Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

En juin, mettez les pieds dans le cimetière en compagnie d’un fossoyeur afin d’en savoir davantage sur l’évolution des pratiques funéraires. La visite se fera au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, de 10 h 00 à 11 h 30, les dimanches du 1er et du 15 juin (2014).

Contribution suggérée de 10 $, l’argent sera versé à Patrimoine funéraire Montréal. Si désiré, vous pouvez dès maintenant vous inscrire sur une liste de rappel pour la mi-mai, en écrivant à patrimoinefunerairemontreal@gmail.com.

Le mercredi 26 mars 2014, l’arrondissement Plateau Mont-Royal organisait une consultation publique sur l’avenir de l’Hôtel-Dieu. Patrimoine funéraire Montréal (PFM) a fait la promotion de l’idée de faire citer par l’arrondissement (ou par la Ville centre) la crypte funéraire située sous la chapelle des Sœurs Hospitalières de Saint-Joseph qui contient, en plus des ossements de Jeanne-Mance, les restes mortels de nombreuses sœurs et quelques personnages illustres. PFM souhaite par la suite que l’arrondissement dépose une demande formelle à l’arrondissement historique du Mont-Royal afin de faire reconnaitre officiellement la crypte funéraire des Sœurs comme étant le cinquième site funéraire en importance du secteur.

Rappelons que le 31 janvier 1861, lors d’une grandiose cérémonie de translation partant du Vieux-Montréal, on conduisit, au nouvel Hôtel-Dieu de l’avenue des Pins, les restes de 178 religieuses et trois laïques, dont Jeanne-Mance, co-fondatrice de Montréal. Depuis cette date, 589 autres religieuses y furent inhumées.

En furetant sur le site Web « La route des cimetières du Québec », vous constaterez qu’y sont répertoriés non seulement tous les cimetières, mais aussi tous les sites d’inhumation, dont celui de l’oratoire Saint-Joseph, où repose le frère André.

Cette sépulture est plus que symbolique, elle sanctifie l’oratoire et ajoute à la sacralité des lieux. Dans l’Église catholique, la présence de reliques et/ou du corps d’un saint a une signification bien réelle. Le dernier concile rappelait que « selon la tradition, les saints sont l’objet d’un culte dans l’Église, et l’on y vénère leurs reliques authentiques et leurs images ». La présence physique du saint irradie le sanctuaire d’une aura qu’il n’aurait pas autrement. Les saints constituent l’Église triomphante, ils sont les intercesseurs auprès des cieux.

Dès l’Église primitive à Rome, les chrétiens se réunissaient et disaient la messe sur les tombeaux des martyrs, eux qui avaient souffert pour leur foi et qui ne pouvaient qu’avoir crédit auprès de Dieu, ils constituaient donc des facilitateurs pour établir un lien avec le Très-Haut. St-Augustin ne dira t-il pas « qu’il faille honorer la vénération du corps des fidèles qui ont servi d’instrument et d’organe au Saint-Esprit pour toutes sortes de bonnes oeuvres .» Lorsque les persécutions prirent fin, les chrétiens consacrèrent l’usage de rendre un culte aux sépultures des saints, et si d’office une église n’était pas bâtie sur un tombeau, on n’hésitait pas à se procurer les reliques d’un ou plusieurs saints pour l’en pourvoir. D’ailleurs, l’Église a conservé jusqu’à nos jours la coutume de placer des reliques dans la pierre des autels, rappelant ainsi l’antique habitude de dire la messe sur la tombe d’un saint.

C’est dans cette perspective qu’il faut voir toute l’importance et l’impact de la sépulture de Saint frère André pour l’oratoire. Déjà sacralisé par sa fonction, l’oratoire l’est encore plus maintenant qu’elle héberge les restes d’un saint. Le frère André est le saint québécois le plus connu et sans doute le plus aimé à travers le monde. Décédé en 1937 à l’âge de 91 ans, il fut exposé en chapelle ardente dans l’oratoire inachevé. Près d’un million de personnes de partout dans le monde ont défilé pendant sept jours et sept nuits devant sa dépouille, malgré le temps exécrable qui régnait en ce début janvier.

Le tombeau de Saint frère André se trouve depuis la fin des années quarante au cœur du bâtiment, entre la crypte-église et la roche-mère du mont Royal, juste sous la basilique. Pour y accéder, il faut passer par une salle longitudinale appelée la chapelle votive, où des milliers de lampions à la disposition du public brûlent parmi les innombrables béquilles laissées là par les pèlerins. On dit qu’ils repartaient à pied après avoir été guéris par l’humble serviteur de Saint-Joseph, qui repose dans un sobre sarcophage de marbre noir (marbre offert par Maurice Duplessis) situé dans une demi-rotonde adossée à la salle. En 1963, le Tribunal ecclésiastique qui s’occupait des procédures de béatification fit ouvrir le tombeau. On constata alors que, comme nombre de saints, le corps du frère André s’était momifié et était intact, ce qui constituait un argument de poids en faveur de sa béatification.

On trouve aussi dans les parages la salle du cœur du frère André, où est exposé le reliquaire dudit cœur, offert à la dévotion des fidèles. Suite à la canonisation du frère André, il a été décidé de créer un grand reliquaire, de facture contemporaine. On peut y voir un petit réceptacle de verre contenant quelques fragments qui ont été prélevés sur le cœur. Ce réceptacle peut être exposé dans les paroisses, communautés et sanctuaires qui en font la demande.

Ce lieu d’inhumation est sans doute le plus visité au pays et devrait figurer dans le calepin de visite de tout amateur de patrimoine funéraire.

Photo du Frère André. Source : Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

Depuis plusieurs années, la Fédération fait la promotion de l’installation de columbariums à l’intérieur d’églises à valeur patrimoniale afin d’aider à leur conservation en y ramenant, entre autres, une partie de l’économie funéraire.

Au début du mois d’août 2011, Mgr Jean Piché, curé de la paroisse Notre-Dame-de-Saint- Roch, procédait à la bénédiction de 92 niches cinéraires, première phase du projet administré par la Coopérative funéraire de la Capitale et qui devait, trois ans plus tard, totaliser 240 niches cinéraires. La première phase a coûté 40 000 $ et l’ensemble du projet est évalué à 100 000$.

M. François Charest, directeur général de la Coopérative funéraire de la Capitale, qui loue l’espace et administre le columbarium, nous informe que les ventes de niches ont été plus lentes que prévu, mais que 70% de celles-ci sont déjà vendues et qu’un agrandissement aura lieu en 2015. Malgré tout, il considère l’expérience très positive financièrement pour la coopérative et l’église qui, en plus de l’espace pour le columbarium, peut louer des salles pour les réceptions. Côté accessibilité, M. Charest souligne que l’église est ouverte en permanence.

La seule ombre au tableau, qui pourrait constituer un obstacle majeur au développement de cette initiative : le projet de loi n° 83 sur les activités funéraires. Ce projet de loi qui avait été déposé en 2012 par le ministre Yves Bolduc, prévoyait l’interdiction d’aménager des columbariums hors cimetière. Heureusement, il n’a pas encore été adopté. Espérons que le ministère de la Santé et des Services sociaux retirera cette interdiction pour ces bâtiments patrimoniaux.