Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

Les vieux et les moins jeunes vous le diront d’emblée : les traditions se perdent, et cela, jusque dans le monde du funéraire ! L’art de creuser à la mitaine n’est plus courant. Il y a de ces nouvelles générations de fossoyeurs qui n’ont malheureusement jamais connu ce bonheur inégalé de descendre manuellement le sol de six pieds. Ils n’ont jamais connu non plus cette quintessence couplée à cette proverbiale innocence du fossoyeur traditionnel qui, au petit matin, après un copieux petit-déjeuner, entame une marche, avec la pelle et la bêche à l’épaule, sifflotant la Danse macabre de Camille Saint-Saëns jusqu’à la concession où il ouvrira les entrailles de la Terre afin qu’autrui y prenne son repos éternel…

Qu’elle était belle, cette époque bénie, où la journée s’écoulait lentement au son du cliquetis ferrotellurique de la pelle et du pic s’abattant sur le sol ! Qu’il était bon d’être de plus accompagné du chant des oiseaux ! De vivre au rythme des saisons et d’être exposé aux éléments ! Imaginez ! Une symbiose parfaite avec l’environnement.

Le charme est aujourd’hui rompu. La crémation marginalise l’inhumation traditionnelle, et les rétrocaveuses font honteusement concurrence à l’homme quand vient le temps d’excaver. Une fosse qui prenait jadis une journée à creuser avec deux hommes se fait maintenant en une demi-heure avec une pépine. Le chant aviaire n’est plus; ce sont les harmonies d’un moteur diesel qui accompagnent le creusement… Que Cioran serait déçu des fossoyeurs modernes !

Ils ont pourtant raison, les puristes ! Rien ne se compare au confort d’une fosse creusée de main d’homme. C’est toute la différence entre l’artisanat et l’industrie qui est ici soupesée. Et quel est le nom de cette différence ? Patrimoine immatériel.

Le dimanche 3 août dernier  ( 2014) avait lieu en Estrie un pique-nique des amis du patrimoine funéraire du Québec organisé par la Fédération Écomusée de l’Au-Delà. Ce fut une excellente occasion d’admirer cette belle région, de voir certains cimetières et de faire connaissance avec les membres de la corporation, récemment fondée, Patrimoine funéraire Estrie-Montérégie.

Premier arrêt, le cimetière Saint-Edmond, situé à l’arrière de l’église Saint-Edmond. Fondé en 1868, il est le premier cimetière catholique de la région de Coaticook. On y retrouve les ancêtres de presque toutes les familles francophones de la région dans un aménagement qui rappelle des cimetières-jardins britanniques du 19e siècle.

Deuxième étape de notre visite, le cimetière Lake Lester (fondé en 1852) avec sa très belle vue du lac Lester et du mont Pinacle. Par la suite, on nous a présenté des lieux particuliers tel le cimetière Bickford (fondé en 1814) inaccessible dû à champ de maïs ! Puis, à quelques mètres d’un chemin de terre, presque perdu dans la forêt, un escalier de pierres peu entretenu nous mène à l’inattendu cimetière Wasburn-Chamberlin (fondé en 1861). Cet espace est entouré d’un mur de béton et une porte de bois indique son nom  et celui de l’association du patrimoine qui protège ce site, la «Barnston Heritage Cemetery Association».

Le dernier cimetière visité est le Pleasant View (fondé 1829). Ce lieu abrite les stèles de l’ancien cimetière Parker ainsi que la pierre tombale de John Paker (mort en 1803) qui selon des registres serait la plus ancienne de toute la région de Coaticook. Il serait naturel de mentionner que ce pique-nique s’est terminé au bar laitier de la Laiterie de Coaticook !

Ce qu’il faut retenir de cette visite dans la ville de Coaticook c’est l’action entreprise par celle-ci pour développer une attraction touristique mettant en valeur son patrimoine religieux dont la tournée des cimetières de la région. Ainsi, parmi les dix cimetières retenus pour ce circuit plusieurs étaient auparavant à l’abandon ou presque. Des efforts et des investissements de la part de la municipalité, du ministère de la Culture et des Communications et de fonds privés ont pu restaurer plusieurs des stèles funéraires et permis de rendre les lieux accessibles aux visiteurs. Des panneaux d’interprétation devant chaque cimetière, un dépliant explicatif et un audioguide accompagné de photos et de documents d’archives offrent une expérience enrichissante. L’audioguide Paroles d’Outre-temps mène à la découverte de dix cimetières où des personnages racontent l’histoire de chaque lieu ainsi que celle de quelques personnes qui y sont inhumées.

L’audioguide Paroles d’Outre-temps est disponible sans frais via http://www.baladodecouverte.com. Une version anglaise, Voices from Another Time, est également disponible.

D’autres photographies de la visite du 3 août sur https://www.facebook.com/Patrimoine.Funeraire.Mtl

Suite au colloque organisé à l’automne 2013 par l’Écomusée de l’Au-Delà, en collaboration avec la Société québécoise d’ethnologie, sur l’avenir des cimetières du Québec, et suite à la publication des actes de cette rencontre au mois de juillet 2014, nous nous donnons à nouveau rendez-vous le samedi 27 septembre 2014, de 10 h à 16 h 30, au Musée des religions du monde de Nicolet. Cette rencontre vise à mettre au point un plan d’action basé sur la déclaration finale du colloque, qui avait identifié comme priorités la création d’un fonds de dotation et le développement d’un cadre législatif permettant :

  • de gérer la disposition des restes humains et des cendres cinéraires ;
  • de placer les cimetières en difficulté sous la responsabilité des municipalités pour en assurer la pérennité, en collaboration avec les propriétaires ou gestionnaires ;
  • d’assurer que les différentes traditions religieuses pourront continuer à pratiquer, dans les cimetières, leurs rituels selon leurs usages propres ;
  • de créer un fonds d’entretien placé en fiducie, dédié à la protection des cimetières et des ouvrages funéraires.

Le programme de cette journée, les actes du colloque et la déclaration finale sont disponibles au www.ecomuseedelaudela.net. Prière de vous inscrire en composant le 514-528-8826.