Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard

M. Duhamel est l’idéateur-promoteur du concept de bornes interactives pour la localisation de défunts dans les cimetières. Ces bornes (pour l’instant le cimetière Notre-Dame-des-Neiges en compte trois) comportent clavier, écran et imprimante. Ces bornes connectent les usagers à une plateforme de recherche qui permet de localiser très précisément des défunts dans le cimetière . La plateforme est également accessible à l’usager qui avec une connexion internet se rend sur le site du cimetière. Il était  conférencier invité à la réunion du conseil d’administration de la Fédération Écomusée de l’Au-Delà le 23 mars dernier. Nous résumons ici son exposé qui expliquait la naissance de l’idée d’une telle borne.

C’est lors d’une visite au cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal en 1995 qu’il a pris conscience du caractère archaïque du système de gestion de l’information dans ce cimetière.

À la recherche du lieu de sépulture de son père, décédé deux ans plutôt, il se présente au bureau administratif du cimetière et rencontre un préposé. Devant la lenteur de la démarche pour obtenir l’information, il se pose la question: comment peut-on améliorer ce système?

Alors propriétaire d’une entreprise en marketing, il se souvient d’une étude qu’il avait faite auparavant pour l’entreprise Costco, qui consistait à photographier le numéro de plaque des véhicules de ses clients afin de connaître leur lieu de provenance. Il se fait la réflexion qu’un programmeur en informatique de talent pourrait facilement améliorer le processus de recherche et localisation de défunts dans un cimetière. Il rencontre donc le directeur du cimetière, Yoland Tremblay, pour lui parler de son idée et lui présenter son entreprise Intra multimédias. M. Tremblay est séduit et le travail de conception de la borne commence: la numérisation des vieux registres et des fiches du cimetière est entreprise. L’idée semble tellement innovatrice et prometteuse que le journal The Gazette, en 1996, décide de publier un très long article à propos de ce concept en développement.

Quatre ans de travail seront nécessaires pour la mise en œuvre du concept. La CANA (Cremation Association of North America), qui a eu vent du projet, s’y intéresse au plus haut point. Il faut prendre conscience qu’à l’époque de la création de cette association les systèmes informatiques ne sont qu’à leur début et que la CANA n’en est pas encore pourvu. Par contre, deux applications du concept apparaissent clairement, à savoir le développement d’une borne pour localiser les défunts et une autre pour la mémorialisation, c’est-à-dire la création d’un texte virtuel de présentation en lien avec le défunt identifié sur la borne; option à venir.

D’importants cimetières américains s’intéressent à la question, et non les moindres. Entre autres, les très riches cimetières Green Wood, achètent deux bornes. Il en résultera même un très bon article dans le Wall Street Journal et la vente de l’entreprise à des intérêts américains s’en suit.

Cette causerie a suffisamment piqué notre curiosité pour que nous obtenions une prochaine rencontre avec M. Duhamel prochainement. Sûrement qu’il pourra nous raconter plus en détail les péripéties qu’il a vécues afin de mettre au point sa borne. Histoire à suivre.

Usagers de la borne située au bureau des services administratifs du cimetière occupés à consulter la plateforme de recherche pour localiser un défunt dans l’immense jardin des morts de Notre-Dame-des-Neiges (photo: A. Tremblay)

L’archéologie funéraire d’ici est largement méconnue du grand public. Il est dommage que des découvertes faites ailleurs dans le monde fassent plus souvent les manchettes que celles faites au Québec. Il est vrai que les momies égyptiennes par exemple, ou un corps figé dans un glacier depuis des millénaires – pensons à Ötzi, l’homme des glaces, trouvé à la frontière austro-italienne en 1991 – frappent plus l’imagination que les sépultures de nos ancêtres. Mais ce n’est pas une raison pour négliger ou dévaloriser les découvertes faites en sol québécois.

Si un jour nous découvrions la sépulture de Champlain – en supposant qu’elle existe toujours –, soyez toutefois assurés qu’elle ferait la une de tous nos journaux, alors que la mise au jour des restes de quelques dizaines de « simples » citoyens du XVIIIe siècle risquerait de passer sous silence. Pourtant, ceux-ci auraient, en raison de leur nombre, un bien plus grand intérêt que Champlain. C’est qu’ils nous autoriseraient à étudier des phénomènes de société, tels que les coutumes funéraires ou la mortalité et la morbidité aux siècles derniers. Je ne nie pas que les restes de Champlain présenteraient un intérêt, mais celui-ci serait essentiellement historique, voire émotif. Après les avoir décrits et en avoir tiré certaines déductions, le bioarchéologue n’aurait pratiquement plus rien à dire. Un médecin légiste pourrait faire ce travail tout aussi bien.

Certes, dans un premier temps, le travail du bioarchéologue est similaire à celui du médecin légiste. De fait, lorsqu’il s’agit d’étudier un groupe de défunts provenant d’un même cimetière, le bioarchéologue observe et décrit d’abord et avant tout chaque squelette un à un. À ce stade, rien ne le différencie donc du médecin légiste. Mais le bioarchéologue va plus loin, il veut en savoir plus. C’est pourquoi, après avoir décrit chaque individu, il regroupe les données individuelles et les traite de manière à dégager des tendances, des différences ou des liens dans l’ensemble de ces données. Pourquoi les hommes de 30 à 50 ans sont-ils si nombreux par exemple ? Peut-on relier ce fait à des traces de maladies ou des traumas notés sur leurs os, puis dans un second temps à des activités ou des événements documentés dans les archives?

Le médecin légiste n’a pas à répondre à ce genre de questions, car il n’examine en règle générale que les ossements d’une personne à la fois, alors que l’unité d’attention du bioarchéologue est un groupe d’individus issus d’une même communauté. Son objectif étant d’établir des liens entre, d’une part, ses observations ostéologiques, et d’autre part, les modes et conditions de vie de la communauté.

Dans trois articles précédents (vol. 5 nos 2 et 3, vol. 6 no 2) de La Veille, j’ai montré comment la fouille archéologique d’anciens cimetières permet de se représenter les modes d’inhumation de jadis. Dans le présent article, j’aborde l’autre volet de la bioarchéologie, soit l’analyse des ossements. Le sujet étant très vaste, d’autres articles sur le même sujet suivront.

Des témoins précieux

L’analyse ostéologique ne révèle évidemment pas tout sur les caractères biologiques des communautés anciennes. Souvent, les défunts provenant de la fouille d’un même cimetière ne sont pas nombreux, ils risquent donc de ne pas être représentatifs de leur communauté, d’autant plus que les os ne sont pas toujours en bon état. Par ailleurs, le bioarchéologue qui s’intéresse à l’état de santé doit composer avec le fait que les maladies n’affectent pas toujours les os. En dépit de semblables contraintes, les restes osseux demeurent de loin la principale source de données sur les traits biologiques de nos ancêtres.

En effet, aucune autre source n’arrive à rivaliser, en quantité et en qualité, avec les restes humains, même pas les archives, car ces dernières sont le plus souvent très incomplètes et anecdotiques. Par exemple, on ne peut espérer faire une étude détaillée de la santé buccodentaire aux siècles derniers à partir de documents d’archives, car les données n’existent tout simplement pas. En revanche, les ossements permettent d’en faire une analyse extrêmement détaillée, d’autant plus que les dents se conservent généralement très bien. Par ailleurs, pour qui veut faire une étude de la mortalité, il n’est pas conseillé de s’en remettre uniquement aux registres de décès: il est notoire, entre autres failles, que les décès de très jeunes enfants n’étaient pas toujours enregistrés. Or, comme des squelettes de fœtus et d’enfants morts à la naissance ou peu après sont régulièrement découverts dans d’anciens cimetières, le bioarchéologue arrive à comble cette lacune dans les archives. Il peut ainsi se représenter beaucoup plus fidèlement la mortalité autrefois.

Âge et sexe, des données fondamentales

La détermination de l’âge et du sexe des défunts est fondamentale pour deux raisons. D’abord, ces variables permettent à l’évidence d’apprécier la mortalité selon l’âge et le sexe. Mais elles sont aussi fondamentales parce qu’un bon nombre des autres données qui seront prélevées sur les os en dépendent. Il en est ainsi des dimensions des os, qui sont bien évidemment fonction de l’âge et du sexe. Nous voulons aussi savoir, par exemple, si certaines traces de maladies sont plus fréquentes ou sévères chez un sexe que chez l’autre, ou dans un groupe d’âge donné; c’est pourquoi toutes les observations ayant trait aux maladies, mais aussi à d’autres types d’attributs, seront compilées par groupe d’âge et par sexe.

L’identification du sexe

Avant l’âge de la puberté, auquel les caractères sexuels secondaires apparaissent, il est pratiquement impossible d’identifier le sexe d’un squelette. C’est seulement à partir de cet âge que le bassin féminin se différencie du bassin masculin – pour que sa morphologie facilite les accouchements – et qu’il devient ainsi possible d’identifier le sexe. Bien que moins fiable que le bassin, le crâne adulte porte aussi des traits distinctifs du sexe. Entre autres choses, chez la femme, le front est généralement plus redressé et les arcades sourcilières moins développées (photo 1). De plus, pris dans son ensemble, le squelette masculin est habituellement plus robuste et ses os ont de plus grandes dimensions.

1. Un crâne féminin à gauche, et masculin à droite. Chez la femme, les arcades sourcilières sont moins développées et le front est plus redressé. (photos auteur)

La détermination de l’âge

Il en va autrement pour l’âge: il est bien plus facile à déterminer chez les enfants et les adolescents que chez les adultes. Avant la maturité dentaire, qui survient vers 18 ans, on n’a qu’à observer le degré d’éruption et de développement des dents, qui n’ont pas changé d’hier à aujourd’hui. On peut donc affirmer qu’un enfant dont les premières molaires permanentes commençaient à sortir est décédé autour de 6 ans (photo 2). S’il arrive que les dents soient absentes d’une sépulture, on peut toujours s’en remettre à la fusion des extrémités des os au corps de l’os. La tête du fémur par exemple commence à se souder au corps de l’os entre 13 et 17 ans chez la jeune fille et entre 15 et 18 ans chez le garçon. Un autre critère, encore moins précis toutefois, est la longueur des os longs des membres, qui n’était pas très différente de celle observée de nos jours.

2. Dentition permanente d’un enfant d’ environ 6 ans dont les premières molaires inférieures allaient bientôt faire éruption. (photo auteur)

Chez l’adulte, comme la maturation des os et des dents est terminée, il n’est pas possible de s’y fier. Faute de mieux, on s’en remet aux nombreux indices de vieillissement et de dégénérescence, qui donnent toutefois un âge au décès peu précis. Avec l’âge, les dents s’usent, des signes d’arthrose apparaissent et les sutures crâniennes – l’union entre les os du crâne – se bouchent de matière osseuse (photo 3). Ces phénomènes sont graduels et leur degré d’expression peut varier de manière appréciable chez des individus de même âge. Par exemple, les traces d’arthrose apparaîtront plus tôt et seront plus nombreuses et sévères chez un cultivateur que chez un notaire. C’est pourquoi les adultes seront classés en larges groupes d’âge, habituellement par tranche de 10 ans (30- 40 ans par exemple), parfois en catégories aussi imprécises que « plus de 30 ans ».

3. Deux crânes en vue supérieure, dont les sutures crâniennes sont nettement apparentes (à gauche) et bouchées de matière osseuse (à droite). Le décès est donc survenu plus tardivement chez l’individu de droite. (photos de l’auteur)

La mortalité infantile

Regrouper les défunts par âge au décès et par sexe fait ressortir les groupes présentant des pics ou des creux de mortalité. En général, des pics sont notés chez les jeunes enfants de moins de cinq ans, et des creux chez les 5-12 ans et les adolescents. Sans surprise, la petite enfance était donc un âge critique, après lequel un enfant avait de grandes chances de vivre jusqu’à l’âge adulte. Mais à quoi peut-on attribuer la mortalité en bas âge ? Un examen plus détaillé peut fournir des débuts de réponse.

Une proportion élevée d’enfants décédés à la naissance ou peu après trahit probablement des accidents obstétricaux. La documentation historique témoigne d’ailleurs de la difficulté d’accoucher dans la France de l’Ancien Régime, ainsi qu’en Nouvelle-France. Les méthodes d’accouchement de l’époque étaient-elles toujours les seules en cause ? Peut- être pas. Aux siècles derniers, le rachitisme – causé par une carence en vitamine D – était relativement courant. Or, cette carence a pour effet de déformer les os, dont ceux du bassin. Ainsi, le canal pelvien par lequel passe le bébé à la naissance peut se rétrécir.

Cette déformation risque de compliquer les accouchements et de provoquer le décès du bébé et de la mère. Le pic de mortalité à la naissance peut donc être accompagné d’un pic de mortalité chez les femmes en âge d’accoucher (20-40 ans). Ce scénario est d’autant plus probable si des indices de rachitisme ont été identifiés. Ces indices sont habituellement détectés sur les os longs des membres (photo 4), car ceux du bassin sont souvent mal conservés. On peut néanmoins raisonnablement en déduire que ces derniers étaient aussi affectés d’une déformation.

4. La forte courbure de ce tibia résulte du rachitisme, une carence en vitamine. (photo auteur)

Un pic de mortalité peut aussi toucher les enfants de 1-2 ans. Les complications de l’accouchement ne sont pas en cause ici. Cependant, sachant que le sevrage avait lieu autrefois dans cet intervalle d’âge, que les enfants étaient souvent sevrés sans transition et mis à une alimentation pauvre en aliments nutritifs, il a pu entraîner nombre de décès. Des enfants victimes du sevrage étaient peut-être condamnés avant même leur naissance. De fait, dans les collections de restes humains provenant des cimetières Sainte-Anne (1691-1844) et Sainte-Famille (1657-1841) de la basilique Notre-Dame-de-Québec, presque tous les enfants décédés entre 1 an et 2 ans présentaient des signes de stress physiologiques sur les dents qui se forment avant la naissance. Comme si les enfants ayant éprouvé des troubles de développement durant la vie intra-utérine – en raison de problèmes de santé des mères durant la grossesse – avaient pour la plupart été incapables de franchir cette étape cruciale de la vie qu’est le sevrage.

Les maladies infectieuses et parasitaires réclamaient bien sûr leur lot de jeunes enfants. Le statut immunitaire de la mère, et partant celui de son enfant, était déterminant. Avant l’âge de 6 mois, ce dernier pouvait profiter de l’immunité de sa mère contre les infections dites généralisées, comme la rougeole. D’autre part, l’allaitement procurait à l’enfant une protection contre les infections des voies respiratoires et gastro-intestinales. Mais si la mère n’était pas immunisée contre une maladie donnée (ou si elle n’allaitait pas), son enfant ne l’était pas non plus. Il était donc à risque de la contracter.

Ces maladies ne laissent, hélas, pas de traces sur les os! On a beau savoir qu’à certains âges les unes sont plus probablement en cause que les autres, on est bien loin d’avoir

démontré leur implication dans les décès en bas âge. En l’absence d’autres indices, ostéologiques ou documentaires, il est donc téméraire de leur imputer la responsabilité dans les décès de jeunes enfants.

La mortalité des adultes

Les maladies chez les adultes sont plus diversifiées et plus difficiles à cerner. Si certaines pouvaient emporter les adultes comme les juvéniles, d’autres causes de décès viennent s’ajouter, comme celles liées à la pratique de métiers physiquement exigeants ou au vieillissement de l’organisme. C’est ainsi que les adultes étaient plus à risque de décéder de traumas ou de développer des tumeurs. Mais juvéniles et adultes ne se distinguaient pas tant par les maladies qui étaient pratiquement exclusives aux uns et aux autres que par la fréquence des maladies qui les affectaient; la rougeole, une maladie dite de l’enfance, pouvait aussi toucher les adultes, mais bien moins souvent.

Malgré cette plus grande diversité de maladies chez les adultes, il est très rare que le bioarchéologue puisse identifier la cause du décès. Deux des principales exceptions sont les traumas non guéris – par exemple une fracture du crâne qui ne présente aucun signe de cicatrisation de l’os – et les infections qui étaient actives au moment du décès, comme la tuberculose (nous y reviendrons dans un article subséquent). Notons qu’il est également exceptionnel d’identifier les causes du décès chez les enfants. Celles évoquées plus haut ne reposent en effet que sur des indices indirects, en particulier l’âge au décès. S’il est à ce point rare de pouvoir imputer les décès à une maladie précise, qu’ont donc à nous dire les ossements sur la morbidité et la mortalité autrefois?

Dans les petites lésions les meilleurs témoins

Combien de causes de décès ai-je identifiées positivement au cours de quelque 30 ans de pratique et après l’examen des restes de milliers d’individus ? Je n’ai pas fait le décompte, mais probablement pas plus d’une vingtaine ou d’une trentaine. Dans tous les autres cas, soit on n’en sait strictement rien, soit on peut au mieux privilégier certaines causes à d’autres. Dans ces conditions, il n’est pas possible de procéder à une étude des causes de décès selon l’âge, le sexe, le milieu de vie, etc. Identifier la tuberculose sur un individu ne nous dit pas comment elle se manifestait dans sa communauté: quel groupe d’âge et quel sexe en étaient principalement affectés, quel était le degré de sévérité de la maladie, le taux de guérison, etc. La seule certitude que nous avons est que la tuberculose y sévissait. Le problème avec les causes de décès et, plus généralement, avec les maladies qui affligeaient nos ancêtres est évident: trop peu sont identifiables de façon certaine pour qu’on puisse en tirer des statistiques qui décriraient leurs manifestations dans une communauté donnée. Or, c’est là le seul moyen de faire une étude détaillée d’un état morbide.

Mais les maladies graves ne sont pas les seules à se répercuter sur la matière osseuse. Plusieurs états pathologiques, tout à fait bénins et aux effets peu spectaculaires si comparés à une tuberculose ou un trauma mortel, affectent aussi les os. Leur intérêt ne réside donc pas dans leur gravité. En revanche, les lésions qu’ils laissent sur l’os sont très nombreuses, au point de nous autoriser à les compiler de manière à pouvoir qualifier leurs manifestations dans la population.

Parmi les plus fréquentes et les plus connues, mentionnons les lésions bucco-dentaires – caries et tartre par exemple – et l’arthrose. D’autres, comme l’hypoplasie de l’émail des dents ou la périostite – dont nous parlerons dans un autre texte – sont également très fréquentes, mais leur cause peut rarement être précisée. Néanmoins, elles contribuent largement, avec les lésions bucco-dentaires et l’arthrose, à qualifier et quantifier les stress biologiques auxquels étaient soumises les sociétés anciennes et aident à se représenter les interactions entre leur milieu de vie et leur condition physique.

Un peu par la force des choses, le bioarchéologue tourne donc son attention vers les petits maux de tous les jours qui affligeaient nos ancêtres, plutôt que vers les maladies ou les traumas aux effets plus remarquables, mais qui ne représentent pas les afflictions de tous les jours. Toutefois, c’est ainsi que le bioarchéologue peut participer, à sa manière, à écrire l’histoire de la vie quotidienne d’autrefois.

Dans notre bulletin La Veille, Automne 2018, (vol. 6, no. 3) Pour la saugarde du patrimoine religieux, il était question d’une pétition mise en ligne par la Fédération Écomusée de l’Au-Delà pour tenter de sauver notre patrimoine religieux. Nous présentions comme un cas type d’incohérence et de négligence patrimoniales l’église Saint-Eusèbe-de-Verceil, rue Fullum à Montréal. Récemment, un incendie criminel a endommagé cette église, de sorte que sa restauration devient de plus en plus compromise, voire impossible. Quel désastre! Article du 17 mars 2019 du Journal de Montréal.

Que fait l’Archevêché, légalement imputable de l’entretien du bâtiment? Rien. Il attend que les champignons effectuent le travail que les flammes ont entamé et que l’inévitable intervention des pompiers a poursuivi. Ainsi, et par la même occasion, cela permettra à l’Archevêché de faire ce que la Ville de Montréal interdit de faire, se débarrasser du bien! Nous faisions mention dans notre pétition « qu’en décidant de ne pas se décider, l’Église catholique, dépassée par l’ampleur du défi de gérer et de conserver son parc immobilier, [devenait] responsable d’un véritable désastre patrimonial. » Mais nous blâmions surtout l’État qui,« en refusant d’assumer son rôle de fiduciaire de notre héritage collectif [était] l’ultime responsable de ce désastre », nous réclamions la révision de la Loi sur les fabriques. Nous contestons la légitimité de l’Église et des fabriques à gérer seuls et sans partage un patrimoine qui appartient à toute la communauté.

L‘Église Saint-Eusèbe dans toute sa splendeur d’avant l’incendie (Photo A. Tremblay)

À plusieurs reprises depuis 1999, nous avons tenté de convaincre les autorités religieuses de nous aider à réaliser des études de faisabilité visant à implanter, dans certaines églises à valeur patrimoniale, des fonctions funéraires sous forme de columbariums incluant salles de réception multifonctionnelles, qui cohabiteraient harmonieusement avec les activités sociales de groupes communautaires. Rien à faire, c’est le silence plat. Quand nous réussissons à parler avec un curé ou un responsable quelconque, on nous rétorque, avec un brin de condescendance, que nous sommes bien naïfs et que nous devrions plutôt analyser la question de façon plus globale en tenant compte de l’ensemble du patrimoine religieux. Attendre d’avoir une vision globale de la situation avant d’agir localement, voilà à notre avis, la meilleure façon de ne rien faire!

Encore récemment, nous avons contacté quelques partenaires potentiels des milieux funéraire et culturel qui se sont montrés très intéressés à participer à la création d’un consortium qui aurait pour objectif la réalisation d’une étude de faisabilité afin de trouver la manière la plus digne et la plus respectueuse de disposer de l’église Saint-Eusèbe-de-Verceil, rue Fullum, un bâtiment qui menace de s’écrouler ou d’être démoli si rien n’est fait. Une entreprise funéraire majeure dans la région de Montréal souhaitait participer avec nous à un consortium qui étudierait la possibilité de restaurer l’église ou de la démanteler pour réutiliser des pierres et des éléments architecturaux d’intérêt entre autres pour la conception de jardins cinéraires dans les cimetières. En dépit du fait que nous ayons regroupé de nombreux partenaires autour de la réaffectation de cette église de taille imposante et très belle, on nous dit que le projet ne serait pas rentable. Comment mesure-t-on la rentabilité d’un tel projet?  Pù est l’étude qui a menéà cette conclusion? Et puis, la conservation des espaces communautaires doit-elle être rentable à tout prix?

Vue de l’intérieur de l’église Saint-Eusèbe montrant la nef depuis le chœur vers le jubé, avant l’incendie (photo: A. Tremblay)

 

Vue d’intérieur de Saint-Eusèbe montrant les vitraux, avant l’incendie (photo: A. Tremblay)

Malgré qu’il existe un nouveau programme au gouvernement du Québec pour soutenir les communautés qui se mobilisent pour sauver leur patrimoine religieux, malheureusement, il ne peut s’appliquer à l’église Saint-Eusèbe parce que celle-ci est classée D! Pourquoi une église de cette ampleur se retrouve-t-elle ainsi déconsidérée? En fait, cette église est victime des effets pervers d’un système de classement qui évalue la valeur patrimoniale d’une église en fonction des autres églises dans le même secteur! Comme les plus grandes et les plus belles églises du Québec se trouvent majoritairement regroupées autour des anciens faubourgs de Montréal, ce qui est le cas de l’église Saint-Eusèbe, elle doit donc être comparée avec d’autres églises tout aussi remarquables. Donc, c’est parce qu’elle est la moins remarquable des églises remarquables qu’elle est déclassée! C’est un peu comme demander à un musée de comparer ses chefs-d’œuvre, les uns par rapport aux autres, et de déterminer lesquels doivent être sacrifiés pour boucler le budget! Nous ne pouvons que contester l’imposture dans laquelle se trouve cette église et plusieurs autres dans la métropole. Pour avoir le droit de sauver ces vieilles pierres, nous devons réclamer que le système de classement actuel soit revu.

En ce qui concerne la possibilité de réutiliser les vieilles pierres ou les éléments architecturaux pour la confection de jardins cinéraires, quelques entreprises contactées souhaitent étudier la question, mais pas avant qu’une décision ne soit prise à son sujet par l’archevêché!

Il semble que pour l’instant nous soyons condamnés à l’inaction et que nous devions attendre que la démolition devienne la seule option possible pour cette église. Déprimant et outrageant pour nos prédécesseurs qui ont investi leur pécule d’ouvrier dans l’élaboration de ce bâtiment et qui souhaitaient le voir survivre au travers des âges.

Dans ma dernière chronique (La Veille, Hiver 2019, vol. 7 no 1) traitant des cimetières écologiques, j’ai abordé l’impact de la présence des arbres sur le milieu environnant et l’importance de bien choisir les essences en fonction du lieu à planter. Plusieurs facteurs sont à considérer comme la forme et le volume de la couronne, l’abondance de la masse racinaire, les préférences culturales de l’espèce et l’effet esthétique recherché par la floraison, la texture ou la couleur du feuillage. Le responsable de la gestion du site aura aussi un souci de limiter les interventions d’entretien sur les végétaux et voudra choisir des essences résistantes au climat et exemptes de maladies ou d’attaques d’insectes et qui pourront évoluer vers leur maturité tout en apportant tous les bienfaits attendus. Posons tout de suite quelques balises en identifiant les espèces à éviter parce que peu résistantes aux intempéries ou aux attaques de ravageurs.

Le cerisier de Virginie (Prunus virginiana « Shubert »)

Cet arbre à développement intermédiaire (7-8 mètres) possède un feuillage décoratif vert à l’émergence et qui devient pourpre en été. Il est de transplantation facile et est souvent offert en pépinière. Malgré ces belles qualités, il constitue cependant un mauvais choix, car il est aussi affublé de deux importants défauts. D’abord, il produit des drageons à la base du tronc, issus des racines sur lesquelles est greffée sa tige. De plus, et c’est là le plus indésirable de ses caractéristiques, il est très susceptible à une maladie causée par un champignon que l’on appelle le nodule noir du cerisier. Sans un suivi très serré au moyen de pulvérisations préventives à base de soufre ou de tailles régulières des rameaux atteints, il est invariablement touché par cette maladie qui finit par l’affaiblir et provoque son dépérissement. La plantation de plusieurs individus sur un même site accentue la propagation du ravageur.

Cerisier de Virginie dans un cimetière et détail montrant le nodule (photo de l’auteur)

 

Érable de Norvège dans un cimetière (photo de l’auteur)

L’érable de Norvège (acer platanoïdes) et l’orme de Sibérie (ulmus pumila)

Ces essences possèdent aussi certaines qualités dont les principales sont sans doute leur grande capacité d’adaptation aux conditions urbaines difficiles et leur croissance rapide.

L’envers de la médaille présente cependant un défaut parfois irritant associé à sa grande facilité de propagation. Ces espèces produisent de grandes quantités de semences qui germent facilement et envahissent les milieux naturels. C’est pourquoi elles sont considérées comme espèces exotiques envahissantes et sont de moins en moins choisies même en milieu fortement urbanisé. Dans un cimetière, plusieurs petites niches écologiques comme les espaces intercalaires des pierres tombales sont des endroits idéaux pour l’installation de ces repousses et peuvent nécessiter de fastidieux travaux d’entretien.

Ce sont de plus des essences assez peu résistantes aux verglas et aux vents et qui nécessitent, à maturité, de nombreuses interventions arboricoles d’élagages sécuritaires. Les saules (salix) et les peupliers (populus) et les érables argentés (acer saccharinum) sans les inclure dans les arbres à éviter, les saules et les peupliers, par l’abondance de leurs racines, exigent cependant qu’on prenne des précautions au moment de les planter sur un site. Un cimetière étant un lieu où l’excavation du sol est pratique courante, leur imposante masse racinaire peut gêner les travaux. Il importera alors de les localiser en périphérie du site là où le sol est amplement disponible. Ce caractère peut a contrario devenir une qualité puisque ces racines peuvent efficacement retenir un sol exposé à l’érosion (voir article sur éboulement au cimetière de La Cathédrale de Saint-Hyacinthe).

En complément d’information, je réponds à la question souvent posée : ces racines peuvent-elles causer des dommages aux fondations des bâtiments ou autres infrastructures souterraines? La réponse des experts est Non. Si des racines peuvent, à la recherche d’eau, s’infiltrer dans des fissures d’ouvrages bétonnées déjà endommagées, elles ne peuvent par contre être la cause de ces dommages. Cet argument a été amené par des experts dans des jugements antérieurs qui ont fait jurisprudence.

Autre question : Le creusage d’une fosse à proximité des arbres et l’inévitable amputation de racines qui s’en suit peuvent-ils nuire à la santé des arbres? Je réponds aussi Non. L’excavation de fosses étant relativement restreinte à un volume de sol limité et, de plus, réparti dans le temps sur plusieurs années, l’arbre sera assez résilient pour se remettre facilement de ce stress.

Le frêne de Pennsylvanie (fraxinus pensylvanica)

Cela va sans dire, mais je le mentionne, le frêne, à cause des attaques inévitables de l’argile du frêne, est maintenant exclu de tout choix de plantation.

La réfection l’échangeur Côte-des-Neiges qui aura pour conséquence de bloquer définitivement la circulation en direction du mont Royal risque de déborder sur les deux cimetières qu’il abrite. La Fédération a lancé une pétition, reproduite ici, et elle invite ses lectrices et ses lecteurs à en prendre connaissance et à la signer. NDR

Texte de la pétition

Alors que le Bureau du mont Royal parachève son travail afin de doter la Ville de Montréal d’une vision globale de l’accessibilité et de la mobilité sécuritaire sur le mont Royal, l’administration Plante, obsédée par sa guerre anti-voiture, se prépare à autoriser son service de la voirie à démolir l’échangeur Côte-des-Neiges pour le remplacer par une simple intersection en T, similaire à celle antérieure à la construction de l’échangeur dans le cadre de l’ouverture de la voie Camillien-Houde en 1959. Pire, celle-ci, dont la section Remembrance avait été séparée en deux voies distinctes, est aussi ramenée à une seule et simple voie à deux directions, avec tous les problèmes de congestion et de dangers de collisions en pente que cela peut occasionner.

Pourquoi? Simplement pour provoquer sciemment une congestion automobile qui espère- t-elle, dissuadera les automobilistes d’utiliser les chemins Remembrance et Camillien- Houde pour traverser la montagne. C’est près de 40 millions qui seront dépensés pour essayer de contrer les conclusions du récent rapport de l’Office de consultation publique sur le maintien de la circulation de transit sur le mont Royal! Plutôt que de saisir l’opportunité de cette réfection pour souligner la plus ancienne entrée vers le Mont-Royal et améliorer la fluidité de la circulation automobile sur Côte-des-Neiges, le Service d’urbanisme a plutôt demandé à son service de voirie de dessiner une trappe à automobilistes qui certes en dissuadera certains à utiliser ce chemin, sans se préoccuper de réfléchir et prévoir les risques des effets pervers que provoquera sa solution. En effet, que se passera-t-il quand il y aura congestion? Les petits futés d’automobilistes qui connaissent bien la montagne utiliseront nos deux grands cimetières pour transiter. Et que feront les administrateurs des cimetières? Ils fermeront les portes au sommet. Et voilà ce qui adviendra de l’accessibilité et de la mobilité sur le mont Royal!

La vaste majorité de la population est plutôt d’accord avec l’idée de réduire la circulation automobile sur la montagne. Elle fait cependant une distinction importante entre le transit de plaisance et le transit utilitaire, celui qui ne cherche qu’à gagner du temps en prenant ce raccourci. D’autres solutions, moins draconiennes sont possibles pour régler ce problème de surutilisateurs.

La présente pétition à deux objectifs : demander à la Ville de Montréal d’organiser une consultation publique sur la question de la réfection de l’échangeur et demander à la ministre de la Culture du Québec d’intervenir afin d’obliger la Ville à plus de rigueur. Assez l’improvisation et l’amateurisme. La Ville de Montréal doit, dans un premier temps, compléter sa réflexion à propos de la vision globale sur l’accessibilité à la montagne et ensuite, travailler avec ses partenaires qui sont regroupés à la Table de concertation du Mont-Royal et la population afin de saisir l’occasion de ses travaux d’infrastructure pour faire de cette entrée un projet emballant et dans l’intérêt de la montagne. L’urgence d’agir pour justifier sa précipitation n’a jamais été démontrée.

URL de la petition

C’est un brouillard gris dans les yeux et dans le cœur. Le problème c’est qu’il reste toujours là. Laurie Des Ormeaux, 8 ans, à propos du deuil de sa grand-mère.

Notre époque honnit le poil; on ne compte plus les innovations en esthétique pour s’en départir. L’épilation gagne même en popularité chez les hommes : l’attribut pileux n’est plus comme jadis un gage de virilité. On ne valorise plus que le poil supérieur, le cheveu, et encore, pas toujours. L’auteur et philosophe Umberto Eco a même cru devoir magnifier le cheveu; il est le fondateur de cette science moderne qu’est la ‘tétrapiloctomie’, soit l’art de couper les cheveux en quatre.

Et en quoi ces questions pileuses peuvent-elles intéresser le fossoyeur et son lectorat?

C’est qu’il fut une époque où l’on tenait le cheveu en haute estime et qu’on en conservait des échantillons à la mémoire des proches disparus. On en faisait même des bijoux et des œuvres encadrées. Cette pratique d’art funéraire capillaire courante au milieu XIXe siècle pourrait paraître aux yeux du chaland comme morbide. Mais il n’en est rien. Le morbide est une invention moderne. Dans les siècles passés, la mort jouxtait le quotidien de près et l’on avait des manières d’aménagement avec elle.

Il y avait dans le Vieux-Québec un magnifique musée dans l’ancien hôpital de la miséricorde sur la rue Couillard (Maison Béthanie) où les Sœurs du Bon Pasteur avaient aménagé une collection qui relatait l’histoire et la mission de leur congrégation qui consistait à s’occuper de ce qu’on appelait à l’époque les ‘filles perdues’, celles qui sortaient de prison et es ‘femmes de mauvaise vie’. Elles prenaient également en charge les enfants ‘illégitimes’ résultats fréquents, dans une ville portuaire où allaient et venaient nombre de marins, d’une liaison sans suite.

L’une des sections du musée était consacrée à George Manly Muir, un philanthrope qui avait appuyé l’Oeuvre à ses débuts et où l’on trouvait un reliquaire avec les cheveux du bienfaiteur. La soeur-guide expliquait alors qu’il était courant au 19e siècle que l’on garde de cette façon un souvenir du défunt.

Les cheveux sont en effet un des rares éléments non osseux du corps humain qui soit imputrescible en conditions favorables, et qui met très longtemps à se décomposer lorsque le corps est mis en terre. (Confidence de fossoyeur: votre serviteur a déjà vu, dans un cercueil du 19e siècle qui avait été placé en caveau, un corps desséché où l’on distinguait clairement des cheveux et une barbe encore intacte.)

Il était donc de pratique courante de garder une mèche de l’être cher, de la tresser ou d’en faire une icône mortuaire, qui pouvait être conservée dans un pendentif , sous globe de verre ou encore dans un encadrement vitré, poussant le travail des cheveux jusqu’au grand art que l’on gardait précieusement, aidé en cela par la tradition très catholique du culte des reliques des saints.

Il est dommage que ce musée ait fermé ses portes; il n’y a que là où on osait exposer ce genre de reliquaire pourtant si abondant autrefois_ votre fossoyeur soupçonne qu’il en existe pourtant de nombreux exemplaires dans nos réserves muséales.

Et question poil, on me demande souvent s’il est vrai, comme le veut une tenace rumeur, qu’il continue de pousser après la mort. Non, mais si certains ont pu avoir cette impression, c’est qu’après le décès la peau se rétracte un peu, ce qui crée cette illusion.

Exemple d’art funéraire capillaire: médaillon sous verre dédié au prêtre N. Laliberté, avec un détail agrandi montrant le travail des cheveux (photo: Collection Jean Simard)

Quand la nature se déchaîne comme c’est le cas ce printemps et que les flots recouvrent des territoires conquis sur l’eau par les humains au fil du temps, je ne peux m’empêcher de plonger dans certains de mes souvenirs.

Lorsque j’étais enfant, nous habitions le village de Saint-Raymond dans le comté de Portneuf ; tous les printemps, le Bras du Nord de la rivière Sainte-Anne, qui longe et traverse le village, débordait et envahissait les propriétés en bordure des rives ainsi que le cimetière municipal. Mes oncles maternels faisaient partie des bénévoles qui allaient, lorsque la rivière se retirait, « replacer les morts dans leur tombe ». Bien sûr que ce n’était jamais aussi spectaculaire que le laisse présager cette formulation. Fort probable que seules les récentes sépultures subissaient les outrages de l’eau et que la tâche des bénévoles consistait surtout à replacer les stèles emportées ou déplacées par le courant. À cet âge-là, je n’avais jamais mis les pieds dans un cimetière ; alors mon imagination me servait de drôles d’images d’une sorte de rivière agitée dans lequel flottaient des tombes et où l’on voyait des squelettes faire signe de la main. Il faut dire qu’au retour de cette corvée, mes oncles, probablement pour cacher un trouble, un émoi bien légitime, faisaient toujours quelques blagues. Par exemple, ils s’inquiétaient du jour de la résurrection des morts si par malheur leur travail avait été mal fait et que les ossements avaient été mélangés. Inutile de vous préciser que pour l’enfant que j’étais, ces boutades déclenchaient des scénarios délicieusement inquiétants.

À la décrue du printemps 1962, c’en fut terminé pour mes oncles d’aider à la corvée de remise en état du cimetière : ce printemps-là, c’est leur plus jeune frère, sa femme et leur fille de deux ans que mes oncles allaient porter en terre, tous les trois décédés dans une terrible collision avec un train survenue le 19 décembre 1961.

Cimetière de Pierrefonds inondé (photo: Radio- Canada, 9 mai 2019)

Le conseil de la fabrique change encore une fois de directeur! La Fédération Écomusée de l’Au-Delà s’inquiète.

Dans notre dernier bulletin (cf. La veille, Hiver 2019, vol.7 no 1 Un nouveau directeur …), nous vous annoncions l’arrivée d’un nouveau directeur du cimetière en la personne de M. Luc Lepage, semi- retraité et gestionnaire d’expérience dans le domaine de la santé. Prétendant s’ennuyer à la retraite, il souhaitait relever un nouveau défi. Arrivé en poste en janvier 2019, il est soudain remplacé trois mois plus tard. Le 3 avril 2019, le curé Miguel Castellanos, président du conseil d’administration de la fabrique de la paroisse, annonçait aux employés que M. Jean-Charles Boily, avocat, spécialiste en transformation organisationnelle, et qui aurait dirigé une entreprise d’ambulances sur la Rive-Sud de Montréal, entrait en fonction à titre de directeur le 8 avril. M. Castellanos remerciait M. Lepage pour son intérim! Pourtant M. Lepage n’avait jamais été présenté comme directeur par intérim. En effet, il venait de remplacer M. Daniel Cyr, qui s’était lui, présenté comme directeur par intérim, après le « congédiement » de Mme Manon Blanchette, qui, elle, provenait du domaine de la culture et avait été remerciée après à peine trois mois de son entrée en fonction.

Quatre directeurs se succèdent en 18 mois : il n’en faudrait moins pour présumer que rien ne va plus au cimetière Notre-Dame-des-Neiges! Et ce n’est pas tout. À ces remplacements successifs au sommet s’ajoutent dans les derniers mois, le départ du comptable, le troisième ou quatrième depuis deux ans, celui du directeur des opérations et directeur par intérim, Daniel Cyr, suivi du départ de son adjointe, responsable des opérations et de celui de plusieurs autres cadres dont la responsable des communications.

Malgré de nombreux courriels et appels téléphoniques, personne n’a accepté de répondre à nos questions. Signes de grandes difficultés organisationnelles, les rumeurs les plus inquiétantes courent au sujet de l’avenir du cimetière. Certains parlent même d’une éventuelle faillite puisqu’il est de notoriété dans le milieu funéraire que l’ancien directeur, Yoland Tremblay, qui a quitté ses fonctions en janvier 2017, avait laissé la caisse plus vide que pleine.

Qui administre le cimetière? Les personnes en place ont-elles les connaissances et compétences nécessaires? Alors que la fabrique doit négocier de nouvelles conventions collectives avec les employés du cimetière, avec ses cadres et avec les employés de la basilique, on confier ce travail à des personnes qui ne connaissent rien aux opérations d’un cimetière, patrimonial de surcroît. Ne l’oublions pas, c’est également l’avenir financier de la basilique Notre-Dame qui est aussi en péril.

La Fédération Écomusée de l’Au-Delà demande l’intervention de la ministre de la Culture Mme Natalie Roy afin que celle-ci fasse la lumière sur le chaos qui règne depuis deux ans à la fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, qui gère le cimetière Notre-Dame-des- Neiges, le plus grand cimetière du Québec, ainsi que la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal.

Premier dans l’alignement, le mausolée de la famille Caputo au cimetière Notre- Dame-des-Neiges, réalisation de l’architecte Matthieu Geoffrion (2008), probablement le plus beau mausolée construit au cimetière dans les dernières années. La famille et l’architecte ont dû négocier fort avec l’administration du cimetière, qui n’était pas convaincue de la valeur artistique de cette construction! (photo: A. Tremblay)

Note: Comme annoncé dans le bulletin La Veille, Hiver 2019, vol.7 no 1  Quand la politique trouble le dernier sommeil, cet article est le deuxième d’une série présentant certains cas de figure découlant de l’influence politique sur la pérennité du dernier repos de personnalités historiques, tant à l’étranger que chez nous. Dans un article à paraître dans une édition ultérieure de La Veille, seront abordés certains évènements ou situations touchant des commémorations controversées. Y seront traités entre autres cas, les mémoriaux militaires allemand, japonais, polonais, brésilien, irakien.

Monument du soldat inconnu à Ottawa, le jour du souvenir 2011 (photo : la Presse canadienne, © Adrian Wyld)

« Je ne connais pas la dignité de sa naissance, mais je connais toutefois la gloire de sa mort. » Général Douglas MacArthur, aux Philippines, en 1961

Quelques 9, 7 millions de soldats, marins et aviateurs sont décédés au cours de la Première Guerre mondiale. De ce nombre, du côté des Alliés, les cavaliers, les fantassins et les artilleurs en constituent la majorité, la plupart tombés en Belgique et en France. Si beaucoup de leurs dépouilles ont alimenté la création de nécropoles, de cimetières, d’ossuaires, une part importante est également disparue, leurs chairs déchiquetées enfouies à jamais dans une terre sans cesse malaxée par des bombardements incessants.

Il y a tous ceux qu’on a ensevelis sous une croix ou une stèle portant leur nom, leur grade, leur âge, leur unité et il y en a partout d’autres qui n’ont pour seule inscription, du moins pour les militaires britanniques et ceux du Commonwealth : « Known unto God » ou « Connu de Dieu seul ».

Si c’est la politique qui les a tous précipités ça et là dans ces lieux où on les fait reposer, c’est aussi la politique qui depuis des décennies a troublé le dernier sommeil de certains. Par delà leur sacrifice, elle a ainsi confié à ceux-ci une dernière mission.

EN FRANCE ET AU ROYAUME UNI, UNE MÊME IDÉE VOIT LE JOUR ET SE RÉALISE

La genèse en France

En France, la décision de créer une tombe du Soldat inconnu émanera des représentants de la nation. Il s’agit alors de donner aux familles des disparus un lieu de mémoire unique et solennel. Une idée simple, voire simpliste pour certains, que ce « fils de toutes les mères qui n’ont pas retrouvé leur fils », selon l’expression du général Weygand. L’idée remonte à 1916. À cette époque, l’État pense déjà offrir à la société en guerre un inconnu afin d’honorer les morts tombés depuis le début du conflit. En juillet 1918, le député Maurice Maunoury reprend l’idée et propose d’élever un tombeau à un soldat français anonyme. Le projet est adopté en novembre de la même année par l’Assemblée nationale. Un débat éphémère sur l’emplacement final de cette tombe est vite tranché : ce ne sera pas au Panthéon, mais plutôt sous l’Arc de Triomphe que le Soldat inconnu reposera.

La genèse au Royaume-Uni

Du côté des Britanniques, devant l’âpreté des combats initiaux et la perspective d’hécatombes, les autorités ont rapidement décrété qu’il n’y aurait aucun rapatriement de dépouilles de soldats tués, ceux-ci devant être inhumés dans les zones de guerre. C’est à l’ancien aumônier militaire, David Railton, que revient l’idée d’une tombe pour un soldat inconnu britannique. En 1920, sollicité par le Révérend Railton, le doyen de Westminster, Herbert Ryle, convainc le gouvernement de Sa Majesté et celle-ci qu’une telle sépulture pourrait symboliser celle de milliers de soldats britanniques dépourvus de tombe connue. Et c’est donc en l’Abbaye de Westminster que sera déposée la dépouille du Soldat inconnu. On pourra écrire alors : « Ils l’ont enterré parmi les rois parce qu’il avait le bien envers Dieu et Sa demeure. »

La sélection et l’inhumation du Poilu inconnu

Dans son film merveilleux, La vie et rien d’autre, le réalisateur Bertrand Tavernier reconstitue la scène émouvante de la sélection du Soldat inconnu français. Le 10 novembre 1920, dans la citadelle symbolique de Verdun, transformée en chapelle ardente, sont alignés huit cercueils drapés du tricolore français et contenant les restes d’autant de soldats anonymes tombés dans huit zones de combat du front ouest. Le simple soldat Auguste Thin, classe 1918, désigné au hasard et au dernier moment est invité par le ministre des Pensions, André Maginot, à déposer un bouquet sur le cercueil de son choix. Ce sera le numéro 6.

Cortège accompagnant le soldat inconnu jusqu’à la gare de Verdun vers Paris, (photo: novembre 1920, archives, © France Info)

Dès le lendemain, devant une foule recueillie, le cercueil de celui qui est maintenant le Soldat inconnu est déposé place de l’Étoile, sous l’Arc de Triomphe. L’idée de la flamme éternelle, émise à la même époque, sera concrétisée en 1923. Depuis chaque soir, à 18 heures 30, elle est solennellement ravivée.

Il est à noter qu’il existe également à la Nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette, sur le territoire de la commune d’Ablain-Saint-Nazaire, une Tombe du Soldat inconnu de la Guerre d’Algérie. Ce mémorial a été inauguré le 16 octobre 1962.

La sélection du Tommy inconnu et son inhumation

Ce même mois de novembre 1920, les Britanniques usent du même cérémonial que les Français. Ainsi le 7, quatre corps non identifiables sont exhumés de cimetières adjacents à quatre champs de bataille importants et drapés de l’Union Jack, ils sont regroupés dans la chapelle de Saint-Pol-sur-Ternoise, dans le Pas-de-Calais. À la différence toutefois du processus français, c’est plutôt au brigadier général L. J. Wyatt que revient le choix du Soldat inconnu britannique. Celui-ci, à minuit, muni d’une lanterne entre dans la chapelle. Il ferme les yeux un instant et touche au hasard un cercueil. Ce sera celui-là. Aussitôt deux thanatologues venus expressément de Londres transfèrent la dépouille sélectionnée dans un cercueil de chêne fabriqué spécialement pour l’occasion, scellent celui-ci et y attachent une épée donnée personnellement par le roi Georges V.

Page du quotidien de Londres de novembre 1920 relatant le retour du Soldat inconnu

Le 10, le cercueil est transporté à Boulogne où, en présence de milliers de Français, il est embarqué à bord du bien nommé destroyer HMS Verdun. Arrivé à Douvres, un train le mène à Londres. Partout la foule se presse sur son passage. Le lendemain, placé sur un affût de canon et escorté de centaines de militaires, il est acheminé vers Westminster. En route, on en profite pour dévoiler officiellement le tout nouveau cénotaphe. Big Ben sonne les 11 heures. On est presqu’en simultanéité avec la cérémonie parisienne. Pour son entrée à l’abbaye, une haie d’honneur composé de cent récipiendaires de la Croix de Victoria le reçoit. Outre le roi et les autorités civiles, militaires et religieuses, l’assistance est composée de mille veuves ou mères de guerre. Le service funèbre terminé, on dépose le cercueil dans sa niche avec huit récipients contenant de la terre de Flandres. Dans les cinq jours suivant cette inhumation, on estime que ce sont plus d’un million de personnes qui se seront recueillies sur ce nouveau lieu de mémoire.

DANS LES ANNÉES SUBSÉQUENTES, D’AUTRES NATIONS ALLIÉES PRENNENT EXEMPLE

Le Portugal

Les Portugais engagés contre l’Empire allemand à la fois en Europe de l’Ouest et dans leurs colonies africaines rapatrieront donc deux soldats inconnus. Tout comme pour leur homologue britannique, en avril 1921, ceux-ci seront officiellement inhumés parmi les rois, en l’occurrence au monastère royal de Batalha.

L’Italie

À Rome, le 4 novembre 1921, c’est dans le gigantesque édifice Il Vittoriano qu’a été inhumé le Soldat inconnu. Son choix avait été effectué par Maria Bergamas, une femme de Trieste qui avait perdu son fils à la guerre. Elle aurait laissé choir son voile noir sur l’un des onze cercueils présélectionnés.

Monument au soldat inconnu, Place Vittorio Emanuele II aussi appelée Place de la patrie, à Rome (photo: SteO153, 2006, CC)

 

Gardes sous la pluie devant le monument au soldat inconnu, Cimetière d’Arlington en Virginie, Etats-Unis (source: First Army Division East/via Facebook)

Les États-Unis

Pour le Sammy inconnu, l‘honneur de le sélectionner revint au sergent Edward F. Younger. Le 24 octobre 1921, à Châlons-en-Champagne, celui-ci déposa son bouquet de roses blanches sur l’un des quatre cercueils contenant les restes de quatre de ses frères d’armes tombés en divers endroits du front. Le cercueil fut ensuite embarqué à bord du USS Olympia, l’héroïque cuirassé victorieux de la bataille navale de Manille en 1898.

Arrivé à Washington le 11 novembre 1921, le cercueil fit une escale sous la rotonde du Capitole et fut ensuite transporté sur une prolonge d’artillerie jusqu‘à son lieu de dernier repos : le cimetière national d’Arlington. La plinthe de marbre l’ayant initialement accueillie fut remplacée en 1932 par un sarcophage lui aussi de marbre.

Une particularité: le 30 mai 1958, deux autres Soldats inconnus, l’un issu des champs de bataille américains de la Seconde Guerre mondiale, l’autre mort lors de la Guerre de Corée furent inhumés aux côtés du Soldat inconnu de la Grande Guerre. Semblable cérémonie se déroula le 28 mai 1984 pour honorer « le » Soldat inconnu de la Guerre du Vietnam. Le « séjour » de celui-ci fut toutefois de courte durée puisqu’il fut formellement identifié ultérieurement par son ADN et que son corps dut être réinhumé le 11 juillet 1998 dans un cimetière militaire de St. Louis, au Missouri: ce tournant de l’histoire vous sera raconté dans un prochain numéro.

Il existe également au Square Washington de Philadelphie une Tombe du Soldat inconnu de la Guerre d’Indépendance américaine. Aussi, à Biloxi, au Mississipi, repose le Soldat inconnu confédéré

La Belgique

Le 10 novembre 1922, c’est à la gare de Bruges que s’est effectué le choix du Soldat inconnu parmi cinq cercueils anonymes exhumés d’autant de champs de bataille importants. L’honneur de sélectionner revint à un aveugle de guerre, Raymond Haesebrouck. Celui-ci s’est dirigé spontanément vers le quatrième. Le lendemain, en présence du roi, des autorités et de milliers de citoyens, le cercueil sera déposé dans une crypte aménagée devant la Colonne du Congrès, à Bruxelles.

La Roumanie

En 1923, c’est au tour du gouvernement roumain d’honorer son Soldat inconnu. Une procédure est donc enclenchée pour exhumer dix soldats non identifiés tombés dans autant de zones de combat. Les cercueils sont rassemblés dans l’église de l’Assomption à Marasesti. Le 14 mai de cette année-là, c’est à Amilcar Sandulescu, un orphelin de guerre âgé de douze ans que revient l’honneur de choisir le Soldat inconnu. Le garçon s’agenouille alors devant le quatrième en disant : « Celui-ci est mon père. » Trois jours plus tard, transporté à Bucarest, le cercueil est officiellement inhumé dans le Parc Carol en présence du roi, des dignitaires et d’une foule nombreuse. Ce mémorial connaîtra certaines tribulations au fil des décennies suivantes. Ainsi dans la nuit du 22 au 23 décembre 1958, les autorités communistes le feront démanteler et transférer en grand secret au Mausolée de Marasesti et ce, pour faire de la place au Mausolée des Héros communistes où plusieurs leaders du Parti seront ensuite inhumés. En 1991, après la chute du régime, la Tombe du Soldat inconnu retrouvera son emplacement au Parc Carol et en 2007, on la rapprochera même davantage de son site originel.

La Grèce

Bien que ce soit en 1925 que le gouvernement grec ait décidé d’imiter les autres nations et de rendre hommage à ses morts de la Grande Guerre, ce n’est que le 25 mars 1932 que le monument commémoratif sera officiellement inauguré sous l’édifice du Parlement à Athènes. Parmi les inscriptions qui y sont sculptées, on trouve des citations de l’Oraison funèbre de Périclès rapportée par Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, dont celle-ci: « Un cercueil est rapporté vide pour les morts dont les corps n’ont pas été trouvés. » Donc, selon les traditions des anciens Grecs, la tombe demeure vide. Elle constitue une dernière demeure symbolique pour tous les soldats inconnus grecs. Attraction importante de la capitale grecque, le mémorial est gardé 24 heures 24 par des evzones, ces soldats aux si pittoresques uniformes.

Evzone (soldat grec en uniforme ) montant la garde devant la tombe du soldat inconnu, devant l’édifice du parlement à Athènes. (source: Greek Reporter, visité le 14 mai 2019)

DES DÉCENNIES APRÈS 1920, TROIS « RETARDATAIRES » SE MANIFESTENT

Mieux vaut tard que jamais, dit-on. C’est ainsi qu’au cours des années 1990-2000, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande, trois pays ayant lourdement contribué à l’effort de guerre allié lors de la Première puis de la Seconde Guerre mondiale ont finalement décidé à leur tour de se doter non plus uniquement de cénotaphes nationaux, mais également d’un mémorial à un Soldat inconnu qui leur soit propre. Et pour ce faire, ils ont fait appel à des militaires tombés sur des champs de bataille en Europe de l’Ouest, lors de la Grande Guerre.

L’Australie

C’est le 2 novembre 1993 que les restes d’un Inconnu australien ont été exhumés d’un cimetière français et transportés à Canberra. Exposé solennellement dans l’ancien Parlement, le cercueil en acacia de Tasmanie comprenait aussi un chapeau typique à larges rebords, une branche de mimosa doré et de la terre provenant d’un champ de bataille français. Le Jour du Souvenir, le cercueil fut ensuite enterré dans le plancher du Hall du Souvenir au Mémorial australien de la guerre.

Le Canada

À l’approche du second millénaire et à l’initiative de la Légion royale canadienne, le gouvernement du Canada a convenu lui aussi d’aménager une tombe du Soldat inconnu à Ottawa. Par ce geste, on voulait honorer tous les Canadiens des forces armées « qui sont morts ou qui risquent de mourir pour leur pays dans toutes les batailles, passées, présentes et futures. » C’est dans le cimetière militaire de Cabaret Rouge, à Souchez, en France que le 20 mai 2000 fut exhumée la dépouille d’un soldat canadien anonyme. Ses restes furent placés dans un cercueil en bois d’érable argenté. Après une brève cérémonie au Mémorial de Vimy, le cercueil a été ramené par avion à Ottawa. Après avoir été exposé trois jours dans le hall d’honneur du Parlement en chapelle ardente, le coffre contenant la dépouille a été inhumé lors d’une cérémonie nationale le 28 mai. L’emplacement choisi : devant le Monument commémoratif de guerre du Canada (anciennement appelé le cénotaphe national). Cette tombe est un sarcophage fait de granite du Québec et de bronze avec une épée, un casque, une branche de laurier et des feuilles d’érable qui en ornent le dessus. Avec le cercueil, on a déposé de la terre provenant de la tombe originale en France ainsi que la terre provenant de chacune des provinces et de chacun des territoires. Le grand chef Howard Anderson a aussi déposé une plume d’aigle royal, symbole de force, de courage et de loyauté. Depuis 2000, après chaque cérémonie du Jour du Souvenir, les militaires et civils participants rougissent littéralement la tombe avec le dépôt de leur coquelicot commémoratif.

Triste souvenir : le 22 octobre 2014, à 9 h 52, des coups de feu furent tirés près du mémorial abattant le caporal Nathan Frank Cirillo, 24 ans, membre de la garnison du Argyll & Sutherland Highlanders du Canada, un régiment de réservistes basé à Hamilton, alors que celui-ci montait la garde d’honneur devant le monument.

La Nouvelle-Zélande

Le 6 novembre 2004, dans un cimetière militaire sis à Longueval, en France, est exhumé le corps d’un soldat néo-zélandais non identifié. Le responsable militaire du rapatriement, le maréchal de l’Air Force Bruce Ferguson s’est adressé à ce soldat en ces termes : « Nous te ramenons chez toi et ceux qui te ramènent, ce sont des soldats, des marins, des aviateurs, passés et présents. Sois le gardien de tout le personnel militaire décédé en service actif. Nous, les Néo-Zélandais, serons ton gardien à jamais. » Cinq jours plus tard, le Soldat inconnu est solennellement enterré dans une tombe aménagée dans le Mémorial national de la guerre, à Wellington. La tombe est installée à l’extérieur pour faciliter son accès public. Elle rappelle la constellation de la Croix du Sud et des inscriptions en anglais et en maori s’y retrouvent.

Dans un article à paraître dans une prochaine édition de La Veille, seront abordés certains évènements ou situations touchant des commémorations controversées. Y seront traités entre autres cas, les mémoriaux militaires allemands, japonais, polonais, brésiliens, irakiens.

« Les hommes éminents ont la terre entière pour tombeau. »

Périclès (431 avant Jésus-Christ). Oraison funèbre pour les morts de la Guerre du Péloponnèse.

Cercueil du soldat inconnu déposé à Westminster en novembre 1920 (photo: Horace Nicholls, archives des collections de l’Imperial War Museum)

Depuis 15 ans, le Comité des patriotes de Côte-du-Sud compose une Fête des Patriotes à saveur spéciale. Cette année, Jean Simard, président de ce comité et membre de Pierres mémorables, a organisé, en l’église Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-sud, une cérémonie de commémoration en hommage à sept patriotes, tous nés en ce lieu et tous grandement méritoires de cette reconnaissance. Pour l’occasion, le public était invité au dévoilement d’une plaque à la mémoire de ces chevaliers que sont François Blanchet, Jean-Charles Létourneau, Charles Blanchet, Jean Blanchet, Augustin-Magloire Blanchet, Étienne Chartier, et Pierre Blanchet. Si comme moi, vous remarquez que le nom de Blanchet domine ce groupe de patriotes, sachez que ce jour-là l’historien Gaston Deschênes a fait le tour des liens de parenté qui unissaient cette communauté, en plus de décrire le riche curriculum de ces personnages. Sa présentation a été reprise dans bulletin trimestriel de la Société historique de la Côte-du-Sud, Le Javelier, numéro lancé lors de l’évènement et on peut la retrouver sur le blogue du Septentrion sous sept patriotes (visité le 20 août 2021).

À cette occasion, les prix annuels Étienne-Chartier ont été remis. Ces prix visent à honorer un homme et une femme qui ont contribué à l’essor de la région Chaudière-Appalaches. Ils sont décernés par la Société nationale des Québécoises et des Québécois de Chaudière- Appalaches. Les lauréats 2019 sont Claude Lachance et Sylvie Vallières.

Les évènements de commémoration de ce genre valorisant l’histoire et la participation citoyenne entretiennent la mémoire de québécois et stimulent leur fierté. Ce 19 mai quelques 200 personnes ont assisté à l’évènement.

De part et d’autre de la plaque commémorative dédiée aux Patriotes de la Côte-du-Sud, Jean Simard, président du Comité des patriotes de la Côte-du-Sud et la ministre Marie-Ève Proulx, native de la paroisse. (photo: Claude Lachance)