Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

D’après certains anthropologues, l’Homme s’est nettement distingué du primate commun le jour où il a commencé à dépenser de ses précieuses énergies à autre chose que sa survie immédiate et où pour la première fois il a mis son semblable en terre. Suivant cette théorie, on peut conclure que c’est le premier fossoyeur qui a initié, à partir de la fosse originelle, le début de la prodigieuse aventure humaine.

Cette démarche est le fruit d’une réflexion ontologique primale; inhumer son prochain n’était pas qu’un geste altruiste. C’était la prise de conscience de la notion de temps linéaire, de la mort, de soi par rapport aux autres, de la capacité à se projeter dans l’avenir. La connaissance de la mort révélait en même temps la vie. L’humanité doit beaucoup aux fossoyeurs… Malheureusement, alors qu’ils sont porteurs d’un savoir-faire unique qui ne s’apprend nulle part ailleurs qu’entre eux, on oublie trop souvent de solliciter leur avis.

Patrimoine Funéraire Montréal a donc réussi à convaincre un fossoyeur de troquer la pelle pour la plume afin de tenir une chronique où l’on répond aux questions des lecteurs pour tout ce qui concerne le métier de fossoyeur.

Envoyez-lui sans gêne vos questions à : patrimoinefunerairemtl@gmail.com

Patrimoine funéraire Montréal travaille présentement à un « Portrait des cimetières montréalais » qui concerne l’ensemble des cimetières de toutes confessions situés sur l’île de Montréal, des plus anciens au plus récents, en passant par les sites archéologiques. Leur nombre est impressionnant puisqu’il avoisine la soixantaine.

Certains d’entre eux ont fait l’objet d’études et de publications, d’autres sont très peu documentés, mais présentent également une valeur patrimoniale indéniable digne d’être diffusée auprès du grand public. Nous vous informerons des développements.

Dans l’arrondissement historique de Sillery, le cimetière des Sœurs Sainte-Jeanne d’Arc n’est plus. Les tombes de 240 sœurs et 10 prêtres ont été exhumées pour être déplacées au cimetière Notre-Dame-de-Belmont qui accueille déjà les sépultures d’une dizaine de communautés religieuses. Les tombes ont été déménagées pour permettre la vente de l’immense propriété de 60 000 mètres carrés qui fait face au fleuve. Situé juste à côté du cimetière Mount Hermon, le cimetière des sœurs aurait pu y être rattaché, mais il n’a pas été possible de garder cet élément patrimonial dans l’arrondissement historique.

Par un bel après-midi, vous vous baladez tranquillement dans le square Dorchester et la place du Canada. Vous savez-vous en plein cœur d’un des grands cimetières de Montréal ? Environ 55 000 personnes, notables comme pauvres, y furent inhumées entre 1799 et 1855.

Histoire du lieu

À la fin du 18e siècle, les quelques cimetières intra-muros sont désormais vus comme des  menaces pour la santé publique. On doit les mettre hors des murs de la ville fortifiée. Pour ce faire, la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal acquiert en 1799 la terre de Pierre Guy, sur la terrasse Sherbrooke, dans le faubourg Saint-Antoine. Les premières sépultures se font deux semaines plus tard. Cependant, ce n’est qu’en 1821 que les travaux de translation des restes des cimetières du Vieux-Montréal vers le cimetière Saint-Antoine seront entrepris.

Ensuite, les nombreuses victimes de l’épidémie de choléra C de 1832 se sont ajoutées en ces lieux. On y compte aussi la plupart des patriotes exécutés en 1838-39 et Ludger Duvernay (1799-1852), fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste. Mais dès 1853, la Ville adopte un nouveau règlement défendant l’inhumation à l’intérieur de ses limites. L’année suivante, la Fabrique achète la terre du docteur Beaubien sur le mont Royal. Naît alors le cimetière Notre-Dame-des-Neiges. On procédera, au cours des 15 années suivantes, au déménagement des sépultures du cimetière Saint-Antoine, mais un grand nombre de dépouilles resteront sur place. Le cimetière Saint-Antoine aura été, pendant plus de 50 ans, le seul lieu de sépulture des catholiques de Montréal.

Enfin, devant les pressions de la Sanitary Association, la Ville de Montréal décide en 1873 d’acquérir le vieux cimetière pour le transformer en parc. En ce sens, ce parc existera à cause des morts que son sol contient. En 2010, est complétée la phase 1 du réaménagement et de la mise en valeur du square Dorchester. Le réaménagement, réalisé par Claude Cormier Architectes Paysagistes Inc.  et Groupe Cardinal Hardy, comprend un rappel de l’ancien cimetière et la présence de sépultures sur le site. Des croix latines, une représentation graphique des cimetières catholiques, sont disposées en quinconce sur les surfaces pavées du square.

Pierres mémorables, un organisme fondé à Québec en 2010 et étroitement associé à l’Écomusée de l’au-delà, a obtenu une subvention du MCCCF et de la Ville de Québec pour documenter les monuments de personnages, groupes et événements qui ont marqué l’imaginaire populaire à Québec dans les deux plus grands cimetières francophones de la ville : les cimetières Saint-Charles et Notre-Dame-de-Belmont. Les résultats sont disponibles sur le site internet du Répertoire du patrimoine culturel du Québec.