Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

Le 9 septembre dernier ( 2013), la Ville de Sutton adoptait une Politique d’entretien et de conservation des cimetières sur son territoire. Nous saluons cette première au Québec, dont l’initiative revient à Héritage Sutton, qui a alerté la municipalité sur la nécessité d’intervenir. Celle-ci a alors demandé à la société d’histoire de procéder à un inventaire sommaire des lieux de sépulture et d’élaborer un projet de politique.

Un exemple à suivre ! Pour lire cette politique.

Bonne coïncidence! À quelques semaines du colloque de la Fédération sur le thème de l’avenir des cimetières par la municipalisation, un excellent article de Gabrielle Duchaine dans La Presse du 18 septembre, intitulé « Cimetières cherchent dépouilles », posait la question de la diminution pourtant bien connue des sépultures dans les cimetières confessionnels, due à l’abandon des pratiques religieuses, mais surtout à l’incinération qui permet de garder l’urne sur le manteau de cheminée, de l’enterrer dans le jardin, ou de disperser les cendres en forêt ou dans le fleuve. Entre 50 et 70 % des sépultures font l’objet d’une incinération, selon les évaluations.

Difficile pour les cimetières de contrer la chose par la publicité – « Venez mourir chez nous, chauffage et climatisation garantis » -, ou par les dons des résidents sous terre. Même la construction de columbariums dans les cimetières fait problème, par leur contestation au titre du patrimoine paysager comme à Notre-Dame-des-Neiges, mais surtout par la compétition des maisons funéraires en centre commercial ou sur rue, qui multiplient ces installations  – beaucoup moins dispendieuses en coûts de construction et d’entretienque les mausolées !

Ce sujet et cet article ont fait écho jusqu’en France, quand l’hebdomadaire Le Point du 7 octobre a repris et résumé  l’article de  de La Presse sous le titre résumé « Cimetières québécois cherchent morts! ». Les cimetières vivent des morts, mais c’est beaucoup moins payant de conserver une urne que d’enterrer un cercueil. L’Église catholique ne s’est pas adaptée à la nouvelle réalité. Elle rebute un peu la clientèle. Et aucune loi n’encadre la dispersion ni même la disposition des cendres. Faudra-t-il demander de l’aide à l’archevêché ou à la Ville ? Des pistes à développer au colloque du 1er novembre.

À Sherbrooke, le 14 septembre dernier (2013), au crématorium Steves L. Elkas, a eu lieu une rencontre exploratoire organisée par la Fédération pour discuter des meilleurs moyens à prendre pour créer ou coaliser des organisations de sauvegarde du patrimoine funéraire pour la région de l’Estrie. Toute la population était invitée à y participer et l’événement  a connu un grand retentissement médiatique. Les personnes présentes ont convenu d’organiser une réunion de fondation au printemps 2014.

M. Michel Fortin, directeur de la Maison du Granit au lac Drolet et porte-parole de l’Association des détaillants de monuments du Québec, a confirmé que la Maison du Granit souhaitait jouer un rôle important pour soutenir la fondation de ce nouveau groupe. Pour clore la rencontre, les participants ont profité d’une visite du cimetière protestant Elmwood de Sherbrooke.

Topo radio

Depuis l’adoption de la nouvelle loi sur le patrimoine culturel du Québec, la Commission de la capitale nationale du Québec s’est vue confier le mandat de l’entretien des monuments funéraires des anciens premiers ministres du Québec. Conformément à son nouveau mandat, la Commission a entrepris récemment la restauration d’une dizaine de ces monuments.

Nous pouvons voir sur cette photo les travaux de restauration du monument de l’ancien premier ministre Sir Adolphe Chapleau, avocat, premier ministre (1879-1882) et lieutenant- gouverneur du Québec (1892-1898). Situé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, ce monument en avait bien besoin.

La Fédération souhaite s’impliquer activement pour sauver le magnifique mausolée Bellemare-Paradis-Jutras érigé en 1917 dans le cimetière de Baie-du-Febvre. Ce mausolée d’une rare beauté est localisé au centre du cimetière et donne un caractère monumental à l’ensemble de ce jardin funéraire.

Dédié à la mémoire de trois de ses illustres concitoyens, les curés de la paroisse de Baie-du-Febvre au tournant du siècle dernier, Joseph-Elzéard Bellemare, Didier Paradis et Pierre Jutras, ce monument représente un grand intérêt patrimonial pour la région de Nicolet, tant par sa valeur commémorative, historique et architecturale que paysagère. Malheureusement, il risque de s’écrouler. Une somme de 25 000 $ serait nécessaire à sa restauration.

Cet été, nous avons eu l’occasion et le privilège de visiter la crypte des Messieurs de Saint-Sulpice dans le cadre d’une visite organisée par le Grand Séminaire.

Cette crypte est située sous la magnifique chapelle endroit où l’on inhume les sulpiciens depuis une centaine d’années et lieu de   rapatriement de sépultures remontant aux débuts de la colonie. Y sont entre autres inhumés Mgr de Pontbriand, qui a succédé à Mgr de Laval comme deuxième évêque de la Nouvelle-France et Édouard Gagnon, cardinal sulpicien décédé il y a peu (1918-2007). Et que d’émotions d’être devant la tombe de François Dollier de Casson, le premier « urbaniste et historien » de Montréal à qui l’on doit la trame des rues de Ville-Marie.

Nous avons pu voir aussi la chapelle, le grand escalier et le bassin d’eau, le plus ancien d’Amérique. Nous vous recommandons fortement de surveiller les activités du Grand Séminaire, ces visites étant trop rares.

Pour plus d’information, voir cette fiche venant du site web sur le patrimoine immatériel religieux du Québec, réalisée par la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l’Université Laval

Le Conseil municipal de Montréal a finalement voté à l’unanimité, lors de la séance du 23 septembre (2013), une résolution pour faire du chemin de la Côte-des-Neiges un Parcours patrimonial à l’occasion du 375e anniversaire de la Ville en 2017. Rappelons que le Service des Parcs avait décidé de soustraire la partie Nord du chemin de la Côte-des- Neiges à cette dénomination pour des raisons d’échéancier, à savoir le détournement de circulation de Décarie pendant le chantier de l’échangeur Turcot au-delà de 2017.

Patrimoine funéraire Montréal, avec l’appui de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges, d’Héritage Montréal et des Amis de la montagne, avait alors lancé une pétition et déposé une proposition détaillée s’opposant à cette décision qui pénalisait la partie la plus importante du chemin, celle qui présente le plus d’éléments patrimoniaux, dont le cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Mais c’est notre rencontre au Sommet du Mont-Royal de juin dernier, avec Josée Duplessis, présidente du Conseil de Ville, des parcs, de l’environnement et du développement durable, et Mario Cicioli, directeur du Service des Parcs, qui les avait amenés à revenir sur cette décision.

On ne connaît pas encore les paramètres liés à ce parcours, mais la résolution invite tous les acteurs concernés à se concerter aux fins de la mise en œuvre des projets reliés, y compris les propriétaires riverains institutionnels comme le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à qui nous avions à cet égard proposé dès 2012 un plan de mise en scène de la plaine emblématique d’intérêt archéologique, plan d’abord bien reçu par son directeur M. Yoland Tremblay, mais hélas égaré par la suite dans le dossier des Parcours patrimoniaux justement.

Pour lire la Résolution CN13 0899

Proposition pour un parcours patrimonial

Aussi vrai que le promeneur demandant indubitablement au pêcheur qu’il croise sur le bord de la rivière si ça mord, l’une des premières questions que le promeneur pose au fossoyeur qu’il rencontre au détour d’une concession est « Mais creusez-vous, l’hiver ? Comment faites-vous ? »

Il fut un temps où les cimetières honnêtes étaient équipés d’un charnier où l’on entreposait les corps jusqu’au dégel suivant. Il faut savoir que la terre gèle parfois jusqu’à quatre pieds, particulièrement lorsqu’il n’y a pas beaucoup de neige, il était alors impossible de creuser; la terre gelée ayant une dureté proche du roc, on ne s’y risquait pas. Par contre, lorsqu’il neige tôt en saison et abondamment, la terre gèle beaucoup moins profondément, car la neige est un isolant très performant. Mais si par malheur il y a un redoux, que la neige fond et qu’il pleut, l’eau pénètre le sol plus aisément et sitôt que le froid revient, le gel s’étend  très loin sous la surface , parfois jusqu’à cinq pieds !

Aujourd’hui, pour autant que la fosse à creuser soit accessible pour la machinerie lourde, un marteau hydraulique est installé sur une pépine qui casse le sol gelé, et une autre pépine enlève ce qu’a cassé la première. C’est deux fois plus de travail qu’à la belle saison. Si le lot est trop en pente ou inaccessible, le cercueil est alors placé dans un entrepôt frigorifique jusqu’au retour des beaux jours, et est inhumé quelques semaines après la fonte des neiges, question que le sol se soit drainé et qu’il soit praticable sans que la machinerie ne s’enlise inutilement dans la boue. Mais une question demeure: comment les Inuits d’autrefois disposaient-ils de leurs défunts avec un sol gelé à l’année? Quelqu’un a la réponse?