Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

Au sein de la Fédération Écomusée de l’Au-Delà, Pierres mémorables se veut l’organisme défenseur des cimetières de la Capitale-Nationale, mais aussi de la région de Québec/Chaudière-Appalaches. Or, peu de contacts ont été établis à ce jour pour interagir avec les autres organismes en région qui soutiennent la même cause. Ma découverte en 2016 est sans conteste le travail effectué par le président de la Société de généalogie de la Beauce, monsieur Jean-Nicol Dubé. Ce dernier œuvre depuis des années au relevé des noms sur les pierres tombales des cimetières de la Beauce. À ce jour, il a photographié tous les monuments funéraires de 34 cimetières de cette région, autant catholiques qu’appartenant à d’autres religions. Les noms des personnes commémorées sur les monuments sont reproduits sur papier, classés parfois sur EXCEL.

Jean-Nicol Dubé, un passionné de généalogie qui avec la contribution de ses collègues pourrait faire la différence entre l’abandon des cimetières et leur valorisation.( Photo B. Garneau)

Huit cimetières sont documentés à St-Georges même : St-Georges, L’Assomption, Anglican Pozer, Cumberland, Jersey Mills, Presbytérien, Baptiste, Anglican Cranbourne. Dans les autres municipalités beauceronnes, il s’agit des cimetières Springbrook Anglican à Frampton, St-Joseph, Beauceville (connu aussi sous le nom de St-François de Beauce), St-Alfred, St-Simon-les-Mines, Notre-Dame-des-Pins, St-Benoît-Labre, St-Jean-de-la-Lande, La Guadeloupe, St-René, St-Honoré- de-Shenley, St-Martin, St-Théophile et Armstrong. Sa recension s’étend jusqu’aux limites du territoire, dans les cimetières de St-Malachie en Bellechasse, St-Benjamin dans Les Etchemins et Courcelles en Estrie.

Selon l’expérience de Jean-Nicol Dubé, cette documentation attire une nombreuse clientèle venant de partout, notamment des États-Unis. Pour qui connaît la Beauce, la frontière américaine est toute proche. On la traverse à Jackman, à environ 65 kilomètres de la ville de St-Georges, et les Beaucerons l’ont souvent traversée pour aller travailler « aux États ».

À l’été 2016, je me suis particulièrement intéressée à l’un de ces cimetières, celui de Saint-Martin de Beauce. Il dessert actuellement une municipalité de 2 454 habitants, où mes deux parents sont nés.

 

 

Carte situant l’emplacement des cimetières de Beauce, par rapport à Québec.

 

 

 

Les particularités du répertoire des défunts de Saint-Martin

Le répertoire des défunts de Saint-Martin, créé avec la collaboration de la Société généalogique de la Beauce, se présente sous la forme d’un imprimé boudiné de 81⁄2 x 14 po. Il est accompagné d’un CD comprenant des cartes mortuaires, des avis de décès et des notes inscrites sur l’endos des cartes. Le répertoire papier englobe beaucoup plus que les défunts enterrés au cimetière. Il est élargi aux personnes nées ou ayant résidé à Saint-Martin sont inhumées ailleurs. De plus, il inclut les enfants morts en bas âge, quelques instants après avoir été baptisés, soit par un prêtre, soit par le médecin.

Comment cela est-il possible? Au départ, c’est une idée originale du fossoyeur, monsieur Gaëtan Thibodeau. Ce dernier consacrait déjà une partie de son temps à rassembler les cartes mortuaires et les signets des défunts enterrés au cimetière, lorsqu’il a connu la Société de généalogie de la Beauce. Avec l’aide de la marguillère Lise Champagne, qui a relevé toutes les inscriptions des pierres tombales, de l’index des inhumations de la fabrique et des avis de décès, et avec monsieur Jean-Nicol Dubé qui a informatisé le tout sur  fichier EXCEL, ce vaste répertoire des décès de la paroisse de paroisse de Saint-Martin de Beauce – de 1882 à 2016 – s’est constitué. Il est mis à jour régulièrement par Lise Champagne et son époux Martin Rancourt.

Les photographies de tous les monuments du cimetière

En me familiarisant avec cette documentation, j’ai rencontré les deux personnes impliquées dans l’entretien des monuments. Monsieur Gaétan Thibodeau est voué à leur préservation et à leur réfection depuis 30 ans. Grâce à lui, des stèles en bois ont été sauvées, d’autres ont été relevées et combien d’autres choses encore. Il le fait bénévolement avec son épouse Lise Roy, qui nettoie les pierres et repeint les anges avec l’autorisation de leurs propriétaires.

Afin d’enrichir le patrimoine généalogique du répertoire, je lui ai proposé de photographier toutes les pierres tombales du cimetière, selon la méthode du président de la Société de généalogie de la Beauce. À l’été 2016, les clichés des 870 pierres tombales, alignées sur 33 rangs, étaient entre les mains de la Société.

Le patrimoine généalogique et l’architecture funéraire pour soutenir la création d’un fonds d’entretien du cimetière?

Le cimetière est bien situé, en hauteur, face à un paysage remarquable avec une vue sur les abords boisés de la rivière Chaudière. L’architecture funéraire qu’il abrite est représentative de la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe siècle. On y trouve un patrimoine religieux riche et varié.

Vue du cimetière de Saint- Martin de Beauce. (Photo: Brigitte Garneau)

Désireuse de constituer un fonds d’entretien placé en fiducie pour assurer sa conservation à long terme, j’ai présenté ce projet aux intervenants locaux et à la Société de généalogie de la Beauce. Le président a proposé d’enrichir le répertoire en créant des hyperliens entre le nom de chaque défunt inhumé à Saint-Martin et la photographie du monument qui le commémore. De cette façon, le patrimoine généalogique et l’architecture funéraire du lieu pourraient être mis à contribution pour la création du fonds d’entretien.

Conclusion

Le répertoire des défunts enterrés au cimetière de St-Martin de Beauce, accompagné d’un CD comprenant la photographie de tous leurs monuments, pourraient-ils susciter l’adhésion de la population locale, des autorités cléricales et municipales et des gens d’affaires pour la constitution d’un fonds d’entretien du cimetière?

Depuis le 31 décembre 2016, il n’y a plus de marguillers à St-Martin. Cinq paroisses ont été regroupées pour n’en former qu’une. Les cinq clochers comme on les appelle – St-Martin, St- Théophile, St-Robert, St-Gédéon, St-Ludger – composent une entité unique gérée par des bénévoles sous l’appellation de St-Jean-Paul II.

Combien de gens connaissent l’existence des aides fiscales qui sont versées à la suite d’un décès? L’une d’elles, la prestation de décès, est gérée par le Retraite Québec (nouvelle appellation de l’ancienne Régie des rentes du Québec (R.R.Q.). Elle est versée en un seul paiement, d’au plus 2 500 $, pourvu que la personne décédée ait suffisamment cotisé au régime de rentes du Québec. La méthode de calcul de la cotisation est un peu complexe, elle est expliquée sur le site du R.R.Q. Généralement, au moins trois ans et au plus 10 ans de cotisation donnent droit à cette prestation, qui est versée à la personne ou à l’organisme de charité qui a assumé les frais funéraires. Elle est imposable. Il faut en faire la demande auprès de Retraite Québec dans les 60 jours suivant le décès.

Si cette aide est refusée, il en existe une autre : la prestation spéciale pour frais funéraires. Elle n’est pas imposable, mais peut être réduite selon la valeur des biens possédés par le défunt, ses avoirs liquides, les produits de sa police d’assurance, etc. Elle est gérée par Service Québec, à qui il faut présenter une demande dans les 90 jours suivant le décès.

Les frais funéraires

Outre les frais d’incinération ou d’inhumation, les frais associés à un décès sont nombreux :

  • Transport et embaumement du corps,
  • cercueil, urne et niche funéraires;
  • exposition au salon funéraire;
  • service funèbre, frais du directeur des funérailles;
  • publication des avis de décès, cartes de remerciement;
  • lot au cimetière, monument funéraire ou inscription sur celui-ci
  • frais de téléphone ou de télégramme engagés pour joindre ou tenter de joindre les membres de la famille immédiate;
  • taxes liées aux dépenses admissibles.

Mourir coûte cher

Selon la Coalition pour la révision du Régime de rentes du Québec, qui regroupe Magnus Poirier inc., Athos services commémoratifs inc., la Corporation des thanatologues du Québec, le Réseau dignité et Arbor Memorial, le montant versé est nettement insuffisant (voir Quand les morts subventionnent les vivants, dans Le Devoir du 6 janvier 2017). En effet, depuis 1998, cette prestation n’a été ni augmentée ni indexée. Pourtant, le coût moyen des funérailles qui, en 1998, était de 4 982 $, est passé à 6 554 $ en 2016. Ainsi, la prestation qui, en 1998, couvrait la moitié du coût moyen des funérailles, n’en couvre plus que 37 % en 2016 (42 % des frais de base pour une crémation, 29 % pour une inhumation). Selon la coalition, si elle avait seulement été indexée, cette prestation aurait été de 3 771 $ en 2015. En se basant sur l’évolution du pouvoir d’achat, la coalition évalue que la prestation actuelle n’équivaut plus qu’à 1 843 $. Pour plusieurs, la couverture des frais funéraires constitue une dépense importante dans leur budget. En 2016, c’est en moyenne 4 875 $ que les proches ou la famille devront débourser pour assumer les frais de décès d’un parent décédé sans assurance. Plus du tiers des Québécois ne seront pas en mesure de le faire. Pourtant, un Québécois célibataire qui a contribué toute sa vie au Régime des rentes du Québec aura capitalisé plus de 300 000 $. S’il meurt avant d’avoir atteint l’âge de la retraite, ses proches ne bénéficieront que d’un maigre 2 500 $ de prestation et devront couvrir le résiduel des frais engagés, alors que 297 500 $ resteront dans la caisse du régime de rentes du Québec. Il y a lieu de se demander s’il ne serait pas normal que Retraite Québec, dont la mission est de contribuer à la sécurité financière des Québécois, verse un montant un peu plus consistant.

Recommandations de la coalition

Après examen du coût moyen des services de base et comparaison avec les autres prestations pour décès, la coalition en arrive à suggérer une prestation augmentée et indexée. Elle recommande que la prestation passe à 5 177 $, soit un montant égal à celui de la prestation versée par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) ou par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNÉSST), deux régimes provinciaux qui versent des prestations de décès, des prestations par ailleurs indexées.

Ainsi, la prestation permettrait de couvrir 100 % du coût moyen des services de base pour une crémation et 77 % du coût moyen pour une inhumation, selon les données de la coalition.

La coalition recommande également que ce montant soit versé directement à l’entreprise funéraire qui rend le service. Le but de cette deuxième recommandation est de s’assurer que cette somme soit exclusivement réservée à la fonction pour laquelle elle a été conçue et, ce faisant, d’assurer également la couverture des frais des entreprises qui, dans 10 % des cas, ne sont jamais remboursés pour les services rendus.

Pour la fédération Écomusée de l’Au-Delà, qui se préoccupe de la survie des cimetières et de la commémoration, qu’est-ce qu’une augmentation de la prestation en cas de décès signifie? On pourrait croire qu’une meilleure couverture des frais funéraires permettrait à des personnes, dont c’est le souhait de laisser une trace tangible de leur passage sur terre, de faire inhumer leur dépouille ou leurs cendres au cimetière, redonnant de ce fait à ces jardins des morts leur fonction première.

La fédération s’étonne que l’Association des cimetières chrétiens ne fasse pas partie de la coalition qui signe le mémoire à être déposé devant la Commission sur la révision du Régime des rentes du Québec.

Elle émet des réserves quant à la deuxième recommandation de la coalition qui conditionne la prestation de décès à son versement à l’entreprise funéraire de préférence à un versement à la personne qui a engagé les frais funéraires ou encore aux héritiers, comme c’est le cas actuellement. La fédération craint que ce changement de pratique n’entraine une hausse des coûts des services funéraires délivrés par les entreprises. Elle craint également que les entreprises funéraires soient moins préoccupées de l’aspect sépulture qui fait pourtant partie des rites funèbres. En effet, dans la séquence des dépenses encourues, les premières sont versées aux entreprises. Ainsi il est plausible qu’une fois arrivées au choix du mode de sépulture et de commémoration, les familles endeuillées constatent l’épuisement de leurs ressources financières et soient forcées de renoncer à l’achat d’un lot, d’une niche ou d’un monument, forcées de renoncer au service d’inhumation et de commémoration qui compléteraient le rituel funèbre souhaité. C’est peut-être ce qui explique que certains proches soient amenés à faire des choix jugés inconvenants quant à la disposition des restes de la personne décédée.

Il serait de loin préférable que l’allocation de décès soit modifiée de façon à couvrir les arrérages de frais d’entretien sur les lots de cimetières. En effet, ces frais n’étant pas couverts par la prestation, certains proches, pourtant propriétaires de lots, se voient obligés de renoncer à leur lot familial incapables qu’ils sont d’acquitter ces arrérages impayés.

Inhumation, crémation ou aquamation (nouvelle pratique de disposition des corps, voir l’article «L’aquamation pour disposer des corps »dans ce bulletin) ? Vous avez le choix, ce choix est presque illimité et cette liberté s’applique, quelles que soient vos convictions religieuses. Toutefois, cette liberté de choisir le traitement réservé à sa dépouille mortelle pour les catholiques est très récente et a été obtenue de haute lutte. C’est ce que nous avons appris en parcourant l’article de Martin Robert, « La république des incinérés : Histoire croisée des mouvements crématistes de Paris, du nord de l’Italie et de Montréal au XIXe siècle », paru dans Histoire sociale/Social History). En s’attardant au rôle des Rouges, ces  soi-disant libéraux radicaux fortement décriés par le clergé canadien catholique, Martin Robert, doctorant en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), décrit le parcours d’acceptation du concept de la crémation à travers l’histoire, au Québec et parmi les pratiquants catholiques du Québec.

Rappel historique pour nos lecteurs

La crémation, interdite par le judaïsme et l’islam, est pourtant très ancienne : on retrace son existence en Inde aussi loin que     1900 ans avant J.-C. Elle est courante dans les cultures étrusques et gréco-romaines avant d’être progressivement abandonnée par les chrétiens. En 785, le concile de Paderborn décrète que quiconque fait brûler un corps suivant la coutume païenne sera puni de mort. La crémation mettra plusieurs siècles avant de ressurgir, encore là très progressivement.

Un Québec distinct

La recherche de monsieur Robert permet entre autres la mise en évidence des influences américaines et protestantes sur les mouvements crématistes québécois… : un trait distinctif du contexte québécois dans lequel certains rouges canadiens-français adoptèrent la revendication crématiste au tournant du XXe siècle.

«Au Québec, lorsqu’ils souhaitaient prouver que la disposition des corps par le feu était anti-chrétienne, les opposants catholiques à la crémation publiaient les deux décrets pontificaux de 1886.» En effet, ces décrets que venait de signer le pape Léon XIII… interdisaient aux catholiques de recourir à la crémation ou d’adhérer à une société  en faisant la promotion. Les catholiques anti-crémation considèrent que l’incinération équivaut à une profanation des corps des chrétiens nourris de la sainte Eucharistie. Le clergé, par les voix de Mgr Bourget et Mgr Bruchési du diocèse de Montréal, fait feu de tout bois sur les crématistes rouges qu’il associe aux Chemises rouges, ces révolutionnaires qui ont voulu envahir les États pontificaux pour les intégrer au royaume d’Italie. Cet affrontement, soutenu par l’armée des zouaves pontificaux, est d’autant plus virulent qu’à cette occasion, 500 jeunes Québécois francophones ont fait partie des zouaves.

L’acrimonie cléricale culmine en 1869 avec l’affaire Joseph Guibord, un typographe rouge, membre de l’Institut canadien de Montréal, qui se voit refuser la sépulture catholique. Ce refus sera contesté jusqu’au Conseil privé de Londres par sa veuve. Celle-ci obtiendra gain de cause six ans plus tard.

Malgré cela, il lui a fallu le recours d’une cinquantaine de policiers pour permettre au cortège de se rendre au lieu d’inhumation. Mécontent de ce retournement, Mgr Bourget fit désacraliser le lot Guibord et cavalièrement apposer sur le lieu de sépulture l’inscription suivante : « Là repose un Révolté que l’on a enterré par la force des armes ».

Huile sur toile représentant Joseph Guibord (1809 -1869) typographe, à qui on reconnaît l’introduction de la stéréotypie (procédé de reproduction des images en impression typographique) peinte par Alfred Boisseau en 1875. (Photo tirée de Bibliothèque et Archives Canada)

Martin Robert fait la mise en contexte suivante : les Rouges du Québec n’étaient pas nécessairement athées, mais ils étaient anticléricaux, c’est-à-dire opposés à l’autorité politique du clergé catholique. C’est non seulement pour des objectifs d’hygiène publique, mais viscéralement pour la liberté de conscience qu’ils se sont battus. En effet, si le mouvement rouge était moribond au moment où il est confronté à la question de la crémation, c’est en réaction à l’Église que ses partisans en supportent le concept : le clergé catholique gouvernait la mort, possédait les cimetières, ordonnait les confessions, accomplissait les funérailles et accordait, par les derniers sacrements, l’accès à la vie éternelle relate monsieur Robert. Parmi ces Rouges d’alors, on compte quelques grands noms: Arthur Buies (journaliste et homme de lettres), Honoré Beaugrand (maire de Montréal), Amédée Papineau (avocat, fils de Louis-Joseph Papineau) et Éva Circé-Coté (journaliste, femme de lettres et féministe)

Ce qui a fait pencher la balance

Or, ce fut le contexte social et géographique dans lequel il prit forme qui caractérisa le mouvement des crématistes rouges de la façon la plus décisive. Plus généralement, les rouges ne pouvaient pas fonder un crématorium dans un cimetière catholique et ne disposaient pas non plus d’un lieu de sépulture civil, à la différence des Parisiens ou des Italiens. De plus, les Rouges côtoyaient à Montréal une importante communauté protestante qui, elle, était généralement moins réfractaire à la crémation que les catholiques. Les séjours de Louis- Joseph Amédée Papineau et d’Honoré Beaugrand aux États-Unis, ainsi que leurs mariages avec des protestantes, jouèrent sans doute un rôle dans leur décision d’être incinérés au crématorium Mont- Royal, croit Monsieur Robert.

C’est finalement à John H. R. Molson, décédé en 1897 à Montréal, converti au protestantisme et incinéré à Boston, qu’on doit le projet d’un premier crématorium au Québec. En effet, monsieur Molson donna 10 000 dollars au cimetière du Mont-Royal, un organisme incorporé protestant, pour la création et l’administration d’un crématorium.

Portrait de pied en cap de John Henry Robinson Molson, (1826-1897) petit fils de John Molson, l’ancêtre fondateur de la célèbre brasserie de Montréal. (Photo: Studio Notman, collection Musée McCord)

La première crémation au cimetière Mont-Royal eut lieu en 1902, mais il fallut attendre l’intervention fédérale faisant passer le crématorium sous compétence canadienne et la révocation, en juillet 1963, de l’interdiction de la crémation par le Saint-Office de Rome, dans la foulée du Concile Vatican II, pour que cette pratique gagne en popularité chez les catholiques. La crémation est donc maintenant tolérée, mais il faut savoir que l’Église condamne toujours la dispersion des cendres.

Dans l’ensemble, au Québec, selon des données de la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) obtenues par La Presse canadienne, le taux de crémation était estimé à 72 % en 2015.

Il suffit de passer les douanes américaines pour se rappeler que travailler dans le domaine funéraire peut parfois vous rendre fort intéressant aux yeux des douaniers, pour qui tout ce qui sort de leur univers courant est irrémédiablement suspect. Dès lors, ils deviennent suspicieux.

Comme ces douaniers ont un fort pouvoir discrétionnaire et qu’ils ne manquent jamais de s’informer sur votre emploi, votre crédit, votre destination, vos intérêts et votre propension à visiter des fermes, vous constatez toujours cette petite lueur dans l’œil perfide du douanier lorsque vous lui déclarez que vous êtes un « grave digger ». Même le portrait du président américain sur le mur au-dessus de lui semble soudain vous regarder de travers. Vous savez que vous aurez droit aux sous-questions. Quoiqu’il m’est arrivé de tomber sur un cerbère amateur de la famille Addams (série télé américaine des années soixante) qui en me souhaitant la bienvenue aux États-Unis, ajoute avec le sourire, qu’il était enchanté d’en rencontrer un, particulièrement de jour.

Être fossoyeur ne fait pas de vous qu’un noble gardien de la frontière de l’au-delà; vous êtes aussi dans le secret du monde de la mort, vous êtes celui qui ferme le livre de la vie de l’être cher en l’inhumant, répétant ce geste séculaire qui, dans le cours de l’évolution, nous distingua du règne animal. Le premier hominidé qui porta en terre son prochain fonda en quelque sorte l’humanité.

Mis à part Pierre Tombal, le fossoyeur,sympathique de la célèbre série de bandes dessinées du même nom, scénarisées par Raoul Cauvin et mis en images par Marc Hardy, le fossoyeur a des airs dantesques.

Malgré toute la noblesse et l’ancienneté du métier, être col bleu de Dieu est aussi une leçon d’humilité. On ne doit pas s’étonner que l’Église ait choisi, comme saint patron des fossoyeurs, l’inimitable Saint-Roch, que l’on reconnaît dans les représentations iconographiques à ses haillons, son bubon sur la cuisse, sa posture misérable et le chien avec un pain à la gueule qui l’accompagne.

Il est malheureux que le métier se perde. La tradition recule devant les pépines. Les fossoyeurs, comme dans les chansons de Brassens, se font rares. Creuse la terre, creuse le temps!

Voilà pourquoi nos lecteurs devraient en profiter pour nous faire suivre leur question sur « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la mort et que vous n’avez jamais osé demander » pendant que vous avez un fossoyeur sous la main. Le chroniqueur posera pic et pelle et se fera un plaisir de vous répondre et de vous apporter quelques lumières dans les zones d’ombre qui précèdent les noirceurs de la mort.

Veuillez envoyer vos questions au beniouioui@live.fr, nous publierons les meilleures!

Julien Des Ormeaux, représentation de saint Roch, patron des fossoyeurs, avec ses attributs habituels.

Nouvelle chronique

Dans le cadre des célébrations du 25e anniversaire de l’Écomusée de l’Au-delà, en novembre dernier, j’ai été invité, à faire une courte présentation sur mon enfance au cimetière de la Cathédrale, à Saint- Hyacinthe. L’objet de cette présentation prenait mon enfance comme prétexte, mais voulait en fait ouvrir la porte sur un aspect beaucoup plus vaste qui est celui des cimetières en tant qu’espaces verts urbains.

Autrefois, exception faite du traditionnel cimetière situé en terre consacrée autour de l’église du village, on trouvait souvent, pour de multiples raisons pratiques et historiques, les cimetières des agglomérations plus importantes à leur périphérie. Aujourd’hui, la croissance économique continuelle s’étant accompagnée d’un développement urbain dans l’ordre et le désordre la ville a rejoint la périphérie, enclavant parfois les cimetières. Il n’y a qu’à voir l’étendue de toutes ces localités situées le long de l’autoroute 20 entre Montréal et Québec pour constater ce tentaculaire développement des villes. Les cimetières, ainsi devenus partie intégrante du tissu urbain, se transforment en espaces verts très utiles à la préservation d’une certaine qualité du milieu avec, notamment, un apport non négligeable à l’assainissement de l’air et à la lutte aux îlots de chaleur. Encore faut-il qu’ils soient bien pourvus d’une riche canopée, qui est souvent, là aussi pour de nombreuses raisons, déficiente. Nonobstant cet aspect urbanistique, la présence d’arbres dans un cimetière donne du caractère aux lieux et procure de nombreux autres bénéfices.

Petite maison du jardinier du cimetière de la cathédrale, à Saint-Hyacinthe, où grandit l’auteur. L’étonnante construction adjacente est le crématorium. Photo: Jean-Jacques Lincourt

Le verdissement de ces espaces lorsqu’il est bien planifié et bien intégré à la nature des activités qui s’y déroulent – qui, elles aussi, se transforment – devient un enjeu important dans le nouveau rôle que d’aucuns voudront bien leur attribuer. Quels sont ces bénéfices apportés par une canopée? Comment bien positionner les végétaux? Quelles essences choisir, lesquelles éviter? Comment financer ces nouveaux coûts? Ce sont des questions importantes pour les corporations qui administrent les cimetières et qui sont souvent aux prises avec d’autres enjeux éprouvant gravement leurs budgets annuels (églises, bâtiments, inflation des coûts…). Quelques exemples inspirants existent, comme certains cimetières-jardins, bien ou moins bien connus. Dans d’autres cas, des solutions, concepts ou projets mis de l’avant pour d’autres types d’espaces verts, peuvent être une source d’inspiration pour l’aménagement de cimetières. Il reste à les imaginer.

Autant de questions que j’aimerais porter à l’attention et à la réflexion du lecteur de ce bulletin, pour éventuellement susciter des actions de valorisation de nos cimetières, qui sont déjà riches en patrimoines matériel et immatériel. J’ai la conviction que le rôle environnemental qu’ils peuvent jouer, aussi bien dans la préservation de la biodiversité et de ses bienfaits que dans celle de la qualité du milieu de vie des vivants, constitue une autre excellente raison de conserver et valoriser ces sites de grande valeur.

De l’avis de la rédactrice, madame France Rémillard, le sujet mérite un suivi, sous forme de chronique. Chronique que je commencerai d’abord en reprenant le récit de ma petite histoire fait en novembre dernier à la Maison Smith, qui saura, je l’espère, bien faire comprendre mon propos.

Je dédie cette chronique à mon père, grand vivant parmi les morts, décédé alors qu’il habitait encore la maison du cimetière de la Cathédrale en 1992.

À suivre !

Le cimetière oublié

Tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux cimetières voudront voir ce documentaire de Frédéric Metthé. En 1952, le diocèse de Sherbrooke a décrété que le cimetière du village Notre-Dame-de-Ham devait être déménagé. Ce film raconte l’histoire de ce drame 65 ans plus tard à travers six témoignages tous aussi troublants les uns que les autres, nous dit son réalisateur.

Frédric Metthé, artiste aux multiples talents, poète, musicien, compositeur et réalisateur, présentera son film au Carré 150, l’espace culturel de la ville de Victoriaville, le lundi 20 février prochain dans le cadre du cinéma de répertoire. Une représentation aura lieu à 13h30 et l’autre à 19h30.

Vous êtes invités à le visionner :Cimetière oublié

Vue de l’emplacement où plus de 350 corps abandonnés gisent toujours. Selon les témoins, c’est en face de cette grange que s’élevait l’ancien cimetière. Photo: Frédéric Metthé

L’embaumeur

Non, ce n’est pas un roman policier qui paraîtra sous ce titre en février chez Héliotrope. C’est l’œuvre inclassable d’Anne-Renée Caillé, qui a relevé les conversations avec son père qui exerçait ce métier d’embaumeur par vocation en y mettant tout son cœur. Elle lui fait raconter ses états d’âme en lien avec certains corps qui ont marqué sa mémoire : pompier, prêtre, suicidés du métro, enfants morts accidentelleemnt asphyxiés dans un frigo et bien d’autres.