Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

À l’été de 2011, dans le cimetière de l’Hôpital-Général de Québec, on s’affairait à préparer le mausolée de Louis Joseph de Montcalm-Gozon, marquis de Saint-Véran, né le 28 février 1712 à Candiac dans le Gard et décédé à Québec le 14 septembre 1759. Tout ce branle-bas visait la translation des restes du lieutenant-général Montcalm, blessé par une balle perdue, à la sortie du champ de bataille, l’ultime bataille, celle des plaines d’Abraham, une blessure qui le mena à son décès survenu le lendemain. Le soir de son grand départ, la cathédrale, pilonnée par l’artillerie anglaise, étant en ruine, c’est sous la chapelle des Ursulines qu’il a alors trouvé son dernier repos en présence d’un cortège funèbre qui, certes, n’avait pas de quoi crâner. Le lieu d’enfouissement de l’illustre général ayant été conservé par tradition orale, on a pu, en 1833, procéder à l’exhumation de ses restes. Toutefois, seuls le crâne de même qu’un fragment d’humérus ont alors pu être récupérés, le restant du squelette ayant soi-disant été entrainé par les eaux d’une rivière souterraine. Depuis la mise aux jours des ossements de Montcalm, les Ursulines prenaient un soin jaloux de ce pensionnaire de longue date. Il était conservé dans une châsse en verre exhibant son énigmatique devise : Mon ignorance est ma forteresse.

Projet de ré-inhumation

En vue de sa ré-inhumation dans le mausolée en préparation au cimetière de l’Hôpital général, le chargé de projet, architecte à la Commission de la capitale nationale, Jean Jobin, a requis l’expertise du Centre de conservation du Québec.

Après examen du mausolée, des recommandations particulières ont été rédigées concernant le sarcophage à y introduire et la préparation des restes, le tout visant à leur offrir les meilleures conditions de conservation possibles. D’abord, le sarcophage, visible depuis le seuil grillagé du mausolée, allait être en pierre et isolé du sol. Ses dimensions allaient permettre la mise en place d’une capsule temporelle entourée d’une bonne couche d’isolant de laine de verre. Le Centre se chargerait de la préparation de la capsule spéciale.

D’abord une analyse des précieux restes

Il a été proposé qu’avant la mise en réserve des restes dans leur super capsule hermétique, ils soient soumis à une analyse scientifique. Celle-ci a été confiée au Dr Robert Larocque, bioarchéologue, qui fait état de ses découvertes dans le présent Bulletin (cf. Chronique histoire  le crâne de Montcalm…).

Avant de les envoyer à l’analyse, il a d’abord fallu nettoyer ces os et surtout procéder à l’extraction du maxillaire inférieur, lequel avait été encastré dans un montage de matière cireuse, un assemblage par ailleurs peu naturel, qui le reliait au reste du crâne. L’objectif était de permettre au bioarchéologue de vérifier que  le maxillaire inférieur s’articulait à la base du crâne et ainsi de s’assurer que les deux pièces appartenaient au même individu, ce qui s’est révélé être le cas. Un échantillon osseux a également été prélevé en vue d’analyses chimiques futures. L’e fragment d’humérus qui avait été extrait s’est avéré être celui d’une femme et donc n’appartenant au crâne en examen.

Ensuite l’encapsulation

La technique proposée pour la préservation de ce crâne consistait à maintenir le contenu sous atmosphère sèche et exempte d’oxygène, dans un réceptacle scellé et résistant à la dégradation, un peu à la manière de ces capsules temporelles, aussi appelées capsules mémorielles, ces sortes de bouteilles à la mer qu’on retrouve à l’occasion dans des monuments ou des édifices et qui contiennent des messages destinés à ceux qui les découvriront plus tard. La technique s’appuie sur une réévaluation du processus de conception de ces capsules, publié par l’Institut canadien de conservation.

Ainsi donc, au retour de l’analyse, les os ont été individuellement immobilisés dans des supports taillés sur mesure, faits de carton sans acide. Ces supports ont ensuite été bien calés dans une boîte, également de carton sans acide, elle aussi conçue sur mesure. Cette boîte a été ensachée sous une pellicule imperméable à l’air, dans laquelle un absorbeur d’oxygène avait été introduit ceci afin de prévenir l’oxydation des précieux restes.  Le sachet a été rapidement scellé, mettant ainsi le contenu en pression négative, en raison du retrait de la composante oxygène (20 %) de l’air ambiant. Par mesure de sécurité un double ensachage avec absorbeur a été appliqué.

L’extraction de l’oxygène avait pour but de prévenir la putréfaction de la composante organique de l’os. Le sachet, scellé dépourvu d’oxygène, a été introduit dans la capsule en acier inoxydable commandée à cet effet, dont 20 % du volume était occupé par un sachet de dessiccatif, un gel de silice déshydraté. Sa présence devait prévenir la formation de condensation à l’intérieur de la capsule, sous l’effet des inévitables fluctuations de température. Avant la brasure définitive du couvercle de la capsule, une épaisseur d’isolant de fibre de verre a été introduite de façon à éviter la transmission de chaleur de la soudure au contenu pendant l’opération de brasage du couvercle.

En route vers le repos éternel

Ainsi préparée, la précieuse capsule temporelle a été remise aux responsables chargés de la cérémonie de translation. Les précieux restes humains ont ainsi été transportés en grande pompe jusqu’au mausolée, en présence de nombreux dignitaires et de descendants de la famille, avant d’être déposés dans leur sarcophage adéquatement isolé où ils bénéficient désormais d’un repos éternel. Au Québec, on ne crâne pas avec le traitement post mortem de nos héros ni avec la chronothérapie de leurs restes humains.

Arrivée en grande pompe des restes du général de Montcalm dans leur lieu du dernier repos, au cimetière de l’Hôpital Général de Québec, le 11 octobre 2001. Photo Alain Tremblay

C’est avec surprise et intérêt que, comme membres de la Fédération de l’Écomusée de l’Au-Delà, nous apprenions le 27 mai dernier, par un article de Johanne Fournier dans le Soleil, l’annonce le même jour à Rimouski, de la création de l’Institut du patrimoine funéraire du Québec par son président Yoland Tremblay, ex-directeur de la fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal et de son cimetière Notre-Dame-des-Neiges. On se rappellera que ce cimetière, le plus grand au Canada, fut fondé en 1854. Il est classé comme Lieu historique national et fut inscrit comme Site patrimonial déclaré du mont Royal en 2005.

La création d’un tel institut serait une première au Québec selon M. Tremblay. Son objectif serait la sauvegarde et la conservation des cimetières,  ce qui représente la mission de l’Écomusée de l’Au-Delà. Mais aussi, comme tout institut, il permettrait la création d’un centre de documentation sur l’histoire et le patrimoine funéraire de même qu’un répertoire des nombreuses œuvres d’art des cimetières et de leurs auteurs. Les instituts sont en effet des établissements de recherche scientifique et d’enseignement. Ainsi à cet égard, on ne peut que saluer l’arrivée d’un tel organisme national voué aux cimetières.

L’Écomusée de l’Au-Delà, né lui aussi du cimetière Notre-Dame-des-Neiges  il y a vingt-cinq ans, mais fédéré depuis aux régions du Québec, est quant à lui, un organisme voué à la défense du patrimoine funéraire, des cimetières dont plusieurs sont en péril dû à l’évolution des mœurs et des rites comme le souligne M. Tremblay, mais aussi souvent dû à leur mode de gestion. Notre organisme se consacre également à leur connaissance, à leurs origines comme fondateurs de la notion même de patrimoine, à leurprésente situation en difficulté, et surtout peut-être à leur avenir, à leur destin dans la société, dans le tissu urbain et sur l’ensemble du territoire.

C’est surtout pour nous aider dans cette seconde fonction que nous saluons la création de l’Institut du patrimoine funéraire du Québec auquel nous souhaitons pouvoir nous associer comme membre important, sinon par notre expertise du moins par notre expérience en matière de protection et d’intervention publique, un rôle essentiel que nous comptons maintenir et améliorer grâce justement à cette association.

Nos membres qui se préoccupent de conserver la mémoire des cimetières seront certainement intéressés d’apprendre que, du 6 au 8 octobre 2016, se tenaient à Montréal les États généraux sur les commémorations historiques. La revue de LAction nationale, dans son numéro de septembre, y consacrait d’ailleurs  son dossier spécial. C’est sous l’égide du réseau du Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) que l’appel à participation a été lancé avec, à l’appui, un programme étoffé animé par des invités de marque.

Notre président Alain Tremblay y assistait. La fédération Écomusée de l’Au-Delà et ses membres attendront avec impatience les résultats et les recommandations issus de ce grand moment de consultation et de réflexion sur l’avenir de la commémoration. S’il existe bien une Politique de commémoration dans la capitale dont la mise en œuvre a été confiée à la Commission de la capitale nationale, l’État québécois ne dispose pas d’une Politique générale de commémoration s’appliquant à l’ensemble de son territoire. L’absence d’une telle politique représente une lacune étonnante pour un peuple qui a comme devise Je me souviens, et qui revendique son identité. N’a-t-on pas dit en effet que c’est dans la mémoire d’un peuple que réside une partie de son identité.

Le 19 juin dernier, un an après son décès en 2015, a eu lieu au cimetière de Laval, situé dans le rang du Bas Saint-François, l’inhumation des cendres de Jacques Parizeau. À cette occasion, la Commission de la capitale nationale du Québec, qui a reçu le mandat de veiller à l’entretien et à la mise en valeur des sépultures des premiers ministres du Québec depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel du Québec, le 19 octobre 2012, a dévoilé une première borne signalétique, en granit noir de Péribonka, implantée à proximité de la sépulture. Sur cette borne figurent le nom du premier ministre, les années de son mandat, ainsi que son portrait. L’entreprise Magnus Poirier, à laquelle appartient le cimetière de Laval, a offert un magnifique monument pour honorer la mémoire de l’illustre personnage. On se rappellera que la famille de Jacques Parizeau et sa première épouse qui l’a tant aimée, l’écrivaine Alice Poznańska Parizeau décédée le 30 septembre 1990, reposent au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, dans le lot familial des Parizeau.

 

 

 

 

 

 

 

Monument funéraire de Jacques Parizeau au cimetière de Laval offert par l’entreprise Magnus Poirier. En mortaise, la borne signalétique offerte par la Commission de la capitale nationale du Québec et qui se trouve à proximité du monument.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 14 septembre 2016, c’était au tour de la sépulture de Jean Lesage de recevoir le même honneur, soit une borne signalétique, au cimetière Saint-Charles de Québec.

À l’automne 2016, le même hommage sera rendu aux sépultures d’Edmund James Flynn, de Félix-Gabriel Marchand et de Louis-Alexandre Taschereau, qui reposent tous au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Sainte- Foy.

Les sépultures des premiers ministres Jean Lesage et Jacques Parizeau désormais mises en valeur

À la fin d’avril 1833, le corps d’un certain Louis Jalbert qui avait été longtemps au service des Ursulines, est inhumé dans leur chapelle, à Québec. En creusant sa fosse, le fossoyeur découvre un crâne qui, selon une religieuse de l’époque, était celui de Montcalm. Quelque 75 ans plus tôt, alors qu’elle était âgée de 8 1⁄2 ans, elle assistait à l’enterrement du général. C’est donc à partir du témoignage de cette religieuse que l’emplacement de la sépulture de Montcalm fut transmis oralement. Seul le crâne se serait conservé, le reste des os étant entièrement décomposé. Depuis ce jour d’avril 1833, il a été gardé précieusement par les religieuses jusqu’à sa ré-inhumation en 2011 (voir le texte de  France Rémillard ). Faisons-nous l’avocat du diable et demandons-nous si ce crâne est bel et bien celui de Montcalm. À la demande de la Commission de la Capitale nationale, nous avons procédé à un examen ostéologique détaillé, en espérant qu’il puisse répondre à la question.

État général

Malgré un séjour en terre de près de 75 ans, les os du crâne sont en excellent état, ni cassants, ni friables. Cependant, les fragiles os de la face sont incomplets. Ils ont été négligemment reconstitués avec une matière cireuse. La même substance fut utilisée pour fixer le maxillaire inférieur à la base du crâne, comme il se doit, mais il était en position beaucoup trop reculée. Cette reconstitution très imparfaite a résulté en un crâne dont la face était difforme. Une fois la cire enlevée et le maxillaire dégagé, nous avons pu procéder à nos observations sans entrave.

Une forme singulière

D’après le degré de fermeture des sutures du crâne, l’âge au décès se situe très probablement entre 45 et 55 ans. Il comporte davantage de caractères masculins que féminins : bord supérieur des cavités orbitaires émoussé, front bas et fuyant, relief musculaire marqué, apophyses mastoïdes fortes, menton carré. Parmi les traits plus féminins, signalons de petites arcades sourcilières, des bosses frontales et pariétales nettes et une mandibule petite et délicate.

La boîte crânienne présente des formes plutôt singulières. Sa largeur maximum est très reculée et elle est importante par rapport à sa longueur et à la largeur du front. En vue postérieure, ce crâne est beaucoup plus large dans sa partie supérieure qu’à sa base. Cette même vue permet de constater qu’à l’arrière, le côté droit est quelque peu « écrasé », très probablement une déformation acquise durant la période de croissance plutôt que pendant le séjour en terre. La plus remarquable des variations anatomiques observées est la non-fusion des deux moitiés de l’os frontal. Normalement, celles-ci se soudent l’une à l’autre durant l’enfance.

Une histoire de vie inscrite dans la matière osseuse

La boîte crânienne porte les marques de trois traumas. L’un d’eux est une dépression circulaire d’un diamètre d’environ un centimètre, située sur la portion gauche du frontal. Elle résulte très probablement d’un coup infligé par un instrument contondant, qui enfonça superficiellement le crâne. Les deux autres traumas auraient plutôt été infligés par des instruments tranchants, puisqu’ils ont entaillé l’os. L’une des entailles est située dans la portion postérieure du frontal droit et est longue de 49 mm. Un éclat d’os a sauté de l’une des lèvres de la plaie. La seconde entaille est pratiquement similaire. Elle est localisée à gauche de l’occipital. À nouveau, un large éclat d’os est absent sous l’entaille. La cicatrisation étant terminée, ces blessures ont donc été infligées un bon moment avant le décès, peut-être lors d’un même événement. De plus, la similitude entre les deux entailles suggère qu’elles peuvent avoir été causées par le même instrument. L’irrégularité de la surface de la boîte crânienne, observée presque partout, peut trahir une réaction inflammatoire de la mince membrane – le périoste – qui recouvre l’os.

Les maxillaires supérieurs sont absents. En contrepartie, le maxillaire inférieur est complet. Il est plutôt délicat et le menton est projeté vers l’avant. Seulement six dents sont présentes. Aucune n’a de carie, de tartre ou de défaut dans son émail. Par contre, trois dents avaient été perdues du vivant de cette personne, mais à des moments différents. Une résorption osseuse affecte toutes les autres alvéoles; les dents étaient donc toutes un peu déchaussées. Les troisièmes molaires étaient absentes, très probablement congénitalement.

Un humérus qui n’a rien à voir

On nous a aussi demandé d’expertiser un humérus gauche, présumé être associé au crâne, même si seul ce dernier est sensé avoir été trouvé en 1833. Brisé à mi-hauteur, nous n’avons que sa moitié inférieure. Le plan de cassure est franc, un peu oblique et ses bords sont tranchants. Cette extrémité brisée est propre, elle n’a pas été souillée par de la terre. Tout indique que cet humérus a été brisé au moment où il fut extrait du sol ou après, il n’aurait donc pas été fracturé du vivant de l’individu. Il a un aspect plutôt féminin et son extrémité inférieure, en excellent état, est exempte d’arthrose.

Vue latérale du crâne montrant un traumatisme osseux à l’occipital gauche, traumatisme survenu ante mortem. Photo R. Larocque

 

Détail du crâne montrant un traumatisme osseux à l’occipital gauche, traumatisme survenu ante mortem. Photo R. Larocque

Nos conclusions

Notre examen du crâne a permis d’en dégager plusieurs traits propres à le distinguer de tout autre crâne. De fait, il est extrêmement improbable que le même ensemble de traits soit observé sur un autre crâne. Le hic, c’est que nous ne pouvons pas affirmer qu’il décrit fidèlement celui de Montcalm. Pour ce faire, il faudrait avoir une description détaillée de la forme et des dimensions de son crâne ou de l’état de sa dentition par exemple, puis retrouver les mêmes traits sur le crâne que nous avons examiné. Or, il n’existe pas à notre connaissance, dans la documentation historique, une description suffisamment détaillée du physique de Montcalm qui aurait pu nous autoriser à établir un rapport certain entre cette description et les attributs que nous avons relevés.

Certaines observations concordent certes avec ce que nous savons du personnage. Par exemple, ce crâne présente des traits caucasoïdes et est presque certainement celui d’un homme. En outre, il serait décédé entre 45 et 55 ans. Or, Montcalm est mort en 1759, à 47 ans et 6 mois. De plus, nous savons qu’avant 1752 il a subi plusieurs blessures de guerre, mais on ignore s’il fut touché à la tête. Par contre, le degré de cicatrisation des lésions observées est tel que les blessures peuvent très bien remonter à plus de 7 ans avant le décès. Quant à la petitesse de l’humérus, il ne faut pas trop s’en étonner, sachant que Montcalm était petit. Cependant, puisqu’il était un militaire de carrière, on se serait attendu à ce que l’humérus affiche une certaine robustesse. Par ailleurs, est-il nécessaire de préciser que rien ne permet d’affirmer que le crâne et l’humérus appartiennent à la même personne ?

Ces deux pièces osseuses soulèvent d’autres questions. On s’étonne par exemple que seuls le crâne et un humérus aient été exhumés en 1833. Serait-ce que les autres os ne s’étaient pas conservés? C’est peu probable. On a en effet du mal à imaginer que crâne et humérus soient si bien conservés alors qu’il ne subsiste rien du reste du squelette. Il est certes tout à fait logique de garder le crâne comme relique historique, car c’est l’entité anatomique qui représente le mieux la personne dont on veut se souvenir. Mais pourquoi garderait-on un humérus? Et qu’est-il advenu de l’autre partie de cet os si, comme nous le pensons, il est très peu probable qu’elle fut totalement détruite? Une destruction en fosse ne laisse pas une cassure franche et propre comme celle observée, pas plus qu’une fracture qui serait survenue avant le décès.

Malgré les nombreux attributs relevés, nous ne sommes pas parvenus à authentifier les restes osseux qui ont été expertisés. Mais rien n’autorise non plus à affirmer que ces restes ne sont pas ceux de Montcalm. L’ultime recours serait de procéder à une analyse de l’ADN ancien. Un échantillon d’os a d’ailleurs été prélevé pour être comparé à celui d’un descendant du général. Contesté de son vivant et encore de nos jours, il vient une fois de plus soulever la controverse.

Robert Larocque

Le 1er octobre, Pierres mémorables participait pour une cinquième année aux Journées de la culture. L’organisme présentait cette fois un parcours commenté dans le très beau cimetière des Irlandais, le Saint-Patrick, à Québec.

Pour la première fois, il a agrémenté son parcours d’un concert. ceci pour s’accorder  au thème proposé par les Journées de la culture;  la musique.

C’est ce qui nous a donné l’idée d’ajouter à l’offre habituelle la présentation d’un concert. La visite prenant place au  cimetière des Irlandais, nous voulions de la musique celtique.  Ce moment musical en fin de parcours , donné dans l’atmosphère d’un automne clément et sous la magnifique canopée du St-Patrick par le harpeur _c’est ainsi qu’on appelle un joueur de harpe ancienne _ Dominic Haerinck, n’a fait que des heureux. Il a expliqué à son public la musique l’origine de cette musique de mêm que  son lien avec les Irlandais en plus de présenter chacune des pièce interprétées.

Le cimetière comme lieu de concert de musique classique : un autre usage qui s’ajoute aux nombreuses justifications invocables pour préserver ces jardins de la mémoire.

Auditoire lors de la présentation d’après midi. Photo F. Rémillard

 

Harpeur à l’œuvre. Photo S. Beaumont

Mémoire de la Fédération Écomusée de l’Au-Delà pour le patrimoine funéraire du Québec en vue de la consultation publique sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec.

L’avenir de nos cimetières : Élargissement des responsabilités civiles des municipalités

Notre organisme, fondé en 1991 pour préserver et faire connaître le patrimoine funéraire du Québec, a, à ce jour, identifié plus de 3000 cimetières et autres lieux de sépulture existants ou disparus au Québec. À l’origine, nous étions loin de nous douter que, 25 ans plus tard, la fonction même du cimetière serait remise en question par d’importantes modifications dans les habitudes funéraires de la population québécoise, alors que plus de 60 000 personnes décèdent chaque année au Québec.

En effet, de plus en plus d’individus et de familles choisissent la crémation (plus de 70%) et la dispersion des cendres hors cimetière comme mode de disposition de leurs restes mortels. Bien qu’il n’existe pas de statistique précise sur ce phénomène, de nombreux cimetières situés dans les grands centres urbains, notamment le cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, déclarent que plus de 40% des familles qui ont opté pour la crémation au cimetière repartent avec les cendres du défunt pour en disposer d’une manière non déclarée. Cette tendance serait en augmentation constante. Nous présumons que la vaste majorité de ces cendres se retrouve aujourd’hui dispersée dans la nature ou dans les cours d’eau. Pourquoi?

Loin de nous, l’idée de suggérer d’interdire cette nouvelle pratique de disposition des restes mortels qui correspond certainement à de nouvelles valeurs sociales et environnementales de la société contemporaine. Par contre, nous pouvons déplorer le bris de continuité historique avec le mode de disposition des restes mortels de nos ancêtres, c’est-à-dire l’inhumation traditionnelle, ainsi que les conséquences patrimoniales et financières dramatiques qu’entraînera cette évolution pour la conservation de ces lieux de mémoire pourtant si précieux. Lors des auditions sur le projet de loi 66 sur les activités funéraires à l’automne 2015, M. Germain Tremblay, qui parlait au nom de l’Assemblée des évêques du Québec, émettait l’idée que, pour contrer la désaffectation actuelle des cimetières, il fallait penser à leur revalorisation auprès du public.

Ainsi, nous assistions récemment à Montréal à l’inauguration, à grands frais, d’une imposante statue dédiée à Jean-Paul II au Repos Saint-François d’Assise, le deuxième plus important cimetière du Québec. Une cinquantaine de personnes assistaient à l’événement. Croit-on vraiment que c’est avec ce genre d’intervention, ou encore en ramenant la pastorale dans les cimetières comme certains le croient, que nous allons donner le goût à une population de moins en moins pratiquante de venir rejoindre les ancêtres dans ces lieux de sépulture? Le coût, financier e même que l’absence d’options quant à la façon de disposer ou de commémorer les défunts expliquent en grande partie ce désintérêt. La vision chrétienne des lieux de sépulture ne répond plus aux attentes d’une population qui serait beaucoup plus à la recherche d’options économiques et respectueuses  l’environnement tout en agissant dans la dignité.

Il est grand temsp d’envisager l’idée de la laïcisation et de la démocratisation de la gestion de ces lieux. Nos municipalités, même si elles ne le souhaitent pas vraiment, sont pourtant les seules instances légitimes habilitées à prendre en charge les cimetières paroissiaux qui, rappelons-le, sont d’abord un service public. Ce qui n’exclut pas la possibilité pour celles-ci d’en confier la gestion à un tiers. Par contre, ce tiers recevrait un cahier de charge précis, élaboré par une instance démocratiquement élue. La laïcisation et la démocratisation des cimetières sont essentielles pour en assurer la conservation. De plus en plus de petites municipalités commencent à s’impliquer, certaines se sont même dotées de politiques spécifiques à ce sujet, pensons à la municipalité de Sutton en Estrie. Nous comprenons que, dans les grands centres urbains, le volume d’activités funéraires permet encore à un certain nombre d’administrateurs de s’accrocher à l’illusion qu’ils peuvent encore, seuls et sans partage, gérer ces lieux.

Dans le cadre de la présente consultation sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec, nous demandons au ministre de la Culture et des Communications, M. Fortin, de saisir l’occasion de réformer en profondeur la Loi sur les fabriques paroissiales. Un statut patrimonial minimal devrait être accordé à tous les cimetières et sites archéologiques funéraires du Québec et les cimetières confessionnels devraient se voir obligés d’en partager la gestion avec une population à la recherche de sens quant à la disposition des défunts.

L’adoption de la Loi sur le patrimoine culturel, en vigueur depuis le 19 octobre 2012, a élargi la notion du patrimoine en intégrant le patrimoine immatériel. Cette définition revue du patrimoine a permis de mieux cerner les dimensions des pratiques représentatives des faits et gestes de notre culture. Quatre ans plus tard, nous nous devons de maintenir les qualités reconnues de cette loi, entre autres cette approche élargie du patrimoine.

Ces dernières trente années, la question du patrimoine religieux a dominé le champ de nos préoccupations patrimoniales. Démolitions d’églises et conversions de lieux de culte sont devenues les phénomènes courants de nos réflexions. Nous devons nous interroger sur les responsabilités patrimoniales respectives des propriétaires, de la société civile, de l’État et des municipalités. La création du Conseil du patrimoine religieux a constitué une réponse à l’état de la situation de ce type de patrimoine. Cependant, nous devons faire le constat d’une laïcisation de notre société et de ses conséquences sur le patrimoine religieux, architectural et paysager, voire archéologique.

Les cimetières ont une importance particulière bien qu’ils ne soient régis que par l’autorité religieuse des différentes confessions. Au Québec, le décès relève à la fois d’une responsabilité civile et d’une modalité religieuse d’inhumation qui a été revue depuis l’autorisation de la pratique de la crémation des corps, lors du concile Vatican II en 1963-1964. Il nous faut ainsi nous préoccuper non seulement du patrimoine architectural, mais aussi du patrimoine paysager qui comprend les cimetières. Nous devons admettre qu’en l’absence d’un cadre religieux établi dévolu à l’inhumation, nous assistons à un certain désordre.

Pour répondre à cette situation, nous pensons qu’il serait utile d’élargir la responsabilité civile et d’y inclure l’inhumation. Les généalogistes avaient déjà soulevé la question de l’enregistrement civil du décès, d’une part, et l’absence de modalité pour confirmer l’acte d’inhumation au décès, d’autre part. Il nous faudra envisager la responsabilité civile des cimetières et, par conséquent, du rôle des fabriques en vertu d’une loi, elle aussi à revoir.

Nous pensons qu’un élargissement des responsabilités civiles des municipalités est à envisager, ainsi qu’une modification du Code civil pour répondre à la transformation des pratiques d’inhumation. Cela permettrait d’éviter ce que les entreprises funéraires constatent déjà.

Lorsque j’étais jeune fossoyeur, nous partions pelle et pic à l’épaule et, chemin faisant vers la fosse à ouvrir, nous pouvions avoir la grâce d’apercevoir renards, faisans, pic-bois et autres bêtes endémiques du mont Royal. Existe-t-il plus belle image d’Épinal que celle où, alors que les brumes de la montagne se dissipent, deux fossoyeurs se relaient au pic et à la pelle, chantant et sifflotant Brassens sous l’œil avisé d’une marmotte, l’animal fouisseur par excellence? Aujourd’hui, cette faune est malheureusement hypothéquée pour nombre de raisons, dont plusieurs sont du ressort anthropique.

Une Mère-Thérésa-des-chats par ici, des touristes enjoués au belvédère qui nourrissent des hordes de gloutons ratons par là, il ne manque pas d’humains qui croient bien faire en nourrissant félins et rongeurs. Sans le réaliser, ils crachent dans la soupe et participent au génocide animalier de la montagne. Il se trouve même des gens qui, ayant capturé un raton dévaliseur de poubelle dans leur cour, viennent le libérer sur les lieux.

Le difficile équilibre de l’îlot forestier urbain s’en trouve ainsi détruit; ces félins et rongeurs n’ont pas de prédateurs naturels. Ils pullulent et débordent de leur niche écologique et font incidemment disparaître oiseaux et autres bêtes à quatre pattes, par les maladies qu’ils disséminent, par la prédation et par la concurrence pour les ressources qu’ils exercent.

Un vieux fossoyeur ayant pratiqué dans les années quarante m’avait raconté qu’à l’époque où les environs de la Côte-des-Neiges étaient constitués de maraîchages, de fermes et de boisés, les employés emportaient parfois dans certains secteurs du cimetière des armes à feu par peur du loup.

Nous ne reviendrons jamais à cet état d’origine et nous ne plaidons pas pour la réintroduction des « méchants » loups. Par contre, il y a un sérieux travail de prévention et d’éducation à faire. Des efforts ont été fdéployés dans les dernières années par les propriétaires institutionnels de l’arrondissement. Les arbres qui sont plantés sont des essences typiques des Montérégiennes et l’on ne déboise plus de façon sauvage. Reste aux citoyens et usagers de la montagne à se conscientiser et à appliquer cette règle d’or de ceux qui ont la nature à cœur : on ne doit pas interagir avec la faune, sinon pour l’admirer.