Monument récemment croqué au cimetière de Sainte-Cécile-de-Milton

Y aurait-il anguille sous roche

Plusieurs personnes se sont butées à des portes fermées en se présentant au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cadenassées depuis le 23 décembre dernier, elles devaient rouvrir le 8 janvier 2021. Or, en date du 8 février, l’accès est toujours interdit et il est impossible de savoir si une autre prolongation sera de nouveau décrétée. Cette décision fut apparemment fondée sur des » incidents regrettables survenus le 23 décembre « , qui auraient mis en danger la sécurité du personnel dans le contexte actuel de pandémie. Voilà qui a de quoi laisser sceptiques. Sceptiques puisque, selon nos sources, la fermeture avait été décidée le 18 décembre, soit avant lesdits incidents. Mais aussi parce que la plupart des cimetières de Montréal sont restés ouverts malgré la pandémie. Nous nous étonnons de constater l’étrange légèreté avec laquelle les décisions sont prises à la direction du cimetière. Le contexte infectieux auquel on attribue cette décision serait-il un prétexte qui cacherait des motifs plus graves et plus lourds de conséquences et qui concernerait l’avenir du plus grand cimetière du Québec ? Y aurait-il anguille sous roche?

De sérieuses rumeurs circulent de plus en plus, voulant que le cimetière ferait face à d’importantes difficultés financières, soit un déficit accumulé depuis plus d’une décennie de l’ordre de 100 millions de dollars en raison des dépenses qui excèdent de 40 % les revenus, des salaires qui accaparent 85 % de ces revenus et des inhumations qui généreraient une perte de 1 000 $ chacune. À l’Écomusée de l’Au-Delà, ces rumeurs n’étonnent personne. Les difficultés financières du cimetière étaient prévisibles. Rappelons que, depuis plus de 30 ans, notre organisme anticipe cette situation, amplement prophétisée ici même (voir l’article sous la rubrique Opinion de La Veille, vol,7 no 2) et dans les médias. En poursuivant une stratégie commerciale axée sur des segments de marché minoritaire, telle la vente d’enfeus dans les mausolées, en refusant de reconnaître à la population montréalaise le droit d’être partie prenante du lieu, en ne révisant pas les coûts de revient de ses services et en négligeant d’ajuster ses dépenses à ses revenus, le déficit ne pouvait que grossir.

Pourquoi une telle situation alors que le cimetière du Repos Saint-François d’Assise, en partie propriété de l’archevêché de Montréal et de la paroisse du même nom, accumule-t-il des surplus financiers année après année ? Serait-il plus accueillant ? Mieux adapté aux nouvelles réalités funéraires ? Au moins, il reste ouvert pour les visiteurs, malgré la pandémie comme tous les autres cimetières du Québec.

Réduire au minimum les services à la clientèle et à la population et plus probablement essayer de réduire les coûts d’opération, est-ce bien la bonne stratégie pour améliorer l’image du cimetière auprès d’une population de plus en plus indifférente ? La désaffectation des Montréalais pour ce lieu pourrait-elle s’expliquer par le peu d’écoute reçu à ses demandes répétées de transformation en fonction des valeurs et des besoins du temps, des valeurs et des besoins qui ont grandement évolué depuis le dernier concile Vatican II en 1963-1964 lequel avait enfin autorisé le recours à la crémation pour les catholiques ?

Vous l’aurez compris, cette fermeture nous inquiète: la justification invoquée peu transparente cache-t-elle des motifs plus graves?

Monument récemment croqué au cimetière de Sainte-Cécile-de-Milton

Monument récemment croqué au cimetière de Sainte-Cécile-de-Milton en Montérégie (photo : Alain Tremblay).

 

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