère a en effet temporairement suspendu l’émission de permis, le temps de faire la lumière sur la question. Cette réaction fait ainsi écho à la question posée par notre fossoyeur, Julien Des Ormeaux, dans son article sur le sujet paru dans notre bulletin de l’automne 2017 (vol. 5, no 3). Si l’industrie a sauvé le salon, il n’est pas certain que le salon sauvera l’industrie.

Nous devons en terminant féliciter l’organisatrice qui a mené à bien ce projet ambitieux et lui souhaiter bonne chance pour la suite.

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