Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

La ville de Sutton compte 16 cimetières connus, allant du petit cimetière familial situé sur un terrain privé, jusqu’au cimetière paroissial comptant des centaines de sépultures, en passant par le cimetière communautaire de quelques dizaines de défunts. Soucieuse de préserver ce patrimoine riche et varié, la Société d’histoire Héritage Sutton a entrepris, avec l’appui de la Ville, un inventaire systématique et détaillé des cimetières de la municipalité, à l’exclusion des quatre grands cimetières toujours actifs.

Cet inventaire sur le terrain, amorcé en 2013, est accompagné d’une recherche en archives. Cette première phase comprenait deux volets. Le premier visait à identifier les pionniers anglophones (fin XVIIIe – début XIXe siècles) et les premiers Canadiens français venus s’établir à Sutton (après 1835), ainsi que les militaires suttonnais ayant participé aux grands conflits du XXe siècle. Le second volet était consacré à de petits cimetières familiaux et communautaires. Les données prélevées sur le terrain avaient, entre autres, pour buts de dresser un plan à l’échelle de chaque cimetière et d’y situer précisément les pierres tombales, de décrire chacune d’elles, de faire une transcription littérale des épitaphes et de relever les motifs. Toutes les stèles ont également été photographiées sous plusieurs angles. Les données recueillies l’ont été non seulement à des fins de conservation, mais aussi à des fins documentaires. Généalogistes, démographes, historiens et anthropologues y trouveront matière à contentement. La seconde et dernière phase est prévue pour 2014.

Rappelons que la Ville de Sutton se dotait en septembre dernier d’une Politique d’entretien et de conservation des cimetières (voir la ville de Sutton se dote d’une politique … vol. 1 , no 2, automne 2013), qui comprend trois orientations : protéger les cimetières et autres lieux de sépulture, préserver le patrimoine qu’ils représentent et les mettre en valeur. Une première au Québec.

Lors des deux guerres mondiales, l’empire britannique et ses alliés se sont entendus sur le protocole à suivre pour gérer les sépultures des soldats tombés au champ d’honneur. C’est à cette occasion qu’a été créée la Commonwealth War Grave Commission (CWGC), l’organisme responsable de la logistique et de la gestion des cimetières militaires du Commonwealth, et qu’a été prise l’habitude de regrouper systématiquement les dépouilles des combattants et de les ré-inhumer dans des cimetières qui leur est exclusivement dédiés, généralement sur le champ de bataille ou pas très loin, et de les rassembler par dominion. Qu’importe l’ethnie, la religion ou le rang des soldats, anonymes ou non, ils étaient enterrés côte à côte et leurs sépultures marquées de pierres tombales. Celles-ci étaient parfaitement alignées et ordonnées; elles formaient ainsi un ensemble commémoratif cohérent. Il existe plus de 23 000 lieux d’inhumation de militaires, dans 153 pays. Les quelque 1 700 000 sépultures sont soigneusement consignées dans un registre, qui est accessible. Il faut cependant savoir que nombre de corps n’ont jamais été retrouvés.

D’autres cimetières militaires destinés à recevoir les anciens combattants ont aussi été ouverts dans leurs dominions respectifs. Depuis 1951, c’est la Canadian Agency War Grave Commission (CAWGC) qui a pris la relève de la CWGC dans les trois Amériques, où sont répartis 3 350 cimetières et dix cénotaphes. Les registres de la CAWGC remontent à 1884 et comptent 116 000 morts. Lorsque, dans vos pérégrinations dans nos charmants cimetières, vous croiserez ces petits monuments en granit gris de Stanstead, à tête plate et arquée, c’est qu’un militaire repose dans une concession privée et que la CAWGC a vu à ce que ces derniers honneurs lui soient rendus.

La MRC d’Argenteuil travaille à l’inventaire de tous les cimetières et lieux de sépulture de son territoire. Sur les 60 cimetières recensés à ce jour, on compte 35 sites publics (affiliés à une paroisse ou légalement constitués en OBNL) et 25 sites « privés » (anciens cimetières familiaux ou communautaires), ces derniers se retrouvant majoritairement en zone agricole. Cet inventaire fait partie de la 2e entente de développement culturel intervenue entre le MCC et la MRC d’Argenteuil.

Sur la photo, le cimetière Harrington représente bien la réalité des cimetières ruraux de la MRC d’Argenteuil.

De tous les modes de disposition des dépouilles qui sont pratiqués au Québec, lequel a l’empreinte écologique la plus faible? Les lecteurs seront sans doute surpris d’apprendre que, dans une société industrialisée et urbanisée, c’est la crémation qui remporte la palme. Pourquoi ?

  • les fours en usage au Québec (ce ne sont pas tous les pays qui pratiquent la crémation avec des normes aussi élevées que chez nous) utilisent du gaz naturel, qui est, de tous les combustibles, l’un des moins polluants;
  • les fours d’aujourd’hui ont la grande particularité d’avoir une deuxième chambre de combustion à très haute température et réussissent ainsi à bruler les gaz et les autres émanations. Ainsi, la combustion est presque parfaite;
  • inhumer une urne prend infiniment moins d’espace qu’une sépulture conventionnelle sans compter qu’il est possibla d’en inhumer dans des concessions où il n’y a plus de place pour d’autres cercueils. On peut aussi regrouper les urnes dans un columbarium, dans des bâtiments existants comme des églises recyclées à ces fins, ou dans des ossuaires collectifs ou en lot communautaire. Ces façons de disposer des urnes ont toutes le grand avantage de densifier le nombre de sépultures sur un même espace, ce qui ultimement évite d’avoir à en consacrer de nouveaux à ces usages;
  • inhumer une urne perturbe beaucoup moins le sol qu’une inhumation conventionnelle et minimise grandement l’emploi de machinerie lourde et de carburant diesel;
  • les cendres sont stériles et n’ont donc aucun impact lorsqu’on les met en terre, contrairement aux fluides d’embaumement, qui ne sont pas tous réputés pour leur innocuité, et à une inhumation traditionnelle en cercueil;
  • une urne biodégradable s’efface dans le sol, et une urne conventionnelle requiert beaucoup moins de matériaux qu’un cercueil;
  • la majorité des gens qui choisissent la crémation optent aussi pour la boite de carton comme contenant funéraire, ce qui fait l’économie d’un cercueil.

La crémation est en train de s’imposer comme le mode de disposition des corps le plus populaire dans les pays industrialisés. Au Japon, on y a recours dans presque 100% des cas, en Suisse 90%, au Danemark 80%, au Québec 75%, dans le reste du Canada 40% et aux États-Unis 35%. L’Italie, où l’on est plus attaché aux traditions catholiques, fait bande à part, avec un taux de plus ou moins 10%. On doit noter aussi que, dans les traditions chrétiennes orthodoxes et les religions sémites, la crémation n’est pas une option.

Il y a cependant un bémol à l’empreinte écologique de la crémation: des études sur l’impact des amalgames dentaires restent à faire. Et il ne faut pas oublier qu’en ces pays où elle est pratiquée avec des moyens rudimentaires et dans des environnements non règlementés, la crémation ne se qualifierait plus comme pratique essentiellement écologique.

La crémation reste cependant un mode de disposition économique et écologique qui ne cesse de gagner en popularité. Des intervenants du milieu prétendent même que la pratique gagne un pour cent de popularité de plus chaque année aux États-Unis et ailleurs. L’avenir serait-il à la crémation ?