Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : P. Daveluy
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

Les coutumes de jadis entourant la mort sont relativement bien connues grâce aux descriptions que nous en trouvons dans les textes anciens. Du moins, connaissons-nous, dans leurs grandes lignes, les différentes étapes des rituels mortuaires (préparation du corps du défunt, veillée mortuaire, cortège funèbre, etc.). Cependant, une fois le corps arrivé au cimetière, les archives se taisent presque. Il n’est donc pas toujours facile de se figurer comment était utilisé l’espace de nos cimetières autrefois et quelles étaient les dernières attentions que les vivants ont apportées à leurs morts. C’est alors que l’archéologue prend la relève de l’historien.

La contribution de l’archéologie à nos connaissances sur les rituels mortuaires se situe donc à deux niveaux. Sur le plan collectif, elle permet de préciser comment les défunts étaient disposés les uns par rapport aux autres dans le cimetière. Dans la un artcicle précedent intitulé les dessous de nos cimetières  (été 2017), nous avons suivi l’archéologue dans son exploration. On a vu, entre autres choses, que les fosses étaient réparties d’une manière relativement désordonnée à comparer aux cimetières actuels et que l’orientation et la profondeur des sépultures pouvaient mettre en évidence différentes phases d’utilisation du cimetière.

Au niveau individuel, l’archéologie aide à documenter le traitement qui était réservé aux défunts. Étaient-ils inhumés en pleine terre ou en cercueil? Ce dernier possédait-il des poignées et des charnières? Y trouve-t-on des objets? Comment les avant-bras du défunt étaient-ils disposés? À tous ces égards, note-t-on des différences selon l’âge ou le sexe du défunt? À nouveau, c’est l’archéologue qui peut le mieux répondre à ces questions. Continuons donc à le suivre dans sa quête d’informations sur les modes d’inhumation d’autrefois.

Les cercueils

En l’absence de traces de bois de cercueil, l’archéologue sera tenté de croire que le défunt fut inhumé en pleine terre. Mais la découverte de quelques clous de cercueil suffira à éliminer cette possibilité. Même s’il n’y a ni bois ni clous – ceux-ci peuvent aussi être entièrement détruits –, la coloration et la texture du sol peuvent trahir une inhumation en cercueil. Grâce à ces indices , on peut avancer que nos défunts étaient très probablement tous mis en terre dans un cercueil. Seules les victimes d’épidémie, qui étaient souvent ensevelies à la hâte dans une fosse commune, auraient été inhumées en pleine terre.

Bien que le bois et les clous soient périssables, nombre de cercueils sont en assez bon état pour en reconstituer la facture. Jusque vers le milieu du XIXe siècle, celle-ci était très rudimentaire, les cercueils n’étant en général rien de plus qu’une boîte avec un couvercle cloué. La plupart n’avait ni quincaillerie (poignées, charnières) ni éléments ornementaux (cache-clous). Exceptionnellement, une plaque de métal, sur laquelle était sans doute inscrit le nom du défunt, est présente sur le couvercle. Tout aussi rares sont les cercueils doubles, lorsque delui-ci était mis dans une plus grande boîte.

La forme à six côtés – avec un élargissement aux épaules – était nettement dominante (photo 1). C’était le type le plus courant en Amérique du Nord avant que le cercueil rectangulaire ne devienne à la mode vers le milieu du XIXe siècle. En réalité, il serait plus exact de dire redevienne, car la forme rectangulaire était en vogue jusque vers 1650, avant qu’elle ne soit supplantée par celle hexagonale. La rareté des sépultures remontant à la première moitié du XVIIe siècle peut créer l’illusion que la forme hexagonale était antérieure à la forme rectangulaire. Une troisième forme, beaucoup plus rare, a été utilisée : la forme trapézoïdale, qui peut être considérée comme un cas particulier de la forme rectangulaire.

Si cette dernière est maintenant la norme, les cercueils hexagonaux continueront d’être utilisés au Québec jusque dans les années 1950-1960. Ils auraient été réservés aux individus de statut social modeste. Curieusement, on se serait attendu au contraire. De fait, la forme hexagonale étant plus compliquée à réaliser, elle est moins économe en main-d’œuvre, de même qu’en bois.

La disposition du défunt

Nos défunts étaient tous mis en cercueil dans la position dite en décubitus dorsal, c’est-à-dire allongée sur le dos. Très exceptionnellement, un corps repose sur le côté. C’est sans doute accidentel : il aurait bougé lors de la manipulation du cercueil, en particulier au moment de sa mise en terre. La position des avant-bras est, quant à elle, extrêmement variable. Ils peuvent être allongés le long du corps ou repliés sur le bassin, le ventre, l’estomac ou la poitrine, et il est courant que les deux avant-bras ne soient pas dans la même position (photo 2).

L’explication à cette variable n’est pas évidente. Il ne semble pas y avoir de lien avec l’ancienneté des décès. Cependant, il peut arriver que, dans un même cimetière, une position donnée soit partagée par une majorité d’individus du même sexe ou d’un même groupe d’âge. Y avait-il donc des règles qui régissaient la disposition des avant-bras? Si oui, pourquoi y a-t-il toujours des exceptions? Il n’y a pas de réponse simple à ces questions, chaque cimetière semblant être un cas particulier.

1. Cercueil de forme hexagonale (Photo: Robert Larocque)

Les artefacts

Les objets personnels les plus abondants qu’on retrouve dans les cercueils sont des pièces vestimentaires, surtout des boutons, beaucoup plus rarement des boucles et des agrafes (photo 3). Quelques dizaines de sépultures du cimetière Saint-Antoine (1799-1854), à Montréal, en contenaient. Viennent ensuite les objets de piété, tels les médailles et, dans une moindre mesure, les croix et crucifix et les chapelets, présents dans moins d’une vingtaine de cercueils au cimetière Saint-Antoine (photo 4).

Dans tous les cimetières antérieurs à la deuxième moitié du XIXe siècle, les bijoux et objets de parure constituent la catégorie d’artefacts la moins bien représentée.

2. Variabilité dans la disposition des avant-bras

 

3. Boutons, médailles, épingles: objets couramment retrouvés dans les sépultures (Photos: Ville de Rimouski)

Par exemple, toujours au cimetière Saint-Antoine, sur les quelque 350 sépultures qui n’avaient pas été exhumées après sa fermeture, seulement cinq ont livré de tels artefacts (photo 5 ). L’archéologie vient donc mettre à mal une croyance populaire voulant que les défunts fussent habituellement inhumés avec des objets de valeur qui leur étaient chers. Encore plus rarement trouve-t-on des objets d’utilité quotidienne, comme des pièces de monnaie ou des couteaux de poche, probablement oubliés dans les poches de vêtements du défunt.

5. Jonc retrouvé dans une sépulture du cimetière Saint-Antoine (Photo: Ville de Montréal)

Dans plusieurs cimetières, les artefacts les plus nombreux ne sont pas des objets personnels proprement dits : ce sont des épingles. Habituellement faites de cuivre ou de laiton, elles servaient sans doute à tenir en place les pans d’un linceul qui enveloppait le défunt. Lorsque présentes dans un cercueil, il est donc tentant de croire que le défunt était nu. C’est ainsi que dans l’annexe réservée aux enfants du cimetière de Sainte-Anne-de-la-Pérade (voir l’article citécihaut, été 2017), des épingles ont été récoltées dans toutes les sépultures, mais aucune ne contenait de bouton. Dans d’autres cimetières, ce sont plutôt les sépultures féminines qui livrent des épingles, mais aucun bouton. Mais il est aussi fréquent que des sépultures contiennent à la fois des boutons et des épingles. S’il semble y avoir parfois un lien avec l’âge et le sexe des défunts, aucune règle simple ne peut être formulée. Comme pour la position des avant-bras, chaque cimetière doit être traité au cas par cas.

La reconstitution des modes d’inhumation d’autrefois n’est qu’un aspect du travail du bioarchéologue. L’autre aspect a trait à l’analyse des restes humains. Comme nous le verrons dans un prochain bulletin, les analyses ostéologiques peuvent révéler des choses étonnantes et insoupçonnées sur la vie de nos ancêtres.

À suivre…

Dessin représentant Jeanne Mance (Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Cofondatrice de Montréal avec Maisonneuve le 17 mai 1642, nommée comme telle dans sa première biographie, écrite en 1934 par Marie-Claire Daveluy, et reconnue officiellement à ce titre en 1992, à l’occasion du 350e anniversaire de Montréal, Jeanne Mance fut également la fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, jouant un rôle important dans la fondation de la ville.

Comme le rapportait à l’époque François Dollier de Casson dans son Histoire du Montréal, 1640-1672 : après avoir engagé Maisonneuve, les Associés « avaient besoin d’une fille ou bien d’une femme de vertu assez héroïque et de résolution assez mâle pour venir en ce pays prendre le soin de toutes ces denrées et marchandises nécessaires à la subsistance de ce monde, et pour servir en même temps d’hospitalière aux malades et blessés ».

C’est ainsi que la Damoiselle Mance, infirmière laïque née le 12 novembre 1606 à Langres, en Champagne, fut recrutée et qu’elle et Maisonneuve avant même de fouler le sol de la Nouvelle-France,devinrent membres de la Société de Notre-Dame de Montréal, tous deux ayant été engagés par Jérôme le Royer de la Dauversière.

Lorsque le 23 décembre 1640 meurt Claude de Bullion, sa veuve, Angélique Faure de Berlise, hérite d’une fortune. Elle est une dévote qu’intéressent toutes les œuvres de charité. Et quand le père Rapine (!) lui présente Jeanne Mance, celle-ci trouve sa principale protectrice. Madame de Bullion propose à la jeune infirmière de financer un hôpital en Nouvelle-France, à l’exemple de Madame d’Aiguillon, bienfaitrice de l’Hôtel-Dieu de Québec. Madame de Bullion deviendra ainsi non seulement la protectrice de Jeanne Mance, mais aussi la bienfaitrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

Quant au rôle propre de Jeanne Mance, avant son embarquement, il fut déterminant; car d’instinct, elle se fit la promotrice du projet de fondation et c’est elle qui suggérera à Jérôme le Royer de la Dauversière de produire des copies des Véritables motifs de la fondation, avant son départ, documents qu’elle sut assortir d’un mot personnel, adressé à quelques membres féminins, influents de la Cour, dont notamment Madame de Bullion, laquelle fut longtemps identifiée, sur sa demande, comme la « bienfaitrice inconnue ».

C’est Jeanne Mance qui amènera la majeure partie des capitaux pour fonder Montréal. Grâce à elle, une somme colossale de 200 000 livres (deux millions de dollars en monnaie actuelle) sera recueillie lors d’une assemblée de la Société de Notre-Dame de Montréal tenue à Paris.

Le 9 mai 1641, à La Rochelle, Jeanne Mance s’embarque à bord d’un navire avec douze hommes, dont Maisonneuve à bord d’un autre navire avec vingt-cinq hommes. Le bateau de Jeanne Mance arrive à Québec un mois avant celui de Maisonneuve, et c’est elle qui rassure les troupes et dirige les opérations. Par ses aptitudes naturelles, en ce qui touche l’ensemble des besoins, lors de la fondation de Montréal, Jeanne Mance avait choisi de s’occuper des choses du « dedans », voire de l’intérieur, alors que les Associés durent composer avec les choses du « dehors » (ce qu’on appellerait aujourd’hui la logistique).

Par la suite, lors de leurs voyages en France, il y en avait toujours un des deux qui restait en poste à Montréal pendant l’absence de l’autre. En 1663, Jeanne Mance sera présente à Paris lors de la cession de l’île de Montréal aux Sulpiciens. C’est elle qui passe le flambeau des valeurs de la fondation pendant que Maisonneuve reste en poste à Montréal.

Un an avant sa mort, Jeanne Mance est invitée sur le site d’érection de la première église Notre-Dame. Ce qui amène l’historien émérite Marcel Trudel à reconnaître son œuvre : «Le rôle crucial de Jeanne Mance dans la fondation de Ville-Marie [ancien nom de Montréal] est reconnu publiquement lorsqu’elle est appelée à poser une pierre angulaire de l’église Notre-Dame en 1672.»

Vue de la crypte de la chapelle des sœurs de l’Hôtel – Dieu de Montréal où reposent les restes de la laïque Jeanne Mance (Photo: Alain Tremblay)

Le 18 juin 1673, quand Jeanne Mance meurt, Marguerite Bourgeoys est à ses côtés. Supérieur des Sulpiciens et seigneur de l’île de Montréal, François Dollier de Casson, qui a dessiné les plans de la première église paroissiale, construite de 1672 à 1683 et détruite en 1830 pour laisser place à la basilique Notre-Dame, célèbrera les funérailles de Jeanne Mance dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu de la rue Saint-Paul, qu’elle aura dirigée jusqu’en 1659.

Son corps est inhumé le 19 juin sous la chapelle, tandis que son cœur est conservé dans un vase d’étain, sous la lampe du sanctuaire. (Après la mort de Jeanne Mance, les Hospitalières de Saint-Joseph, cloîtrées depuis 1671, et qui s’étaient jointes à sa cause en 1659, lui succéderont dans la gestion de l’hôpital à partir de 1676.)

L’incendie qui détruit la chapelle, dans la nuit du 24 février 1695, consume le vase. Le portrait de la bienfaitrice, Madame de Bullion, disparaît en même temps. Le corps demeure en terre, sous la chapelle reconstruite en 1702. En octobre 1803, soit 100 ans plus tard, les Hospitalières de Saint-Joseph transfèrent quinze cercueils contenant les ossements de Jeanne Mance et des sœurs décédées, dans une voûte plus spacieuse sous le chœur.

En 1861, lors d’une grandiose cérémonie de translation, les restes de 178 religieuses et de trois laïques, dont Jeanne Mance, sont conduits du Vieux-Montréal au nouvel Hôtel-Dieu de l’avenue des Pins. Les ossements contenus dans 23 cercueils sont placés dans une crypte, sous la chapelle, où ils reposent depuis (voir photo de la crypte).

Personnage hors du commun, Jeanne Mance demeure, par sa stature, au cœur de l’histoire de Montréal… et dans la mémoire des Montréalais depuis 375 ans!

Avec les remerciements de l’auteur à Gilbert Lévesque, Annabel Loyola et Danielle Shelton pour les textes de référence.

Un colloque en novembre

La communauté musulmane du Québec : la quête de lieux de sépulture

Le jeudi 2 novembre 2017, de 18h30 à 22h

Le vendredi 3 novembre 2017, de 18h30 à 22h

Centre Saint-Pierre, salle Marcel-Pépin, 1212, rue Panet, Montréal, (à quelques minutes de marche de la station de métro Beaudry).

 

Ce colloque cherchera à comprendre les difficultés qu’éprouve actuellement la communauté musulmane du Québec à trouver des lieux pour inhumer ses morts selon ses traditions.

Organisé par la Fédération Écomusée de l’Au-Delà pour le patrimoine funéraire du Québec, en collaboration avec l’Association de la sépulture musulmane du Québec, le colloque ne prétend pas clarifier tous les tenants et aboutissants de cette situation inédite. Nous souhaitons seulement établir les bases d’un dialogue entre les personnes de confession musulmane et la société d’accueil.

Il se déroulera en deux temps. Dans un premier temps, à la séance du jeudi soir, nous dresserons un portrait sommaire de la réalité musulmane au Québec : les vagues d’immigration, la répartition sur le territoire, les branches de l’Islam, les rites funéraires, les modes de sépulture, les lieux de sépulture actuels et la gestion des cimetières en terre musulmane.

En parallèle, dans de courtes interventions, nous ferons un retour sur l’histoire religieuse du Québec d’hier et d’aujourd’hui, en particulier la création des cimetières confessionnels. On verra pourquoi l’Église catholique conservera la mainmise sur la gestion des cimetières et comment son rigorisme du XIXe siècle fermera à double tour, et pour longtemps, les portes de ces lieux : on citera le célèbre cas de l’excommunié Guibord, à qui on refusait l’entrée du cimetière catholique de la montagne.

Mais le Québec moderne a bouleversé nos manières de voir : nous nous pencherons sur le déclin des pratiques religieuses, sur les réticences des Québécois à l’égard des discours religieux et sur les raisons qui expliquent pourquoi la majorité des cimetières du Québec sont encore confessionnels. On abordera la pratique de la crémation, finalement autorisée par le Vatican (1963-1964), ce qui modifia considérablement nos rituels funéraires. Enfin, nous réfléchirons sur la pertinence ou non de démocratiser les lieux de sépulture traditionnels.

Dans un second temps, à la séance du vendredi soir, nous essayerons de comprendre et d’analyser plus spécifiquement les points de vue des différents protagonistes liés à l’imbroglio que nous connaissons tous. Il sera évidemment question du cas du cimetière de Saint-Apollinaire. Nous essayerons aussi de comprendre pourquoi certains cimetières refusent l’accès aux musulmans, alors que d’autres au contraire, principalement des cimetières privés commerciaux, sont heureux de leur ouvrir toutes grandes leurs portes. Également, nous tenterons de savoir pourquoi certains cimetières commerciaux ou certaines coopératives funéraires qui tentent de les accommoder n’arrivent pas à satisfaire aux exigences de certains imans.

Nous réfléchirons à la pertinence de maintenir le caractère confessionnel des cimetières au Québec et les pratiques telles que la conservation à perpétuité des sépultures, et nous nous questionnerons sur la « solution Labeaume » de cimetière musulman confessionnel : « Un cimetière qui promet de la place pour 50 ans et des sépultures qui seront conservées à perpétuité », selon les promoteurs du Centre culturel islamique de Québec.

Finalement, nous étudierons la possibilité de trouver des compromis qui permettraient aux membres de toutes les confessions religieuses, ainsi qu’aux athées et aux agnostiques, de mieux vivre et mourir ensemble.

Les échanges, questions et commentaires, occuperont une place capitale : ils alimenteront, bien sûr, le dialogue et permettront également aux participants de se prononcer sur les éléments d’un projet de déclaration commune en rapport avec l’objet du colloque. Rédigée par un comité ad hoc au fur et à mesure du déroulement des séances et adoptée in fine par l’assemblée, la déclaration clôturera le colloque.

Le programme définitif et la liste des conférenciers seront publiés en ligne sur le site web de l’Écomusée de l’Au-Delà environ deux semaines avant la tenue de l’évènement.

Inscription obligatoire au coût de 20$ par soirée.

Fédération Écomusée de l’Au-Delà pour le patrimoine funéraire du Québec
Tél. : 514 528-8826
Courriel : courriel@ecomuseedelaudela.net
Site web : https://www.ecomuseedelaudela.net

Alain Tremblay, directeur, Fédération Écomusée de l’Au-Delà

De l’origine du projet

On se rappellera qu’au printemps 2017, Pierres mémorables avait annoncé la production de ce dépliant promotionnel portant sur les six cimetières-jardins de la ville de Québec qu’il avait fait connaître dans le cadre de ses visites guidées depuis 2010 : les cimetières Saint-Charles, Saint-Sauveur, Notre- Dame-de-Belmont, Saint-Michel-de-Sillery, Mount Hermon et St. Patrick. Tel qu’espéré, le dépliant a vu le jour fin mai 2017. Le commanditaire principal a été la Compagnie du cimetière Saint-Charles. Tous les autres cimetières ont collaboré financièrement, ainsi qu’Harmonia et la Coopérative funéraire des Deux-Rives. Finement dessiné, agrémenté de couleurs invitantes, le dépliant se présente sur du papier satiné agréable au toucher. Lorsqu’il est fermé, il peut se glisser facilement dans une enveloppe. Plié en portes de grange, il s’ouvre sur une carte de localisation et se déploie ensuite vers de courts textes illustrés, axés sur le patrimoine historique et arboricole des lieux. Nous sommes particulièrement fiers de ce produit attirant et accessible à un large public.

De sa conception

Ce dépliant a été imprimé en 5 000 exemplaires en français. À la demande des cimetières anglophones, il a aussi été traduit en anglais et formaté pour une diffusion sur leur site web. Il ne s’agit pas d’une réplique de l’original, mais d’une version du contenu imprimable par leurs utilisateurs. La distribution du dépliant papier a été assurée par Suzanne Beaumont et Brigitte Garneau. Un bon nombre des autres membres de Pierres mémorables l’ont également diffusé dans leur environnement immédiat au cours du mois de septembre, à l’approche des Journées de la culture.

De la distribution du produit

À ce jour, 3 500 des 5 000 dépliants imprimés ont été déposés dans des présentoirs présents dans des commerces (boulangeries, marchés d’alimentation, dépanneurs), des boîtes postales de particuliers (porte-à-porte dans le voisinage de membres), des organismes culturels, des cliniques de soins esthétiques, des salons de coiffure, des cliniques dentaires, auprès de 20 guides embauchés par la Ville de Québec, dans quatre maisons patrimoniales, des centres communautaires, des presbytères, des abribus, des restaurants, des cinémas, des hôtels, des magasins de la Société des alcools du Québec, des spécialistes de soins des arbres, des facultés universitaires, des centres d’art, des pharmacies, des fruiteries, des halls commerciaux, des points de vente de monuments funéraires, des garages, des collèges, des caisses populaires, des cafés, des églises, des salons de quilles, des restaurants et des services diocésains.

Parmi les 1 500 dépliants qui restent à distribuer, 500 le seront auprès des membres des treize sociétés d’histoire de la Ville de Québec et 500 autres dans les bibliothèques de la ville au cours de l’automne 2017. À des fins de consultation, la liste des lieux où le produit a été déposé, avec leur localisation selon qu’ils sont situés en Basse-Ville ou en Haute-Ville, le nombre de dépliants livrés à chaque point de service et la liste complète de leurs adresses, a été dressée. Jusqu’à ce jour, l’opération semble s’avérer un franc succès. Des vérifications après coup de certains présentoirs (un dépanneur, une boulangerie et un marché public) ont révélé que la plupart des dépliants avaient trouvé preneurs auprès des clients.

Autour de l’inhumation de Monsieur de Maisonneuve

Le titre de ce papier, à lui seul, précise in situ le lieu où se situe l’action, que dis-je l’évocation du parcours exemplaire d’un certain Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, à Paris, où à la fin de ses jours, « ci-devant Gouverneur de Montréal », il paraphe son testament, la veille même de son décès, en septembre 1676. L’événement se produit alors à Côteau Sainte- Geneviève, proche le couvent des Pères de la Doctrine chrétienne, proche de la Contrescarpe, qui existait déjà, et immortalisée à l’intérieur d’une chanson remarquable, « La langue de chez nous ».

Mais revenons à notre sujet. Paul est fils unique, mais il a tout de même trois sœurs, dont Louise, l’aînée, deviendra religieuse à Troyes. Elle sera appelée à jouer un rôle d’intermédiaire dans la fondation de Montréal, puisqu’elle proposera à son frère Paul le concours et les compétences de Marguerite Bourgeoys, fille d’un maître chandelier de Troyes, qui deviendra la première enseignante du Nouveau Monde.

L’homme est issu d’un milieu anobli, dès 1660, par le roi Henri IV, à qui l’on doit l’existence du Prytanée militaire de la ville de La Flèche, d’où sont sortis, également, nos premiers martyrs canadiens. Allez donc ignorer la source ? Impossible, puisque tout se tient, et que, incidemment, c’est à Paris, la capitale, en l’axe triangulaire historique parisien Notre-Dame/Saint- Sulpice/Saint-Germain-des-Prés, que toutes les ficelles de la fondation héroïque de Montréal seront pieusement nouées, en un gracieux mélange de ferveur et d’espérance, rarement égalé : un espace incontournable, pour le pèlerin des temps modernes, soucieux de remonter aux sources de notre fondation.

Or, au XVIIe siècle, quelle carrière pouvait embrasser un jeune gentilhomme, sans fortune considérable, sinon le métier des armes, quand l’on sait la réputation peu enviable des armées de l’époque, au sein desquelles s’immisce un grand nombre de mercenaires ? Mais Maisonneuve n’est point de cette trempe.

Il était d’un naturel réservé qui fut sa marque sa vie durant ; sa sœur Louise confirmera qu’il fut un garçon sérieux, un peu taciturne, porté à la poésie — il avait un oncle poète qui s’exprimait à la mode de Ronsard — et à l’exaltation mystique, a-t-on dit. Mais le jeune soldat a-t-il réellement fait le vœu de célibat que certaines personnes lui ont prêté ? Allez savoir ! Mais enfin, sans le caricaturer, Louise précise le portrait de l’homme : la frange de ses cheveux, coupés à la façon des ecclésiastiques, lui donne l’air d’un croisé, et sous sa tente, il aime à jouer du luth, son instrument de prédilection. Marguerite Bourgeoys, plus tard, en Nouvelle-France, l’incitera à poursuivre en cette voie « pour lui éviter de faire débauche », selon l’expression usuelle du temps. Aujourd’hui, on dirait « pour éviter de faire des bêtises ».

Maisonneuve jouant du luth! Cette nouvelle information est intéressante parce qu’elle contribue à mieux cerner les contours de la personnalité de ce personnage historique.

Or, le personnage est peu connu, malgré son rôle majeur en la fondation de Montréal. C’est pourquoi en 1993, au lendemain des célébrations biscornues de 1992 – 350e anniversaire de la fondation de la ville —, un groupe s’est formé légalement, sous le nom de Comité Historique Maisonneuve (CHM), avec, à sa présidence, un jeune historien trop tôt disparu, Denis Samson, de Québec. Et le comité, dès sa fondation, le 5 mars 1993, en l’enceinte du Château de Ramezay, avait aussitôt fixé les paramètres de son action :

– approfondir les connaissances sur les dix dernières années de vie de Chomedey de Maisonneuve, à Paris, ainsi que l’histoire un tantinet emmêlée de sa sépulture ;

– promouvoir l’identification et la sauvegarde archéologiques du site de l’ancien couvent Saint-Charles, des Pères de la Doctrine chrétienne, et du logis où s’éteignit Maisonneuve ;

– s’assurer les concours nécessaires pour entreprendre les fouilles archéologiques de la chapelle Saint-Charles, rue du Cardinal-Lemoyne ;

–prendre les moyens nécessaires pour mettre en valeur le site de la mort et de la sépulture du gouverneur-fondateur « désigné » de Montréal, en collaboration avec les autorités politiques françaises, canadiennes et québécoises.

Moins d’un an plus tard, une mission fut réalisée à Paris, avec le concours obligeant et généreux du ministre Ciaccia, aux Affaires internationales du gouvernement du Québec, à qui d’ailleurs le secrétaire du CHM apprit que l’une des grands-mères de Chomedey était d’origine italienne, ce qui valut cette réplique du ministre : « Les Italiens, ils sont partout ! »

 Bronze représentant Paul Chomedey de Maisonneuve, œuvre de Louis-Philippe Hébert, érigée en 1985 sur la Place d’Armes à Montréal (Photo: Alain Tremblay)

C’est donc à Paris, où se poursuivirent les recherches, notamment aux Archives nationales (minutier central, cote Y. 15. 718), que Denis Samson trouva matière à satisfaire sa curiosité légitime. Fort de ses connaissances, il avait déjà consulté les sources de Léo Leymarie, dans Nova Francia (1926), où il est précisé ceci : « Le jeudi dixiesme [de septembre] fut transporté en l’Église des Pères de la Doctrine Chrétienne, Paul de Chomedey, escuyer, Sieur de Maisonneuve, gouverneur de l’Isle de Montréal en la Nouvelle-France, près le fossé entre les portes S. Marcel et S, Victor, en présence du soussigné. Royer » Et la confirmation du testament, publiée en 1959 par Robert Leblant in Revue d’histoire de l’Amérique française (volume 13, no 2, p. 262-280), stipule les dernières volontés de Maisonneuve :

Maisonneuve « ordonne l’inhumation de son corps en l’église desdit R.P. de la Doctrine chrétienne de la maison de Saint-Charles ausquels il donne et lègue tant pour le droit de sépulture que pour les prières qu’ils luy feront faire à leur discrétion la somme de cinq cens livres [l’équivalent de cinq mille dollars] une fois payée se rapportant ledit sieur testateur au surplus de ses obsèques services et prières à la discrétion et dévotion de son exécuteur testamentaire soubs nommé ». Rappelons que les funérailles se tinrent en l’église paroissiale de Saint-Étienne-du-Mont, voisine du Panthéon actuel, où reposent les « gloires françaises » endormies.

Or, les « Scellés après décès » attestent que les notaires Aumont et Rotinon se présentèrent au domicile de Chomedey, une heure après son décès. Le défunt gisait encore sur une paillasse. Ils revinrent trois fois les jours suivants à cause de Marie Bouvot, nièce de Maisonneuve, qui contestait le testament de son oncle : parce que favorisant les Montréalistes, celui-ci la déshéritait.

Dès que nous avons été appelés à rencontrer les hautes autorités parisiennes, dont Jean Tibéri, maire du Ve arrondissement et adjoint de Jacques Chirac, maire de Paris, celui-ci s’est enquis de nos intentions réelles, croyant fermement que l’on souhaitait récupérer la dépouille du sieur de Maisonneuve. C’est aussitôt que je me fis un devoir de le rassurer, en tant que secrétaire en titre, habitué à composer avec les manières françaises de jadis, ayant eu le privilège de fréquenter Lydia-Louis Hémon, fille unique de l’écrivain Louis Hémon. Celle-ci lui confirma que, dans la famille où il s’est trouvé de nombreux militaires, la position était la suivante, et qui fut de tout temps respectée : « Là où l’on meurt, l’on reste ! » Je vis aussitôt Tibéri soupirer d’aise, à l’échappée de nos intentions réelles.

Pour être concis, nous confirmerons qu’ayant reçu, au préalable, les autorisations nécessaires, un forage à la cuillère fendue — diamètre de 5 à 7 cm (appelé carottage, selon le jargon usuel) — fut réalisé dans la cour du 77 rue du Cardinal-Lemoyne, là où le sous-sol de la chapelle d’origine, parfaitement dallé, ne fut guère touché à ce jour, ni les sols perturbés. Cette démarche fut réalisée par des ingénieurs de la firme Géophysique GPR, de Longueuil, déjà en France, œuvrant à l’époque pour l’EDF ( Électricité de France) en tant qu’experts. Un rapport fut établi, en étroite collaboration avec Jean-Guy Brossard, archéologue du musée Pointe-à-Callière. Une nouvelle plaque fut posée, à l’emplacement du Groupe Scolaire de la rue Rollin, en présence de Madame Xavière Tibéri, épouse du maire de l’arrondissement.

C’est donc à Paris, « capitale du Nouveau Monde », que repose Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve. Qu’il y repose en paix, à jamais. Noble il fut en son temps, et noble il demeure en notre mémoire. Tu autem, Domine, miserere nobis.

Ndlr: Il est important de rappeler à nos lecteurs que c’est l’Écomusée qui a initié les recherches sur la sépulture de Maisonneuve en 1992, pour le 350e de Montréal et c’est ensuite feu Denis Samson, co-fondateur de l’Écomusée en 1991 qui, devenu président du Comité historique Maisonneuve, en mai 1993, a entrepris les recherches.

On remarque à la télévision depuis quelque temps une publicité d’une entreprise bien connue de la région de Québec offrant complexe funéraire et cimetière. Plutôt qu’une urne cinéraire oubliée au fond du garage de la maison sur une tablette empoussiérée, on nous propose une disposition dans un cimetière-jardin où l’on voit de beaux espaces paysagers, des arbres, des fleurs et un joli petit ruisseau. On fait ensuite appel aux souhaits de disposition du spectateur en demandant : « Est-ce vraiment ce que vous voulez? » (l’urne oubliée)

Les stratèges commerciaux de l’entreprise ont-ils jugé que les prochaines générations à entrer au cimetière seraient sensibles à ce type de service ? Si cette sensibilité s’avère, personnellement, le jardinier que je suis, je ne peux que s’en réjouir. Ces espaces disposent convenablement de nos défunts, nous permettent de nous y rendre seuls ou en groupe dans un cadre serein, reposant et propice à l’exercice de mémoire qu’on aime pratiquer à l’occasion. Ils nous laissent, après une visite, un peu plus de vie, de santé et peut-être même de joie de vivre. Autrement dit, les défunts en ayant planifié leurs derniers arrangements de cette façon font aux vivants un legs bienfaisant. Les sbires du commerce funéraire devraient alors plutôt dire : « Ajoutez à votre héritage une bouffée de fraîcheur pour vos descendants! »

Cette pratique réjouit également le cœur d’urbaniste qui m’anime. Plus il y aura de ces cimetières-jardins sur nos territoires, meilleure sera la qualité de nos milieux de vie. Contrairement à tous ces complexes d’habitation développés de façon discutable à la périphérie des villes où la verdure est rare, coût élevé du pied carré oblige, ces espaces apportent une bouffée d’air frais, un écrin de nature permanent autour de nous. De plus, contrairement au parc municipal qui pose problème au promoteur-développeur par l’utilisation de précieux et coûteux pieds carrés à des fins non rentables, le concept de ces jardins intègre la notion de rentabilité et apporte avec lui la solution à son financement.

Sans en avoir fait une analyse exhaustive, je crois cependant que ces nouvelles installations se situent souvent dans des milieux éloignés des villes où règnent le silence et la quiétude. Alors, me direz-vous, mais quel est le bénéfice pour les vivants? Où est cette bouffée de fraîcheur dans ces îlots de chaleur? Je vous répondrai d’une part, sans être futurologue, que la ville, à voir son développement tentaculaire du dernier siècle, finira bien par rejoindre ces lieux qui en constitueront alors le tissu. D’autre part, si cette vision d’une disposition éternelle dans un lieu naturel se répand et que cette pratique s’étend, il n’est pas interdit de penser que les vieux cimetières, déjà rejoints par la ville et souvent pauvres en végétation, se mettront eux aussi au verdissement.

Nous en reparlerons…

Allée ombragée du très beau cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, la campagne en pleine ville pour les résidents de la métropole. (Photo: Alain Tremblay)

Il fut un temps où le seul mode de disposition des corps qui était pratiqué en vertu des mœurs du pays était l’inhumation traditionnelle.

La société évolua, et l’on en vint, de concert avec l’Église qui  finalement l’autorisât, à admettre la crémation comme une façon honorable de traiter une dépouille, si bien que quelque quarante ans plus tard et contre toute attente, le taux de crémation du Québec est l’un des plus élevés dans les Amériques.

Comme on se trouve rarement à l’abri du progrès et de la concurrence, on a vu se pointer, avec les années 2000 et leurs lots d’innovations, l’aquamation, que ses promoteurs présentent comme « la crémation par l’eau ».

L’aquamation consiste sommairement à dissoudre un corps par hydrolyse alcaline dans un contenant pressurisé et agité pendant deux ou trois heures et dans lequel circule une solution basique chauffée à 96 °C. À la fin du traitement, il ne reste que le squelette, les prothèses (hanches artificielles, dentiers, cardiostimulateurs) et certains bijoux ou ornements qui accompagnaient la dépouille. Les os seront ensuite broyés, et comme pour une crémation traditionnelle, la famille du défunt repartira avec une urne cinéraire qu’elle pourra inhumer, ou mettre en colombarium.

Le commun des mortels, peu au fait du monde funéraire, se demandera avec raison « mais comment diable en sommes-nous venus là? ». C’est très simple. Le procédé d’aquamation a d’abord servi à se débarrasser de carcasses animales pendant les célèbres épizooties (épidémies dans le monde animal) qui ont sévi en Europe, la maladie de la vache folle ou la tremblante du mouton en sont des exemples. Devant l’efficacité de la méthode, on s’est dit que ce ne serait pas «bête» de l’adapter aux humains. Il n’est jamais facile de changer des habitudes séculaires, mais quelques établissements ont osé, dont le fameux hôpital Mayo au Minnesota qui le proposa aux proches de gens qui avaient offert leur corps à la science pour en disposer après utilisation. Sur 150 familles, 148 acceptèrent. Le pas était franchi, et des maisons funéraires commencèrent à offrir ce service en Australie et aux États-Unis.

Verra-t-on l’aquamation damer le pion à la crémation dans un proche avenir? Y aura-t-il une guerre sans merci entre le feu et l’eau, entre le sec et le mouillé?

Les partisans aquamatistes misent sur les vertus écologiques et les coûts plus faibles de leur option, tout comme les crématistes voyaient dans les fours une alternative moins polluante et moins coûteuse que l’inhumation traditionnelle.

Il reste cependant un écueil à l’aquamation : la perspective d’envoyer dans les réseaux sanitaires des restes humains et une solution à pH très élevé. Les usines de traitement des eaux usées n’y voient aucun problème puisque les chairs sont rompues et n’ont plus rien qui les relie (il n’y a plus d’ADN) à un cadavre humain. Ne serait-ce que du point de vue symbolique, ça n’apparaît pas très sexy, repos éternel et eaux usées n’étant pas des concepts ayant beaucoup d’atomes crochus. Qu’arriverait-il si le régime des aquamations s’accélérait créant un afflux important de soude caustique, ou autre alcali, dans les usines de traitement des eaux?

On aura beau dire, la coutume musulmane de disposition des corps, sans cercueil et sans embaumement, demeure encore la façon plus écologique de traiter les dépouilles mortelles. Il faut savoir que conserver un corps pour les Bédouins de l’époque, avec la chaleur du désert, était impensable. Pour cette raison, il es

t prescrit d’inhumer une dépouille dans les 24 ou 48 heures suivant le décès. L’adoption de cette coutume assurerait l’avenir de la profession de fossoyeur tout en donnant une chance à l’environnement. Encore faudrait-il changer la ‘Loi sur les inhumations et exhumations‘, une loi vétuste qui exige que les cadavres soient enterrés dans un contenant.

D’ici là, on peut rêver et ce n’est qu’une question de temps avant que ne nous arrive un nouveau mode de disposition des corps pouvant concurrencer en audace l’aquamation : des Scandinaves ont mis au point un procédé qui consiste à plonger le défunt dans un bain d’azote liquide (-196 °C) pour ensuite le placer sur une plaque vibrante qui le réduirait en cendres.

Comme quoi on n’arrête pas le progrès.