Rédactrice en chef : F. Rémillard
Révision : R. Larocque
Conception et montage : F. Rémillard
Correction d’épreuve : S. Beaumont

La fédération demande à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, une rencontre d’urgence pour discuter de l’affectation du budget concernant le recyclage du patrimoine religieux.

Peut-être que nos lectrices et nos lecteurs ont eu vent qu’une somme de 5 M$ avait été mise à disposition pour le recyclage dans d’autres fonctions de ce patrimoine, ils n’ont certainement pas manqué de se désoler devant la vague de destruction sans précédent qui affecte le patrimoine bâti du Québec, depuis plus d’un an. À la tête de cette vague figure le patrimoine religieux. Si la fédération se réjouit de l’investissement en culture par le gouvernement du Québec, elle aimerait faire entendre sa voix, avant que l’entente ne soit signée.

Cet été, la très belle église du Saint- Cœur-de-Marie, une chouchou des citoyens de Québec, est finalement tombée sous le pic des démolisseurs au profit d’un condo- bloc (photo: Wikipedia)

En effet, des discussions sur l’affectation de ces sommes sont en cours et déjà très avancées avec le Conseil du patrimoine religieux du Québec. Nous voulons nous assurer que, en cas d’impossibilité de recyclage fonctionnel d’églises, abbayes ou couvents, plutôt que leur démolition, un démantèlement et le recyclage de leurs principaux éléments — statuaire, vitraux, ornements, et même colonnes, arches, clochers, etc. — puissent également être éligibles à ces subventions. La demande n’est pas farfelue puisque c’est ce que fait le domaine Mackensie-King et c’est également le mode d’approvisionnement utilisé par John D. Rockfeller pour constituer la très célèbre collection du Cloister à New York.

Il se trouve que la fédération a d’excellents contacts avec des entreprises funéraires qui seraient intéressées à participer à un consortium d’entreprises souhaitant par exemple étudier la possibilité de réutiliser de vieilles pierres ou des éléments architecturaux remarquables pour des jardins funéraires dans les cimetières.

Nous considérons déplorable que des bâtiments d’intérêt patrimonial excédentaires puissent être démolis et envoyés aux dépotoirs, sans laisser de traces, alors que nos ancêtres ont trimé dur pour leur construction.

Quelles surprises attendent parfois ceux et celles qui restaurent un monument ancien, comme une église, un édifice civil ou le socle d’un monument, et qu’on découvre la capsule temporelle  cachée dans l’œuvre au moment de son inauguration ! La pierre angulaire d’un bâtiment ou une cavité bien scellée dans la base d’une statue, peuvent révéler mille détails de la vie venus du fond des âges. Déposée sciemment au moment de l’érection de l’ouvrage, la capsule temporelle livre un message d’outre-tombe qui raconte toute une histoire. Vous pourrez lire à cet effet Quand la restauration mène à la découverte d’un trésor caché, un article de Aude Connor, paru récemment dans la revue d’ethnologie «Rabaska» ( vol. 17, pp166-172).

Ma mère, Marie-Alexandrine Poulin, est décédée à l’âge vénérable de 100 ans et 8 mois à l’Hôtel-Dieu de Lévis en 2012. Marie-Alexandrine, Maria pour les intimes, venait de Saint- Jules, en Beauce, d’une famille de 20 enfants, tous élevés sur une terre de colonisation défrichée par mon grand-père. Ma grand-mère, qui se nommait Zélie Tardif, était partie pour le ciel en 1976 à 104 ans, toujours très lucide et rayonnante de sérénité avec ses beaux yeux bleus intelligents. Imaginez: Zélie était veuve depuis 1918, mon grand-père ayant été foudroyé par la grippe espagnole! Il lui laissait sur les bras cette trâlée d’enfants dont l’aîné, Tancrède, venait d’avoir 20 ans. Tout le monde a dû se retrousser les manches pour survivre.

Marie-Alexandrine est née en 1911. Élevée parmi les dernières, elle a réussi à faire des études avec l’aide de certains membres de la famille et est devenue maîtresse d’école de rang, puis institutrice à l’école du village. Après dix ans de pratique, au moment de décider de se marier en 1938, l’administration scolaire l’a remerciée de ses services. La profession était strictement réservée aux femmes célibataires, telle était la règle. L’institutrice et le curé de la paroisse étaient ordinairement les seuls instruits du village et jouissaient donc d’un grand respect. Maria enseignait à une seule classe, composée d’une trentaine d’élèves de différents âges, de la première à la septième année scolaire. Chaque élève suivait son propre programme quotidien. Deux fois par année, un inspecteur du gouvernement passait et vérifiait si tout se déroulait selon les règles en questionnant les enfants. L’institutrice devait donc bien préparer ses journées. Elle résidait souvent dans l’école sur semaine et profitait de ses soirées pour mettre au tableau le programme du lendemain et faire ses corrections. Imaginez la solitude dans une nuit de tempête de neige, à la lueur d’une lampe à l’huile, à chauffer et écouter gronder le poêle à bois, à préparer son ordinaire, fin seule, à partir de l’âge de 18 ans! Maman a prolongé son métier en élevant ses enfants. Quand nous sommes arrivés à l’âge de l’école, nous savions tous compter, lire et écrire.

À son décès, la famille a décidé de l’honorer en créant une capsule temporelle éternelle. Après avoir choisi une urne cinéraire de grande élégance, en noyer noir du Québec, une sorte de petit coffre aux trésors classique de grande sobriété, on a fait fabriquer chez un ferronnier une boîte en acier inoxydable de bon calibre, capable de recevoir confortablement l’urne, mais également le tribut de chacun des membres de la famille. Mon fils, alors âgé de 22 ans, a choisi une poignée de boutons multicolores. Mes parents l’avaient souvent gardé et son jeu de prédilection était le pot de boutons de la boîte à couture, préféré à tout ce que l’industrie pouvait lui offrir. Et Dieu sait qu’il était gâté ! Ma sœur laissa une mèche de ses beaux cheveux blonds d’enfance et une lettre bien cachetée. Mon frère opta pour le beau chapelet en cristal de roche béni par le pape lui-même, qu’il avait reçu en cadeau de maman pour sa première communion. Ma première conjointe, la mère de mon fils, déposa également une lettre cachetée. Ma seconde conjointe, bien au fait de son passé d’institutrice, opta pour le roman de Gabrielle Roy, Ces enfants de ma vie, relatant l’expérience de l’auteure dans l’enseignement rural, une expérience tellement semblable à celle vécue par maman. Moi, je glissai la plume fontaine avec laquelle j’avais écrit mon premier livre. Des pièces de monnaie de l’année en cours furent répandues sur le fond de la boîte, bien enveloppées dans le plastique pour ne pas créer d’effet pile avec les autres métaux. Mon beau-frère commanda des plaques d’identification qui furent soudées à l’extérieur et à l’intérieur du précieux contenant, dans lequel il joignit un message à l’intention de Maria. Par précaution, juste avant de sceller la capsule, ma compagne fit ajouter un sachet de dessiccatif pour absorber l’humidité présente dans la capsule.

C’est accompagnée de tous ces souvenirs de tendresse que Marie-Alexandrine partit pour le grand voyage, dans l’amour des siens. Qu’elle repose en paix !

La famille n’a malheureusement pas gardé de photo de la capsule temporelle, mais voici pour titiller l’imagination de nos lectrices et de nos lecteurs, quelques éléments constitutifs de cette capsule. (Photo: F. Rémillard)

Dans son article précédent, paru dans le bulletin La veille (vol. 7 no 2, pp. 22 à 31) et intitulé « Sacraliser un soldat inconnu pour une dernière mission », l'auteur nous a présenté comment plusieurs pays ont instauré des cérémonies rituelles spectaculaires mises au point pour encadrer de façon protocolaire et magistrale le rapatriement du soldat inconnu. Il nous a fait découvrir les monuments, toujours grandioses, érigés à la mémoire de toutes ces morts anonymes. Il nous présente ici un cas dans lequel une technologie moderne a donné lieu à un renversement de situation qui n'a pas été sans conséquence. (ndlr)

L’utilisation de l’ADN pour l’identification des personnes décédées s’étant répandue et développée considérablement depuis les années 1980, il était prévisible que cela allait affecter le processus de reconnaissance de militaires, autrement considérés comme anonymes. Le cas le plus célèbre fut sans nul doute celui de l’éphémère soldat inconnu américain de la Guerre du Vietnam. Bien qu’une crypte spécifique pour un inconnu de cette guerre ait été construite à Arlington dès 1973, le problème d’y trouver un occupant adéquat s’est accru au fur et à mesure que les laboratoires spécialisés perçaient le secret de l’identité des dépouilles anonymes en leur possession. C’est ainsi qu’en 1982, on considérait avoir identifié tous les militaires tombés au Vietnam, sauf quatre. Trois de ceux-ci furent ensuite identifiés ou écartés comme n’étant peut-être pas Américains. N’en restait donc qu’un seul.

Le président Ronald Reagan décida alors d’organiser des funérailles nationales pour le Memorial Day 1984. Cette cérémonie fut grandiose et pour nombre de vétérans de cette guerre controversée, elle constitua en quelque sorte un baume sur des plaies psychosociales toujours longues à guérir.

Enterrement du soldat inconnu du Viêt Nam le 28 mai 1984 en présence du Président Ronald Reagan (photo libre de droit , source: Wikipedia)

 

Voici le jeune et confiant lieutenant Michael Joseph Blassie tenant la pose devant son chasseur (source: © Check six)

 

Il faut déterrer le lieutenant Blassie

Le 11 mai 1972, le lieutenant d’aviation Michael Joseph Blassie s’est écrasé près d’An Loc, au Vietnam. Au moment de la localisation du crash, certains objets et restes humains ont été recueillis. Un laboratoire d’identification a analysé ces restes et a cru pouvoir identifier le lieutenant Blassie. Mais cette version fut infirmée en 1979, et le dossier du disparu X-26 fut considéré comme étant bel et bien celui d’un inconnu. Et c’est ce militaire qui fut enterré en 1984 aux côtés des trois autres soldats inconnus reposant déjà à Arlington.

C’était sans compter la ténacité des membres de la famille Blassie qui, convaincus de l’identité de leur fils et frère, ont fait des pieds et des mains pour justifier leur prétention. Treize ans après qu’on l’eut enterré comme soldat inconnu, on procéda à son exhumation de la crypte. Grâce à l’ADN, quelques semaines suffirent pour l’identifier formellement comme le lieutenant Blassie. Il fut donc réinhumé solennellement dans un cimetière du Missouri, où reposait son père.

Stèle vue en recto et en verson du Lieutenant Blassie au Jefferson Barracks National Cemetery. ( photo: © John Abney, source: Wikipedia)

 

Depuis ce jour, les officiels ont convenu de ne plus jamais chercher un autre soldat inconnu. Au-dessus de la crypte vide, il est maintenant écrit: Pour rendre hommage et rester fidèle aux soldats américains portés disparus, 1958-1975 (traduction libre).

Il est intéressant de noter que cet épisode a eu des répercussions au Canada, lorsqu’il s’est agi de rapatrier en 2000 un soldat inconnu. La Commonwealth War Graves Commission (CWGC), l’organisme responsable des sépultures des soldats canadiens tombés outremer pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, a en effet alors exigé plusieurs promesses de la part d’Ottawa, dont celle de ne jamais plus demander l’exhumation et le rapatriement d’un autre corps non identifié. Aussi, Ottawa a dû s’engager à ne pas chercher à identifier la dépouille du soldat rapatrié en 2000, avec l’ADN ou toute autre technologie.

Mon cœur d’ancienne restauratrice bondit toujours quand j’entends que des gestionnaires de cimetière proposent encore et toujours à leur clientèle des nettoyages de stèle au jet de sable: aoutche! Et c’est la plupart du temps pour se débarrasser des malencontreux lichens. Surtout que cette opération de grand nettoyage vise habituellement les pierres poreuses donc les plus anciennes: celles en marbre.

Combien de fois l’ai-je dit, répété et publié: travail inutile et dangereux! Mais, je peux comprendre que la tentation soit forte de se débarrasser une fois pour toutes de cette végétation malvenue: ne vivons-nous pas dans une société du tout beau tout propre? Mais encore faut-il savoir à quoi on s’attaque.

Qui a peur du gros-méchant-lichen ?

D’abord, les lichens ne sont pas de la saleté. Au contraire, il s’agit d’espèces anciennes très sophistiquées qui ont développé un mode de vie bien particulier: celui de parasite symbiotique. Ce qu’il faut comprendre par cette appellation, et là c’est le Petit Robert qui parle, c’est quun parasite est un être qui vit en association avec un autre dont il se nourrit, sans le détruire ni lui apporter aucun avantage. Une sorte de Tanguy, quoi! Toujours selon le même dictionnaire, une symbiose est une association durable et réciproquement profitable de deux ou plusieurs êtres vivants. Pas loin du mariage!

Pour se perpétuer, les lichens ont développé une double nature: ils sont à la fois champignon et algue. Une association mutuellement profitable qui permet au mariage de durer. Le champignon vit en surface et l’algue à l’intérieur de la pierre. Dans leur entente consentie, le champignon apporte la lumière, l’eau et les minéraux, tout en assurant à l’algue une protection contre les éléments environnementaux qui pourraient lui être fatals. En contrepartie, l’algue lui prépare ses repas. En effet, comme elle est capable de fixer le carbone par photosynthèse, elle en régurgite la majeure partie au champignon, qui s’en nourrit. Vous aurez alors compris que ce qu’on voit sur la surface des pierres n’est que la pointe d’un iceberg: c’est le thalle du champignon. Il est constitué de cellules fertiles servant à la dispersion et à la reproduction du lichen et de cellules végétatives qui participent aux autres fonctions vitales. Sous la surface, se concentrent les algues et, plus en profondeur encore, les hyphes, qui constituent le système rhizoïde, ou racinaire,  de ce couple parasitique. Le lichen est donc entièrement et profondément incorporé à la pierre, si bien qu’en le délogeant, un peu de pierre en surface partira forcément avec lui.

Du respect pour le grand âge

Il est rassurant de savoir que la croissance des lichens est très lente: 1 mm par an. Ainsi, les lichens présents sur les stèles peuvent être très vieux, mais malgré cela bien vivants. Dans certains pays, ils sont même protégés par la loi, à cause de leur longévité et de leur rareté. Puis, avec leur variété de forme et de couleur, les lichens sont de belles et naturelles références à l’âge de la pierre, un peu comme les rides sur la peau… pas toujours si laides.

Et puis, sont-ils si méchants?

Avec les lichens, la détérioration de la pierre s’opère de différentes façons:

  1. pénétration et expansion du système racinaire ;
  2. expansion et contraction du thalle ;
  3. gonflement des sels et acides organiques ;
  4. incorporation de fragments de pierre dans le thalle.

En contrepartie, parce que les lichens sont durs et résistants, ils offrent une certaine protection de surface à la pierre sous-jacente. Ils agissent comme bouclier contre l’érosion par les éléments naturels que sont le vent, la pluie et le gel ; ils ne sont donc pas si méchants que ça.

Que faire alors avec les lichens?

Les stèles des cimetières au Japon sont toutes bien propres et exemptes de lichens. Et pour cause: tous les cimetières japonais offrent aux visiteurs des seaux, des brosses et de l’eau. C’est un geste de respect que de procéder au grand ménage du monument quand on visite son ancêtre. Régulièrement nettoyées, les stèles japonaises offrent peu de prise aux lichens et aux mousses. Malheureusement, cette tradition qui aurait pour effet, d’éviter les lichens, n’existe pas chez nous.

Au Japon, pas de lichens ou de mousses sur les stèles, et pour cause: elles sont régulièrement entretenues par les proches (photo: F. Rémillard)

Mais quand le lichen est implanté, toute action mécanique ou chimique visant son retrait ne peut être que destructive, partielle et temporaire. Pour cette raison, la non-intervention ou l’intervention minimale sont de loin préférables.

Pour révéler les inscriptions logées sous les lichens, il suffit alors de mouiller la surface, ce qui  rend les lichens transparents. Sans les avoir endommagées, on peut alors enregistrer les inscriptions en les photographiant, si possible sous un éclairage rasant pour accentuer leur lisibilité. Dans certains cas, la photographie laser 3D permet, par traitement de l’image, de déchiffrer les inscriptions dissimulées sous le lichen et sur une pierre déjà très érodées .

Aussi, il faut savoir qu’il est possible de ralentir la croissance des lichens ou de prévenir leur apparition en réduisant la végétation dans le périmètre immédiat de la pierre, en élaguant une branche d’arbre qui fait de l’ombre par exemple. Un brossage de la pierre, avec ou sans solvant, suivi d’un rinçage exhaustif à l’eau représente une alternative qui, bien que destructrice, peut donner les résultats attendus si l’implantation des lichens n’est pas très profonde et si la surface de la pierre n’est pas friable. Mais il faut s’attendre à ce que, de toute façon, l’effet obtenu ne soit que temporaire.

La non-intervention est l’avenue que nous privilégions: il faut regarder la croissance de ces végétaux comme faisant partie du vieillissement normal d’une pierre en milieu extérieur. Ce sont les recommandations qui apparaissent dans le petit Guide pour préserver son cimetière, qui est disponible gratuitement sur le site du Centre de conservation du Québec. Ce document, préparé en 1995 et réédité en 2012, est toujours d’actualité et contient plein d’informations utiles dont celles concernant le nettoyage au chapitre de la restauration. Pourquoi s’en passer ?

Quand un nettoyage s’impose, sachez que son effet sera temporaire et avant de faire quoi que ce soit consultez le Guide pour préserver son cimetière préparé par l’auteur ou une restauratrice du Centre de conservation du Québec (photo: F. Rémillard)

J’ai souvent mentionné dans cette chronique l’important rôle des arbres dans l’aménagement des cimetières et leur impact positif sur la qualité de l’environnement. Pour ce faire, plusieurs critères, comme le choix des essences d’arbres à planter ou leur localisation, doivent être respectés pour assurer le développement d’une canopée riche, diversifiée et en santé. Or, j’ai eu l’agréable surprise de constater récemment que plusieurs de ces critères ont été intégrés dans un manuel de gestion des cimetières diffusé l’été dernier auprès d’un bon nombre d’acteurs et de gestionnaires de ces lieux.

Intégration de chênes anglais dans une nouvelle section (2010-11) du Repos St-François d’Assise. (photo: J.-J. Lincourt)

En effet, lors de son congrès de 2019, tenu en mai dernier, l’Association des cimetières catholiques du Québec a offert aux participants une formation portant sur plusieurs aspects de la gestion et de l’aménagement des cimetières. La loi sur les activités funéraires et le nouveau cadre règlementaire ont d’abord été présentés, suivis de divers aspects de la gestion des cimetières au quotidien. Un manuel couvrant l’ensemble des activités de gestion d’un cimetière  a été présenté. Allant des principes de développement de nouveaux espaces adaptés à la demande, en passant par la tenue des registres, les opérations d’inhumation ou la gestion des mausolées et des columbariums, tout y est ou presque.

Plusieurs chapitres concernant l’entretien de la pelouse, des arbres, des arbustes et des massifs fleuris, complètent ceux traitant des opérations principales de disposition des dépouilles. Ils témoignent d’un souci de faire de ces lieux des espaces verts de qualité. Le manuel  intègre plusieurs éléments et principes essentiels à l’obtention de cette qualité, dont le choix des bonnes espèces et leur localisation au bon endroit. On y traite également de l’aménagement de nouvelles sections en prenant en compte les arbres déjà présents et en prévoyant la plantation de nouveaux, et ce au tout début du processus d’aménagement.

C’est ainsi qu’on obtiendra, le plus rapidement possible, un espace agrémenté d’une canopée mature. Plusieurs références sont données à l’intention des gestionnaires désirant approfondir la question.

Ce manuel a par la suite été distribué par l’archidiocèse catholique romain de Montréal à tous les conseils de fabrique des paroisses du diocèse.

Page couverture du manuel de gestion diffusé par l’Association des cimetières catholiques du Québec (source: J.- J. Lincourt)

Dans plusieurs secteurs de développement du territoire, on constate souvent le peu d’importance accordée à la végétation. Cet élément est souvent vu comme un complément non nécessaire, un luxe dont on peut se passer qui ne sert qu’à embellir et qui n’ajoute rien. Souvent, l’installation d’infrastructures ayant comporté trop « d’extras », on coupe dans le budget des arbres et de l’aménagement paysager. Certains gestionnaires de cimetières, dans leurs opérations régulières, ont aussi tendance à niveler leurs coûts vers le bas, en négligeant ou en éliminant carrément les végétaux de leur site : « C’est trop d’entretien, ça coûte trop cher! ». Ce qu’ils ne savent pas et que l’on constate heureusement de plus en plus, c’est que la nouvelle clientèle apprécie des lieux de repos inspirants, largement végétalisés et empreints de nature.

Dans ce contexte, le manuel présenté par l’Association des cimetières catholiques du Québec arrive à point nommé. Espérons qu’il soit suivi par les acteurs susceptibles d’avoir une influence sur la santé, aussi bien économique qu’environnementale, des cimetières du Québec.

Des plus en plus de clients recherchent  des lieux de repos inspirants largement végétalisés et empreints de nature: Cimetière Notre-Dame-des-Neiges (Photo: A. Tremblay)

À la belle époque du catholicisme triomphant, la société québécoise s’offrait le confort d’un clergé omnipotent et omniprésent qui interagissait avec la société dans à peu près tous les domaines, du berceau au tombeau.

Il n’était pas rare qu’il y ait une ou plusieurs vocations masculines ou féminines par famille. On disait qu’elles facilitaient l’obtention du salut des autres membres de la fratrie et des ascendants, qui se trouvaient alors à « offrir leur enfant pour les vendanges dans la vigne du Seigneur ».

Depuis que Mgr Bourget, fer de lance de l’ultramontanisme du 19e siècle, avait fait venir des communautés religieuses de France, il se trouvait quantité d’ordres religieux qui abattaient un important travail social d’éducation, d’enseignement, de soins hospitaliers et de services aux indigents, des champs de services qui, à l’époque, n’étaient pas assurés par le gouvernement.

Quiconque entrait en communauté était pris en charge par la congrégation, et ce, des premiers vœux jusqu’au décès, incluant même l’inhumation en terre sacrée et la commémoration.

Plusieurs communautés choisissaient d’inhumer leurs morts à même leur chapelle ou dans la cour de l’institution (cimetière privé), mais d’autres acquéraient des concessions dans des cimetières existants; des lots comme il en existe encore au cimetière de la Côte-des-Neiges et dans celui de l’Est, qui illustrent ici notre propos.

Vous remarquerez, en parcourant les photos, que certains ordres ont déménagé leurs défunts, habituellement pour les rapatrier dans un seul et même lieu, pour vivre en communauté dans la mort comme dans la vie. Ce fut le cas pour les Frères des Écoles Chrétiennes (photo 1). Le cursus de chacun était gravé à même le monument . On prenait donc soin d’individualiser les sépultures en marquant le passage de vie à trépas de chacun par la gravure uniformisée de son nom, soit sur le monument collectif, soit sur un petit monument individuel standardisé (photo 2), soit sur une plaque au sol, spécifiant s’il était postulant, novice ou ordonné (photos 3, 4 et 5).

1: Stèle communautaire des Frères des écoles chrétiennes qui décrit quatre rapatriements de restes humains dont un a nécessité deux translations. (photo : J. Des Ormeaux)

 

2: Caractéristique des lots de communauté, celui des Sœurs missionnaires du Christ-roi dans lequel chaque sépulture est marquée par une stèle de taille et de forme standardisée perpétuant dans la mort l’aspect uniforme privilégié dans les ordres religieux (photo: J. Des Ormeaux)

 

Photos 3, 4 et 5 – Les défunts du Grand Séminaire sont immortalisés par un marqueur au sol sur lequel on prend soin d’identifier l’appartenance hiérarchique de chacun: curé et diacre ou autre (photos J. Des Ormeaux).

Il y avait aussi des concessions prévues pour la « clientèle » de ces communautés : les sourdes-muettes, les hospitalisés des sœurs grises et autres bénéficiaires, que l’on préférait garder dans son giron plutôt que de les envoyer en fosse commune (photos 6 et7).

6 et 7:Les communautés prenaient également en charge certains de leurs clients défunts : ici les pensionnaires souffrant de surdité-mutité des Soeurs de la Providence et ci-dessous, les hospitalisés  des Soeurs de la Charité (photo: J. Des Ormeaux)

 

8: Aussi humbles dans la vie que dans la mort, les Petites Sœurs des pauvres sont immortalisées par une simple inscription sur la pierre de la communauté (photo J. Des Ormeaux)

Au cimetière de la Côte-des-Neiges, il existe également quelques lots au nom des Petits Frères des Pauvres et aux Petites Soeurs des pauvres ( photo 8), que nous ne compterons toutefois pas comme lots religieux, même s’ils sont destinés aux indigents.

Certains de ces lots ont même généreusement accueilli d’anciens domestiques ou employés laïcs de ces congrégations, pour qui l’inhumation avec des religieux devait être vue comme un avantage social des plus prestigieux.

On remarque également ce cas spécial où les sœurs grises avaient cédé de l’espace d’inhumation pour recevoir les occupants du caveau d’une église qui devait être démolie.

Ces concessions religieuses qui émaillent nos cimetières chrétiens immortalisent un mode de vie en communauté, en le perpétuant par des modes d’inhumation à l’image de la communauté d’appartenance. Elles commémorent aussi la contribution inestimable de ces individus qui se sont généreusement investis dans le paysage social du Québec, une contribution malheureusement trop souvent oblitérée par les agissements malsains de certains.